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Il y a 30 ans, la tuerie de Lennoxville

Cette célèbre purge interne lors de laquelle les Hells Angels se sont bâti une réputation de gang impitoyable

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Il y a 30 ans aujourd’hui, les Hells Angels massacraient cinq des leurs lors de la fameuse purge interne baptisée «la tuerie de Lennoxville».

Le 24 mars 1985, les sept membres du chapitre North, de Laval, avaient été convoqués au repaire de la nouvelle section de Sherbrooke des Hells, érigé sur la rue Queen, à Lennoxville.

Seulement cinq d’entre eux s’y étaient présentés: Guy-Louis «Chop» Adam, Jean-Guy «Brutus» Geoffrion, Jean-Pierre «Matt le Crosseur» Mathieu, Michel «Willie» Mayrand et Laurent «l’Anglais» Viau.

Sacs de couchage et béton

Le bunker du chapitre des Hells de Sherbrooke, dans l'arrondissement Lennoxville.
photo d’archives
Le bunker du chapitre des Hells de Sherbrooke, dans l'arrondissement Lennoxville.

Les Hells – dont le premier chapitre québécois, celui de Montréal, avait été fondé huit ans auparavant et dont le bunker se trouvait à Sorel, – reprochaient notamment à leurs confrères lavallois d’avoir contracté une importante dette envers une organisation associée, le gang de l’Ouest.

«Les Hells Angels lavallois consommaient trop de cocaïne et attiraient l’attention des autorités par leurs nombreuses fêtes. Ils nuisaient alors à la réputation du club et ne se soumettaient pas aux règles», a relaté la criminologue Sévrine Petit, chargée de cours à l’Université de Montréal, dans sa thèse de doctorat portant sur ce gang de motards en 2011.

Une quarantaine de membres des chapitres de Montréal, de Sherbrooke et d’Halifax se trouvaient à l’intérieur du bunker de Lennoxville lors de ce rendez-vous fatidique.

Les cinq victimes ont été abattues sur place. Leurs corps ont été placés dans des sacs de couchage lestés de blocs de ciment, puis jetés dans le fleuve Saint-Laurent, en face du quai de Saint-Ignace-de-Loyola.

Deux semaines plus tard, ce fut au tour de Claude «Coco» Roy, un prospect du chapitre North, de subir le même sort.

Rafle policière

Le 1er juin suivant, un premier cadavre a été récupéré après être remonté à la surface. Les policiers, au courant que plusieurs motards avaient mystérieusement disparu, ont ensuite repêché les cinq autres au fond du fleuve.

«Cette exécution en série a entraîné une vive réaction de la part de la police, qui a eu pour effet de paralyser presque complètement les activités du club», poursuit la criminologue Sévrine Petit.

Plus de 450 policiers ont procédé à une cinquantaine d’arrestations au sein du gang, saisissant près de 200 armes à feu et 150 000 $, dans plusieurs régions de la province.

À ce moment, 22 des 35 membres et prospects du club se sont retrouvés derrière les barreaux.

Avec l’aide d’«Apache»

<b>Jacques «la pelle» Pelletier</b><br />
Condamné
Photo d'archives
Jacques «la pelle» Pelletier
Condamné

Deux membres du chapitre North qui avaient échappé au massacre sont passés dans le camp des délateurs et ont collaboré avec les policiers. Il s’agit de Claude «Le Nez» Lachance et le célèbre tueur à gages Yves «Apache» Trudeau, qui se trouvait en maison de désintoxication au moment de la tuerie.

Cinq motards seront finalement condamnés à des peines d’incarcération à perpétuité pour ces meurtres.

Il s’agit de Jacques Pelletier, Réjean Lessard, Michel Genest, Luc Michaud et Robert Tremblay. Ils ont tous obtenu leur libération conditionnelle depuis.

Une quinzaine d’autres ont aussi écopé de peines moins lourdes pour avoir participé à ce complot.

En échange de sa collaboration, «Apache» Trudeau, qui avait avoué 43 meurtres, a plaidé coupable à des accusations d’homicide involontaire et il a été libéré après sept ans d’incarcération.

<b>Robert «snake» Tremblay</b><br />
Condamné
Photo d'archives
Robert «snake» Tremblay
Condamné

Les bases de la violence

«Certaines informations laissent croire qu’avec la tuerie de 1984, à tout le moins, la réputation de violence [des Hells Angels] jette ses bases au Québec», mentionne la criminologue Sévrine Petit.

Les Hells Angels ne sont toutefois pas restés paralysés bien longtemps. Dès 1994, ils déclaraient la guerre au groupe rival les Rock Machine pour s’assurer le contrôle du marché de la drogue au Québec.

Dans son autobiographie Nasty Business, Peter Paradis, l’ex-Rock Machine devenu délateur, déclarait que les Hells «avaient la réputation d’être des meurtriers qui n’avaient aucun scrupule à s’entretuer».

Ce conflit durera dix ans, fera plus de 160 morts et consacrera la bande de motards comme l’une des plus puissantes organisations criminelles au pays. Leur chef, Maurice «Mom» Boucher, commande notamment les meurtres des gardiens de prison Diane Lavigne et Pierre Rondeau, en 1997, dans le but d’intimider le système judiciaire.

Le gouvernement fédéral avait répliqué en adoptant une loi antigang, tandis que Québec a mis sur pied l’escouade Carcajou pour traquer les motards.

Depuis, les Hells ont été frappés par plusieurs razzias policières, dont l’opération Printemps 2001 – qui a mené à la chute du chapitre d’élite Nomads et à la condamnation de «Mom» Boucher – et l’opération SharQc de 2009, dont ils se remettent peu à peu avec la libération de certains de leurs membres.

 


Victimes

  • Guy-Louis «Chop» Adam
  • Jean-Guy «Brutus» Geoffrion
  • Jean-Pierre «Matt le Crosseur» Mathieu
  • Michel «Willie» Mayrand
  • Laurent «L’Anglais» Viau (tous tués le 24 mars 1985)
  • Claude «Coco» Roy (tué le 7 avril 1985 et jeté dans le fleuve comme les cinq premiers)

Coupables de meurtre

  • Réjean «Zig Zag» Lessard, chef du chapitre de Montréal
  • Jacques «La Pelle» Pelletier
  • Michel «Jinx» Genest
  • Luc «Sam» Michaud
  • Robert «Snake» Tremblay

En tout, 22 des 35 membres ou prospects des Hells au Québec avaient été emprisonnés à la suite de ce massacre.

Les délateurs

  • Claude «Le Nez» Lachance
  • Yves «Apache» Trudeau

Ces deux membres de la section North ont échappé au massacre et ont collaboré avec les policiers. Le tueur à gages «Apache» Trudeau était en maison de désintoxication à Oka au moment de la tuerie. Il a avoué 43 meurtres, mais s’est reconnu coupable d’homicides involontaires et fut libéré après sept ans d’incarcération.