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Les adieux de la Romancière angoissée...

Les adieux de la Romancière angoissée...
illustration johanna reynaud

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Je suis une femme comblée! Voilà ce que je pense en regardant Collègue Sanguinolent lire mon dernier roman, le sourire aux lèvres. Assis confortablement sur le divan en cuir qu’il a acheté pour meubler notre nouveau chez-nous, il dévore littéralement mon bouquin.

Ça fait drôlement plaisir qu’un auteur de polar de renommée internationale comme lui soit captivé par mon histoire. D’autant plus que les livres d’amour à l’eau de rose, ce n’est généralement pas sa tasse de thé!

Je soupire de contentement devant le tournant qu’a pris ma nouvelle vie ces derniers temps. Collègue Sanguinolent et moi avons aménagé dans notre nouvelle maison et nous avons chacun notre étage pour travailler. Lui, au sous-sol pour écrire ses récits d’horreur dans le noir. Et moi, au rez-de-chaussée lumineux pour créer des personnages joyeux. Un arrangement parfait!

D’ailleurs, on dirait que tout est parfait dans ma nouvelle vie. À un point tel que j’en oublie d’être angoissée. Et ça, c’est presque un miracle pour une romancière.

Prenez l’exemple de mes relations avec mon éditeur-kangourou. Oui, je le nomme désormais toujours de cette façon, puisque sa passion pour ce mammifère dépasse tout entendement.

Il a même évoqué l’idée de se lancer dans la production de kangourous ici au Québec! Dahhh... Ce n’est pas parce que certains marsupiaux séjournent paisiblement au Zoo de Granby qu’ils pourront survivre sur sa terre à Saint Glin-Glin des Meu-Meu!

Quelle idée stupide! Il ferait mieux de se concentrer sur la direction littéraire, ce en quoi il excelle. Comme le prouve mon dernier roman, dont le travail d’édition s’est fait dans la joie et la facilité. Tellement agréable de bosser avec lui depuis qu’il a renoncé à vouloir inclure des kangourous dans mes œuvres. La tension est disparue.

Respect ou évitement ?

Il n’y a pas que les relations avec mon conjoint et mon patron qui sont harmonieuses. Celles avec mes collègues auteurs le sont également devenues. Est-ce qu’ils me respectent désormais parce que j’ai fait mes preuves en tant que romancière? Ou si je confonds respect et évitement?

Je me demande parfois s’ils en ont marre que je leur casse les oreilles avec mes angoisses depuis un an. Quoi qu’il en soit, je ne me sens plus une intruse dans ce milieu et c’est bien tant mieux! Une fille qui trouve sa place, c’est chouette, non?

Ah! le bonheur... je pense que je viens de l’atteindre. Finalement. Ça s’est fait naturellement, simplement, au fil des rencontres que j’ai faites dernièrement. Et peut-être aussi parce que j’ai passé mon temps à raconter à tout un chacun mes mille et une inquiétudes. Maintenant, je me sens libérée. Je n’éprouve plus le besoin de me confier sur ce qui me tracasse, ce qui me fait peur et m’empêche de dormir.

Anonymat

À l’avenir, je serai calme, posée, réfléchie. J’ai envie d’être cette auteure qui n’a plus rien d’autre à raconter que les histoires qu’elle invente. C’est fini le temps où je devais exposer mes propres émotions pour exister.

Dorénavant, seules mes lectrices auront droit à mes états d’âme, qui seront portés par mes personnages et non plus par moi-même. Fini l’égocentrisme, on passe à autre chose.

Et comme le disait Simone de Beauvoir: les gens heureux n’ont pas d’histoires. C’est pourquoi, à compter d’aujourd’hui, Romancière angoissée disparaît dans la nature pour faire place à une Auteure plus épanouie, moins tourmentée et qui adore l’anonymat. Voilà, c’est dit!

Reste maintenant à relever ce défi. Celui de rester zen en toutes circonstances... Allez, t’es capable Romancière Anonyme!

FIN