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Entre Freud, Nietzsche et Marx

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Voici un livre «panse-blessures», je dirais, comme on dit d’un doux baiser, d’une parole réconfortante, d’un regard apaisant, d’une main tendue. Le propos n’est pas toujours facile à saisir, si besoin est de se questionner sur le sens de l’entreprise d’écriture.

Pour ma part, je me suis laissé entraîner sur des sentiers peu fréquentés, entre Freud, Nietzsche et Marx, dans des dédales de clairs-obscurs, sans connaître à l’avance la destination finale. Ça repose des montagnes russes du quotidien, «du manque, de la dépendance affective et de l’emprise». En fait, il faut avoir une prédisposition, un désir de curiosité pour accepter de suivre l’auteur dans la jeune quarantaine, psychanalyste et écrivain, fils du professeur Claude Lévesque, «philosophe de la lucidité douloureuse».

Cette transmission de la lucidité douloureuse se fait à travers une quarantaine de fragments où s’entrecroisent les références à la littérature, à la psychanalyse et à l’économie, mais aussi à la politique: «Croire encore en la nécessité de l’indépendance du Québec aujourd’hui, c’est reconnaître du coup l’importance de lutter simultanément de manière plus large contre toutes les dépendances toxicomaniaques du tissu social.» À la justice: «être sensible à une injustice historique devrait conduire à être sensible à toutes les injustices.»

Prochaine génération

Parfois, le philosophe s’enflamme: «Il faudrait bien que le Parti québécois, Québec solidaire et Option nationale se réunissent en un nouveau parti vivant, sous un nouveau nom. Une communauté des indépendantistes, en quelque sorte. [...] Oui, il faut un parti capable de prendre le pouvoir.»

À l’heure où les étudiants descendent de nouveau dans la rue et se font bousculer par les forces policières, il dit aux révolutionnaires que nous avons été: «Il faut laisser les prochaines générations prendre des responsabilités, s’approprier l’espace public et décisionnel, les laisser faire des erreurs, de bons coups, les aider, les accompagner.» Ce qu’on appelle aussi un transfert, générationnel et individuel. «Il faut porter ses rêves en les incarnant ou en les retrouvant en l’autre.» Qui l’entendra? Cela suppose un travail de transformation et de transmission. Tout le contraire de la soumission, de l’attente, de la dépendance.

Humanité nouvelle

L’auteur propose, finalement, de raccorder la pensée et l’action dans une humanité nouvelle, sans anesthésie, sans religion comme somnifère ou opium. Il faut se désintoxiquer, dit Lévesque, se défaire de toute dépendance, refuser la pilule du lendemain, ce sédatif qui favorise la diversion, qui nous fait accepter notre misère, qui nous rend insensibles, qui entretient notre tolérance à l’injustice. Appelant Marx à la rescousse, il propose de cueillir «la fleur vivante, même si la condition humaine nous impose de passer, toujours déjà, par la médiation d’une fleur imaginaire, d’une nature morte».

Je suis, dit l’auteur, un «passeur d’infini». Un passeur de savoir, un passeur de rêve. Sur la scène du théâtre Outremont, le professeur s’adresse à ses étudiants: «Vous devez apprendre à faire confiance à ce que vous avez dans le ventre. [...] L’élève qui a dépassé le maître se sent habité par cette ivresse de vivre, permanente. [...] Qu’ai-je appris de ma vie? J’ai appris qu’il faut résister, ne pas avoir les deux pieds dans le moule, mais j’ai aussi appris que la jeunesse doit un jour consentir à mettre un pied dans ce qui était déjà là, avant elle.»

Ce livre comme une brèche dans l’opacité de la pensée néolibérale. Vive l’imprévu, dit-on en terminant la lecture. Mais c’est pour mieux rouvrir le livre.

<b>Le peuple et l’opium</b><br /> 
<b>Nicolas Lévesque</b><br /> 
Éditions Nota bene
Photo courtoisie
Le peuple et l’opium
Nicolas Lévesque
Éditions Nota bene

Brèves

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