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Le Cirque du Soleil et le nationalisme économique

Zarkana - Cirque du Soleil
Photo d’archives

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Le nationalisme économique est encore bien vivant dans notre monde, au Québec comme ailleurs. Cette semaine, c’est le ministre de l’Économie, Jacques Daoust, qui a demandé à Investissement Québec d’aider un éventuel partenaire intéressé à racheter Manac afin que le constructeur de semi-remorques reste dans la province et reste québécois

La semaine dernière, c’était le premier ministre Philippe Couillard qui interpellait Guy Laliberté afin que celui-ci ne laisse pas filer à l’étranger le siège social de son entreprise, le fameux Cirque du Soleil. Il n’était pas le seul, car en chambre, les péquistes et les caquistes ont pressé le gouvernement libéral de ne pas laisser l’entreprise passer à des mains étrangères. 

Personnellement, j’avoue que j’aime bien les spectacles du Cirque du Soleil. Ils sont tout à fait spectaculaires. Je suis convaincu également que les semi-remorques Manac sont d’excellente qualité. Mais pourquoi ces entreprises doivent-elles demeurer au Québec, sous contrôle québécois?

C’est certain que nous avons besoin d’entreprises au Québec, que nous avons besoin d’emplois. Mais pourquoi ces entreprises? Pourquoi ces emplois? Qu’un entrepreneur québécois vende librement son entreprise à des Américains ou des Européens, voire des Qataris, tant mieux pour lui, il n’y a pas de mal à ça. Bien sûr, si des gens perdent leur emploi – ce qui est loin d’être certain même avec un acheteur étranger – il y aura une période d’ajustement. Mais d’autres entreprises, aujourd’hui étrangères, se trouveront à être achetées par des Québécois à leur tour.

D’ailleurs, quand Jean Coutu achète des pharmacies aux États-Unis, est-ce qu’on pense que c’est une mauvaise chose pour les Américains? Est-ce qu’on leur fait ainsi du mal? Alors, si des Américains achètent le Cirque du Soleil, ça ne sera pas non plus une mauvaise chose pour les Québécois. Pas besoin de faire de débats de société chaque fois que ce genre de transaction survient, et pas besoin que l’État s’en mêle.

Le premier ministre a rappelé la semaine dernière que le gouvernement du Québec, et donc les contribuables québécois, avait aidé à lancer le Cirque du Soleil dans les années 1980. Mais cela ne veut pas dire, comme un chroniqueur l’a affirmé, que le Cirque du Soleil appartient à tous les Québécois. Dans les faits, M. Couillard n’est pas allé aussi loin que le président Obama qui disait aux entrepreneurs américains en campagne électorale en 2012, « You didn’t build that ». Il a plutôt admis que le Cirque, c’est l’entreprise de M. Laliberté, et qu’il peut la vendre s’il veut. Il souhaite seulement qu’il la vende à des Québécois.

Par ailleurs, est-il même pertinent de remercier l’État d’avoir subventionné le Cirque il y a trois décennies? Au contraire, nous devrions nous méfier de ce genre de dirigisme, autant que du nationalisme économique.

Pour un Cirque du Soleil, qui aurait peut-être réussi sans subventions, combien de Gaspésia, de Domtar ou d’Electrolux qui ont dû fermer des usines? Pourtant, si les choix d’investissement étaient laissés aux acteurs privés, les fleurons économiques comme le Cirque du Soleil ne seraient pas moins nombreux au Québec; il y en aurait probablement davantage. Car ce n’est pas l’État qui est le mieux placé pour choisir les gagnants et les perdants; ce sont les investisseurs professionnels, qui doivent faire des choix judicieux pour gagner leur pain.

Le premier ministre a demandé au fondateur du Cirque de se souvenir de ses racines, et je suis entièrement d’accord : chacun d’entre nous devrait se souvenir de ses racines en tant que citoyen d’un des pays les plus libres au monde, et reléguer le dirigisme et le nationalisme économique aux oubliettes de l’histoire.

 


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