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Elle révèle avoir été agressée sexuellement

Monique Jérôme-Forget
Photo Journal de Montréal, Chantal Poirier Ex-ministre des Finances et présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget lance une biographie qui offre un survol de sa carrière, truffée de révélations surprenantes. Le Journal l'a rencontrée et vous présente des extraits en exclusivité.

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Monique Jérôme-Forget a été agressée sexuellement dans son bureau par un «illustre personnage» alors qu’elle était à la tête de la CSST dans les années 1980, révèle-t-elle dans sa biographie.

«La personne se lève, je me lève pour lui donner la main et il se lance sur moi et m’agresse de façon très importante. J’étais dans tous mes états. Il a fallu que je le repousse. C’était une bataille. Je le revis aujourd’hui en le racontant», confie l’ancienne présidente du Conseil du trésor lors d’une entrevue avec Le Journal.

«Il a contourné la table qui nous séparait et s’est jeté sur moi. Ses mains se pressaient sur mes seins et sa bouche, dégoûtante, cherchait la mienne», écrit celle qui a aussi été ministre des Finances. Malgré la taille et le poids supérieur de l’homme, elle réussit toutefois à le repousser.

«Je n’ai pas crié. Mais j’étais blanche comme un drap. Probablement que les gens vont dire qu’elle aurait dû avoir le courage de le dire sur le coup. Mais ça se passait dans les années 80. Ça s’est passé dans un bureau, pas dans la rue», explique Mme Jérôme-Forget.

«C’était sa parole contre la mienne. C’était un homme très important, connu, estimé. S’il était toujours vivant, je dirais son nom, mais aujourd’hui ça ne ferait que nuire à ses enfants», ajoute-t-elle.

«De la honte»

Elle confie dans son livre avoir ressenti «de la honte.» «Ça frappe l’imaginaire, car j’étais à la tête de la CSST, un des organismes les plus importants du Québec. N’importe qui ne peut pas demander un rendez-vous. On ne peut pas dire que je me trouvais dans une position de vulnérabilité», souligne-t-elle.

Elle espère que d’autres rompront le silence. «Comme tous les hommes qui agissaient de la sorte dans ces années-là, il pouvait dormir tranquille sachant que les femmes à qui il s’en prenait garderaient le silence. J’ai appris qu’il avait fait la même chose à d’autres femmes, dans une voiture, alors qu’il les ramenait chez elles après une réunion», écrit Mme Forget.

«Toute forme d’intimidation, y compris les gestes à caractères sexuels, est interdite. Cela reste cependant difficile pour les femmes de dénoncer leur agresseur. Au moment où j’écris ces lignes, la campagne #agressionnondénoncée nous révèle l’ampleur du problème», ajoute-t-elle.


Les ministres du gouvernement Charest n’avaient pas « d’appétit » pour les réformes

La réingénierie de l’État promise par Jean Charest n’a pas eu lieu parce que les ministres de son gouvernement n’avaient pas «d’appétit» pour des réformes, estime Monique Jérôme-Forget.

«J’aurais été plus loin que je ne suis allée, mais il n’y avait pas d’appétit au sein du conseil des ministres. Le président du Conseil du trésor ne peut pas tout faire seul», affirme Mme Jérôme-Forget, qui salue aujourd’hui l’initiative du gouvernement Couillard de moduler les tarifs de garde en fonction du revenu des parents.

«Mes collègues, eux, n’avaient pas le goût de toucher aux programmes, par exemple les garderies à 5 $», donne-t-elle en exemple.

Dans son livre, elle explique qu’ils ont «passé leur tour.» Aucun ne voulait «que l’on touche à ses programmes.»

Mme Jérôme-Forget insiste toutefois: «la réingénierie, ce n’était pas mon mot ni mon concept. Je n’avais pas l’intention de mettre la hache dans le gouvernement. Jamais, jamais jamais. Je n’ai jamais cru qu’il y avait tant de gras que ça dans la fonction publique. Si on veut faire le ménage, il faut regarder les programmes.»

Au début des années 70, la santé occupait près de 30 % du budget du Québec. «Aujourd’hui c’est presque 50 %. Si on continue à ce rythme, le Québec, ça va être un gros hôpital», souligne-t-elle.

Et si son gouvernement a augmenté l’accessibilité aux traitements de chimio, aux opérations de cataractes, de genoux et de hanche, ça s’est fait à fort prix. «Philippe Couillard a coûté très cher lorsqu’il était ministre de la Santé», a-t-elle noté.

La sacoche

Malgré sa prudence, Mme Jérôme-Forget admet d’ailleurs que le gouvernement Charest a été plutôt dépensier. Elle a dû mettre en place un système de fonds secret, utilisables en cas d’urgence.

Elle seule connaissait l’existence de cette réserve. Jean Charest lui-même n’était pas au courant, révèle-t-elle dans sa biographie.

«Je lui cachais parce qu’il l’aurait pris. Lorsque Jean venait me voir pour me dire Monique, j’ai besoin d’argent pour un projet, je lui répondais que j’étais trop serrée. À la fin, évidemment, il me regardait avec un grand sourire en voulant dire, tu me mens, je le sais», confie-t-elle.

Quant au gel de salaire dans la fonction publique, elle note qu’elle aussi l’a imposé au milieu des années 2000 pour financer l’équité salariale.


Des extraits de son livre

Sur la partisanerie :

«J’ai tenu des propos tendancieux à plusieurs occasions. Je me suis prêtée à ces stratagèmes partisans et détestables, que je voyais comme un mal nécessaire. J’avais saisi que c’était ainsi que je gagnerais des points au jeu de la politique.»

Des réserves secrètes dans la sacoche:

«Je gardais des réserves secrètes, sachant que nous aurions besoin de sommes additionnelles à la fin de l’exercice financier. Je les cachais à tous, même au premier ministre.»
Lors des négociations syndicales de 2005, Monique Jérôme-Forget a affirmé qu’elle voulait régler avant «la dinde de Noël.»
«Durant la même période, j’ai reçu des dindes congelées à mon bureau, que mon personnel remettait aux foyers pour personnes âgées de ma circonscription. On en a même livré une vivante, qui courait, affolée, dans les corridors.»

Corruption :

«Avec le recul, je réalise que ce qui m’a le plus attristée, c’est d’avoir cru – et clamé haut et fort – que les PPP permettaient de prévenir la corruption. Comme tout le monde, j’ai été choquée par la fraude alléguée au CUSM.»

Son départ :

«J’ai informé Jean Charest que je ferais la campagne électorale (de 2008), mais que je tirerais ma révérence tout de suite après l’adoption du budget. Je savais que cette démission me serait reprochée, étant donné les coûts que représente la tenue d’une élection partielle.»

Elle a appelé Marc Labrèche pour se plaindre d’une imitation :

«Son talent est indéniable, mais un de ses sketches ne m’a pas fait rire du tout, et je lui ai fait savoir sans détour. Il m’avait imitée, une flûte de champagne à la main, et de l’autre jetant des croustilles à des pauvres qui les mangeaient à mes pieds.»

Monique Jérôme-Forget
Photo courtoisie

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