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Un ténor de la Santé réclame une enquête

La déroute du dossier de santé électronique justifie une enquête approfondie, selon Claude Castonguay

Claude Castonguay
Photo d’archives L’ancien ministre Claude Castonguay ne soupçonne pas la malhonnêteté, mais plutôt la mauvaise gestion qu’il faut comprendre pour ne pas répéter les erreurs.

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L’ancien ministre libéral et père de l’Assurance maladie, Claude Castonguay, a du mal à comprendre que le Québec n’enclenche pas une enquête pour comprendre le «grave échec» et «l’orgie de dépenses» qu’est le projet du dossier de santé électronique au Québec.

L’ancien ministre libéral et père de l’Assurance maladie, Claude Castonguay, a du mal à comprendre que le Québec n’enclenche pas une enquête pour comprendre le «grave échec» et «l’orgie de dépenses» qu’est le projet du dossier de santé électronique au Québec.

Après le ministre Gaétan Barette, qui a qualifié le projet informatique de «désastre», voilà donc une autre voix d’importance qui déplore le dérapage.

«Il est difficile de faire pire», selon lui, «comme démonstration du danger des projets conçus au sommet du système plutôt qu’à sa base».

Il émet ces propos dans son récent livre La fin des vaches sacrées – Réflexion sur l’avenir du Québec, dans lequel il présente les dysfonctionnements du modèle québécois.

Le dossier santé électronique pour chaque Québécois ou le projet d’informatisation du réseau de la Santé était promis pour 2011, à un coût de 543 M$. Québec cible maintenant 2021 et un coût de 1,6 G$. Les dépenses informatiques dans le réseau de la Santé frôlent le demi-milliard chaque année. Il y a 10 ans, c’est deux fois moins.

Vu de l’intérieur

Rappelons qu’en 2008 il a été mandaté par le gouvernement afin, notamment, d’étudier le financement du réseau de la Santé. Il a donc été aux premières loges pour voir aller ce projet.

«Je pense que peu de gens de l’extérieur ont étudié cette question comme on l’a fait», dit-il.

Son constat frappe: une enquête en profondeur est nécessaire. «Pour éviter la répétition d’une telle orgie de dépenses, il faudrait savoir comment et par qui les décisions ont été prises, et qui a reçu tout cet argent», écrit-il.

Appelé à commenter davantage, l’actuaire de formation et ancien sénateur mentionne en entrevue qu’une enquête se justifie pour «savoir pourquoi le projet a été continué malgré les échecs».

L’argent allait où ?

«Qui a pris les décisions en cours de route de toujours ajouter de l’argent malgré le fait qu’on ne progressait pas? Est-ce que ce sont toujours les mêmes qui ont été responsables? Est-ce que ce sont des firmes qui avaient une obligation de résultat? Est-ce qu’ils ont fait le travail qu’on leur demandait et ce travail a-t-il été mal évalué? Qui a convaincu le ministère que tout ça était bon?» se demande-t-il.

La perte pour le Québec, sur le plan de la santé, est «grande», se désole-t-il. «C’est un échec grave qui a pour effet de priver les Québécois et notre système de santé des extraordinaires avantages d’un dossier électronique pour chaque patient.»

M. Castonguay croit que l’échec «illustre bien les dangers de l’interventionnisme» québécois.

À son sens, le Québec s’y est pris à l’envers en fabriquant une structure au niveau du ministère et de descendre dans les hôpitaux et dans les cliniques. L’ex-ministre explique qu’ailleurs, le projet partait à la base et, dans un deuxième temps, tout était intégré.

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