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Le visage n'aurait jamais dû être visé, croient des policiers à la retraite

Le visage n'aurait jamais dû être visé, croient des policiers à la retraite
JEAN-FRANCOIS DESGAGNES/JOURNAL

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L’arme dite «intermédiaire» qui a blessé une cégépienne jeudi lors de la manifestation contre l’austérité au centre-ville de Québec a mal été utilisée et le visage n'aurait jamais dû être visé, croient certains policiers à la retraite interrogés par le Journal.

«Une arme qui peut blesser en plein visage n’a pas d’affaire à être en première ligne de front, estime Guy Latulippe, ex-commandant aux enquêtes du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), qui a travaillé lors de nombreuses manifestations dans la métropole. Ça aurait pu être pire, souligne-t-il. Elle aurait pu se faire brûler les yeux.»

Rappelons que Naomie Tremblay-Trudeau, 18 ans, a été blessée au visage après qu’un policier ait appuyé sur la gâchette de son Muzzle Blast Powder Dispersion de 37 mm, un fusil qui propulse une bourrée de poudre irritante. «L’agent est pris à se tirailler avec les manifestants alors qu’il a ça entre les mains. Sur la première ligne, un policier doit avoir un bouclier et une matraque», soutient-il.

Mauvaise utilisation

Alfredo Munoz, ancien policier à l’antiémeute au SPVM, confirme que l’utilisation de ce type d’arme doit être très bien encadrée.

«Ça ne doit jamais être utilisé au niveau du visage, ça c’est clair», affirme-t-il, ajoutant qu’une distance entre la cible et l’arme doit être respectée, puisque les cartouches contenant l’irritant chimique peuvent aussi blesser lors de la détonation. «Les policiers qui utilisent ce genre d’arme ne doivent pas avoir les nerfs à fleur de peau», fait-il remarquer.

Le policier à la retraite Jean-François Brochu déplore lui aussi l’incident. «Ce qui est arrivé à cet enfant-là, c’est inacceptable. Elle n’aurait jamais dû être brûlée», est-il d’avis. Cependant, tout comme ses autres collègues, il rappelle que les policiers sont formés pour garder les rangs, et qu’ainsi, les manifestants jouent avec le feu en ne respectant pas la loi.

«Ils foncent vers 50 policiers casqués, armés de bâtons télescopiques et de gaz lacrymogène. Comment peut-on penser que ça va fonctionner et qu’il n’arrivera rien? Il va arriver quelque chose, c’est certain», expose-t-il.

À la suite de cet incident, le policier concerné sera rencontré, a indiqué vendredi le directeur des communications de la police de Québec, François Moisan.

La jeune manifestante, pour sa part, dit avoir l'intention de porter plainte et de poursuivre l'agent en question, avec l'appui de ses parents.

- Avec la collaboration de Nicolas Lachance