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«Bâtard !» Calmez-vous !

J’ai hâte qu’on en finisse avec l’austérité

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Le ménage des finances publiques du Québec semble induire chez certaines personnes une forme de psychose qui a pour effet de grossir démesurément la réalité. Au lieu de «Chérie, j’ai réduit les enfants», c’est «Chérie, le premier ministre mesure dix mètres de haut».

Cette psychose, que l’on pourrait qualifier de stratégique, frappe souvent les «victimes» de l’austérité. Les médecins et les artistes sont particulièrement vulnérables à cette pathologie qui brouille le gros bon sens.

Certains y laissent leur crédibilité et d’autres vont même jusqu’à se ridiculiser en public. Des gens biens, sensés, talentueux perdent la tête devant la possibilité de la moindre compression, sans même savoir si compression il y aura.

Yves Jacques dérape

Mercredi, lors d’une conférence de presse organisée par la Fédération nationale des communications à la défense de la Cinémathèque québécoise, le comédien Yves Jacques a affiché tous les symptômes de cette maladie qui frappe même les plus grands, sans avertir.

Yves Jacques a établi un parallèle entre le gouvernement Couillard et les membres du groupe armé État islamique qui ont récemment saccagé des œuvres d’art en Syrie. Rien de moins.

«C’est comme si l’art n’avait plus d’importance, on le voit avec l’État islamique», a-t-il dit, sérieux comme un pape. J’espère qu’il est conscient de sa chance que le ridicule ne tue pas.

On ne peut pas dire une telle chose en public sans être atteint d’une terrible maladie, c’est la seule explication possible!

Une institution importante

Qu’est-ce qui a pu susciter un tel débordement? Des rumeurs voulant que la ministre de la Culture, Hélène David, pourrait, dans le nouveau budget, fusionner la Cinémathèque québécoise et Bibliothèque et Archives nationales (BAnQ). Pas fermer, fusionner.

La mission de la Cinémathèque est de conserver, documenter et mettre en valeur le patrimoine cinématographique et télévisuel national et international. La dernière fois que j’y suis allée, un festival de films bulgares battait son plein. J’ai regardé les deux films les plus étranges de toute ma vie. Cette institution rejoint surtout un public de connaisseurs et de professionnels.

Les activités de la Cinémathèque doivent continuer. Elle joue un rôle important dans la préservation de notre mémoire collective. Mais je comprends pourquoi, en période de rigueur budgétaire, la ministre pourrait penser à l’intégrer à la BAnQ.

Tout le monde est touché par les décisions du gouvernement. Au nom de quelle logique les artistes seraient-ils exemptés?

Les médecins aussi

Le projet de loi 20 semble induire la psychose de l’exagération chez certains médecins. Mercredi matin, nous nous sommes réveillés avec la nouvelle que le gouvernement allait restreindre l’accès à l’avortement. Le Devoir, qui a pris connaissance d’une lettre envoyée par une trentaine de médecins au Dr Barrette, l’annonçait comme un fait accompli.

La médiasphère a explosé. C’était LA nouvelle du jour, jusqu’à ce que le premier ministre lui-même remette les pendules à l’heure. Il était trop tard: toute la journée, des gens disaient qu’ils ne croyaient pas Philippe Couillard.

J’ai hâte qu’on en finisse avec l’austérité. Je ne suis plus capable de subir les effets de la psychose de l’exagération stratégique.

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