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Un titre qui fait un peu trop jaser!

«Votre titre est réducteur pour les femmes!»

Un titre qui fait un peu trop jaser!
illustration johanna reynaud

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Non mais qui est cette féministe enragée qui m’engueule en plein Salon du livre, devant mes fans catastrophés? Elle se mêle de quoi au juste? Mon titre est formidable et si elle ne comprend pas l’humour qui se cache derrière, c’est bien dommage pour elle!

«Comment transformer un ours mal léché en un gentleman.» Voilà ce qu’on peut lire sur la couverture de mon dernier roman, dans lequel je fais beaucoup d’autodérision. Ça ne lui est jamais arrivé, à cette pimbêche, de rire d’elle-même? À voir son air renfrogné, je croirais que non.

«Vous faites encore passer les femmes pour des sauveuses d’hommes», ajoute-t-elle.

Oh là, là... c’est ce que j’appelle chercher midi à 14h. Mon bouquin parle simplement d’une femme qui souhaite que son mari redevienne l’amoureux qu’il a été avant le mariage. C’est-à-dire, un homme avec de la classe... ce qu’il semble avoir perdu au cours des années.

Mon personnage n’a rien à voir avec une femme qui veut sauver son homme, comme le prétend mon interlocutrice. Elle souhaite seulement lui redonner un look acceptable, ce qui la place dans toutes sortes de situations rocambolesques. Et comme m’a dit mon éditeur, c’est mon roman le plus réussi tellement il est drôle. Et il n’est certainement pas moralisateur!

Je demande poliment à la dame au visage empourpré de colère si elle a lu mon livre.

Elle me répond que c’est inutile, puisqu’elle sait déjà qu’il contient «plein de clichés qui nuisent à la cause de l’avancement des femmes». Je soupire de découragement.

Comment puis-je la convaincre qu’il n’en est rien si son idée est tracée d’avance? Quand ce genre de situation se présente, j’ai l’habitude de laisser parler la personne qui me fait des remontrances. Je me tais et j’écoute d’une oreille distraite en croisant les doigts pour que ça se termine le plus vite possible.

Comédies romantiques

En tant qu’auteure de comédies romantiques, je sais très bien que je m’expose à des commentaires de ce type. Plusieurs femmes prennent malheureusement mes intrigues au premier degré. Mais là, je trouve que cette interlocutrice pousse un peu fort. Moi, nuire à la cause des femmes? Faudrait quand même pas charrier!

Je lui fais valoir que mon histoire n’est pas sexiste du tout, que mon personnage féminin principal est une femme forte, qui ne s’en laisse pas imposer. Et qu’à la toute fin du roman, c’est elle qui gagne sur toute la ligne.

J’ai beau faire de la littérature légère, il n’en demeure pas moins que j’ai à cœur de créer des héroïnes combattantes, qui ne se laissent pas marcher sur les pieds par personne. Et ça, c’est tout sauf antiféministe!

Ébranlée par mon ton ferme et décidé, la dame avoue qu’elle a peut-être jugé mon ouvrage un peu vite. Pour se racheter, elle s’empare d’un exemplaire et le feuillette pendant de longues minutes. Je l’observe, étonnée par son changement d’attitude.

Puis, elle le repose et m’annonce qu’elle va laisser une chance au coureur et acheter mon livre. Yahou! Je suis trop fière de lui avoir fait changer d’idée. Pour la remercier, je lui écris une chaleureuse dédicace. Elle me quitte non sans ajouter qu’elle aurait tout de même préféré un autre titre. Oui, oui, j’ai compris...

Un nouveau visiteur

C’est tout sourire que je poursuis ma séance de signatures avec des fans qui, elles, ne me remettent pas en question. Elles ont compris que je fais dans l’humour et qu’il peut être très sain de ne pas se prendre au sérieux.

Je jase de tout et de rien avec une charmante lectrice qui a fait deux heures de route pour venir au salon quand un homme se présente à mon kiosque. Il pointe mon bouquin du doigt et semble de très mauvaise humeur.

«Bon! Encore une qui ne nous accepte pas comme on est! Allez-vous finir par nous laisser tranquille?»

Et ça recommence! Les explications, les justifications, les arguments, ...etc.Oh my God! Je ne croyais pas que mon titre serait si provocateur. Je n’ai pas fini d’en entendre parler!