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Les peurs à l’examen

Les peurs  à l’examen
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Peur du vide? Des araignées? De la mort? De la maladie? L’écrivaine Claire Legendre, établie au Québec depuis quelques années, s’est intéressée aux peurs et aux angoisses dans un nouvel essai autobiographique étonnant, parfois drôle, souvent beaucoup moins, Le nénuphar et l’araignée.

D’une plume habile, sincère et généreuse, Claire Legendre explore les symptômes, les sources, la genèse de l’angoisse, de la plus ordinaire à la plus intime, dans cet essai qui présente aussi des fragments de vie de l’écrivaine. Elle qui a peur des araignées se retrouve un jour devant une réalité effrayante: on lui a détecté un nodule au poumon.

«J’ai passé un an et demi à vivre cette histoire de santé bizarre où je ne savais pas trop si j’avais raison ou pas de m’inquiéter, tout en écrivant le livre. Ça m’a vraiment accompagnée. Là, ça va bien. J’ai revu mon chirurgien pour un contrôle et il m’a dit que mon scanner était parfait», précise Claire Legendre en entrevue.

Au cours de ce projet, elle a eu l’occasion d’examiner toutes sortes de peurs: les siennes, bien sûr, mais aussi celles des autres. «Il n’y avait pas d’impératif formel, du coup, je me suis sentie complètement libre. J’ai fait le livre que je voulais, d’une manière très naturelle, en petits fragments. C’était jour après jour, ce que je pouvais écrire, ce dont je parlais avec les gens autour de moi. C’était chouette, comme expérience. J’ai beaucoup échangé avec les gens de mon entourage sur les peurs et je me suis dit que je pourrais faire un tome 2 avec les peurs des autres.»

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Et ça continue: maintenant que le livre est sorti, des gens lui écrivent pour lui raconter leurs peurs. «C’est assez bouleversant parfois, assez drôle d’autres fois, et assez intense comme expérience.»

Sa plus grosse peur? «Je pense que pour toutes les peurs irrationnelles, pour moi, c’est la peur d’être prise au dépourvu. La peur de ne pas savoir ce qui se passe. D’être le dindon de la farce, quoi. Que ce soit l’araignée, la tumeur, être abandonnée ou trompée ou trahie, c’est toujours ça: être en train de subir quelque chose qu’on ignore.»

Et les peurs rationnelles? «L’hypocondrie et la vraie peur de mourir, c’est pas pareil. Quand tu vas te faire opérer, t’as pas la même peur de mourir que quand tu es en train de t’étouffer parce que tu fais une crise d’angoisse. C’est pas du même ordre.»

La mort, universelle

«Notre peur à tous, c’est la peur de mourir. C’est ce qui réunit toutes les formes de peurs qu’on a. C’est la peur de disparaître. C’est une peur qui peut être rationnelle et irrationnelle. La peur de l’araignée, c’est absurde, quoi. Il n’y a aucun moyen de le justifier. Mais c’est pas parce qu’on sait que c’est absurde qu’on n’a plus peur!»

EXTRAIT
« Je ne sais plus si c’est ce jour-là qu’il a dit : si on n’y arrive pas comme ça, il faudra casser le sternum. J’ai commencé à me voir en créature de Frankenstein, avec des coutures sur la peau, la poitrine enflée. Peine perdue d’en parler aux amis : la consolation n’est possible qu’une fois le malheur advenu. La roulette russe de mon corps n’admettait pas d’apaisement. Il me restait trois semaines. Montréal m’est devenue intolérable : passer chaque jour devant l’hôpital où Thierry était mort et où je serais opérée. Chaque sirène d’ambulance déclenchait en moi un tourbillon panique, ma poitrine se creusait comme un siphon. Un soir, j’ai mis mon ordinateur dans une valise et je suis allée prendre un bus pour Rimouski, puis un autre pour Carleton-sur-Mer, je voulais voir la mer. »

— Claire Legendre, Le nénuphar et l’araignée