/news/currentevents
Navigation

L’Empire des Hells, vu par l’ex-infiltrateur Alex Caine

Après ses ouvrages sur les Outlaws et les Bandidos, l’auteur et ex-agent infiltrateur Alex Caine complète sa trilogie sur les motards criminalisés avec un livre sur les Hells Angels. «J’ai gardé le plus gros morceau pour la fin», dit-il.
Photo Le Journal de Montréal, Éric Thibault Après ses ouvrages sur les Outlaws et les Bandidos, l’auteur et ex-agent infiltrateur Alex Caine complète sa trilogie sur les motards criminalisés avec un livre sur les Hells Angels. «J’ai gardé le plus gros morceau pour la fin», dit-il.

Coup d'oeil sur cet article

Les Hells Angels sont peut-être «tombés de haut», au Québec, mais ils risquent de revenir encore plus forts, surtout si les forces policières mettent toutes leur énergie dans la lutte contre le terrorisme.

Les Hells Angels sont peut-être «tombés de haut», au Québec, mais ils risquent de revenir encore plus forts, surtout si les forces policières mettent toutes leur énergie dans la lutte contre le terrorisme.

C’est l’avertissement servi par l’auteur Alex Caine, qui a piégé plusieurs groupes du crime organisé pour le compte d’organisations policières canadiennes et américaines.

Dans son nouveau livre, L’Empire des Hells, l’infiltrateur à la retraite boucle sa trilogie sur les motards – amorcée avec ses recueils sur les Outlaws et les Bandidos – en décrivant, d’un œil critique, les côtés sombres de l’histoire des Hells Angels.

« Les Hells Angels ne sont plus des motards qui commettent des crimes. Ce sont des criminels qui roulent en moto. »

« Une Réputation à rebâtir »

Une large part de son ouvrage porte sur l’évolution des Hells au Québec, de leur naissance en 1977 jusqu’à aujourd’hui.

Tout y passe: le massacre de Lennoxville, la guerre meurtrière avec les Rock Machine, les meurtres de tueurs à gages comme Yves «Apache» Trudeau et Gérald Gallant, le règne de Maurice «Mom» Boucher.

Sans oublier les victimes innocentes de cette violence – dont le jeune Daniel Desrochers, tué dans l’explosion d’un Jeep dans Hochelaga-Maisonneuve en 1995 – et la riposte des forces de l’ordre.

«Les Hells du Québec ont déjà eu la réputation d’être les plus dangereux du club dans le monde, a relaté l’auteur au Journal. Mais ils ont pris une débarque depuis la guerre avec les Rock Machine et les opérations policières menées contre eux. Ils ont une réputation à rebâtir. Et ils vont le faire, c’est garanti.»

Plus dangereux qu’avec « Mom » ?

Selon Alex Caine, que la GRC a déjà chargé d’infiltrer les Hells du chapitre de Sherbrooke, le gang cherchera à «profiter» de la lutte contre le terrorisme pour y parvenir.

«Si le gouvernement dort et que la police répète les mêmes erreurs que par le passé, les Hells vont vite se replacer.»

À son avis, les motards sont plus dangereux aujourd’hui que du temps de «Mom» Boucher parce qu’à l’épo­que «les policiers savaient à qui ils avaient affaire».

«Les motards ont changé, leurs méthodes se sont raffinées et ils partagent le pouvoir avec la mafia, les gangs de rue et d’autres groupes, a-t-il observé. En plus de la drogue et la prostitution, ils sont rendus dans le jeu illégal sur internet et ils blanchissent leur argent dans l’économie légale.»

Infiltrer la police

L’auteur estime également que les Hells ont montré qu’ils avaient «appris de leurs ennemis» en achetant des renseignements à l’ex-enquêteur du SPVM Benoît Roberge, pourtant «l’un des meilleurs agents de la province» dans la lutte contre les motards.

«Les dommages les plus dévastateurs pour les Hells Angels et tous les gangs de motards ont été infligés non pas par d’autres gangs, mais par les policiers qui ont trouvé un moyen d’infiltrer leurs organisations. (...) Les Hells Angels sont devenus suffisamment sophistiqués pour utiliser des tactiques et des stratégies semblables à celles de la police», écrit-il.


Extraits

« Dans un cas, c’est un club de motards prêts à se défoncer sur les routes et à faire du grabuge. Dans l’autre cas, c’est une organisation criminelle qui cherche à faire des bénéfices, en gardant un œil sur la concurrence et sur les possibilités d’expansion. Le premier cas s’achemine lentement vers la disparition. Le deuxième est prospère et en pleine croissance. »

« Un des aspects les plus troublants de l’évolution des Hells Angels concerne leurs relations de plus en plus soutenues avec d’autres organisations criminelles bien établies, chacune étant en mesure d’ajouter un élément important au mélange. C’est un peu comme choisir les joueurs d’une équipe d’étoiles (...). »

« La guerre des motards (...) a donné au massacre de Lennoxville des allures de bagarre de cour d’école.

« En prenant du galon, (Boucher) a également acquis la réputation d’être quelque peu contrôlant, quelqu’un qui questionnait les membres pour savoir s’ils avaient fait ce qu’il leur avait demandé et de la manière qui convenait. Cette tendance incessante à trouver à redire lui a valu le sobriquet ironique de «Mom». »

« Je dirais ceci avec certitude : même si ces informateurs font figure de cafards, la situation serait tout autre si on s’en privait. Aucune des grandes opérations lancées contre les gangs de motards, y compris l’Opération Printemps 2001, n’aurait été possible si ces traîtres n’avaient pas été d’accord pour livrer leurs témoignages. »

« Il importe peu de savoir ce qui a déraillé avec Benoît Roberge et qui aurait tiré les ficelles. En revanche, on peut penser que les Hells Angels contre-attaquent avec des moyens perfectionnés. (...) Ce genre d’opération n’est pas l’apanage d’une bande de durs qui roulent sur des Harley-Davidson défectueuses. »