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Le Canada s’en va-t-en guerre

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La Chambre des communes débattra aujourd’hui de la motion présentée par le premier ministre afin d’élargir la mission des Forces armées canadiennes contre l’État islamique.

Cette motion sera inévitablement adoptée étant donné la majorité conservatrice.

Règles de droit international

L’extension des bombardements sur le territoire syrien soulève cependant plusieurs questions. Premièrement, jusqu’ici, nos missions en territoire irakien correspondaient à la tradition canadienne d’agir en tout temps conformément au droit international. Qu’en est-il si nous nous mettons à bombarder la Syrie? Il n’y a, pour le moment, aucun signe que le gouvernement syrien permette d’aller pourchasser les combattants de l’ÉI sur son territoire. La Syrie reste, malgré la brutalité du régime, un État souverain. Le premier principe énoncé par la charte des Nations Unies est la souveraine égalité des États et nous n’avons pas l’habitude de transgresser ce principe.

Cette région du monde est aux prises avec une guerre civile à multiples facettes

Ensuite, quel est l’objectif de l’extension de ces missions de bombardement à la Syrie? Le premier ministre nous dit qu’il s’agit de détruire les moyens militaires – armements, munitions, moyens de transport – de l’ennemi afin de le détruire complètement. Jusqu’ici, nous sommes arrivés à ralentir l’expansion de l’ÉI, mais il n’est pas du tout certain que nous ayons stoppé son implantation dans les zones qu’il contrôle.

En effet, comme les talibans en Afghanistan, les militants de l’ÉI appliquent une stratégie de contrôle total des populations. Instauration de la Charia, organisation de la police et tribunaux islamiques, écoles coraniques et répression des femmes, tout est mis en place pour créer une société sur laquelle ils peuvent exercer un pouvoir total. Notre gouvernement veut éradiquer les militants de l’ÉI comme il a voulu éradiquer les talibans. Mais les faits nous montrent que c’est beaucoup plus compliqué et beaucoup plus long qu’une simple campagne de bombardement.

Combattre une guérilla efficace

Troisièmement, peut-on combattre une guérilla avec des avions? Un officier africain m’a décrit l’efficacité et le professionnalisme de ces «terroristes» qu’il combat. Ils surgissent, en bandes de 15 à 20 hommes, sans qu’on sache d’où ils sont venus, ils sont bien équipés et parfaitement entraînés. Ils abattent civils et militaires sans distinction et disparaissent dans la nature. Ils sont souvent cachés et protégés par une partie de la population. Ils sont insaisissables. Si on découvre leurs lieux d’approvisionnement, on peut les affaiblir. Mais ils ont vite fait de se réorganiser. Dans ces conditions, qu’en sera-t-il dans un an, lorsque nous discuterons d’une nouvelle reconduction de la mission? Pour combien de temps encore?

Finalement, cette région du monde est aux prises avec une guerre civile à multiples facettes. Chaque groupe a une cause sacrée à défendre: religion, nationalité, territoire. Il y a des alliances ponctuelles, mais on ne sait jamais qui se dressera contre qui. En Irak, du moins, on a l’appui du gouvernement et des autorités kurdes. Mais en Syrie, qui est le bon, qui est le méchant? Est-ce qu’il y a une échelle d’acceptabilité dans l’horreur des régimes de répression? Ces dernières questions n’ont pas de réponses pour le moment. Il appartient à notre premier ministre de nous dire clairement avec qui, selon lui, il est souhaitable de s’allier.

 

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