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Quel avenir pour Cuba?

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Les Québécois, qui dans les années 70 ont ouvert la voie au tourisme à Cuba, constituent encore le premier contingent de visiteurs dans la plus grande île des Antilles.

Mais, à la suite de l’annonce en décembre dernier du rétablissement des relations entre les États-Unis et Cuba, tout va changer. Selon les spécialistes, le prix des vacances va grimper de 20 à 30 % et les Américains vont prendre les devants.

Le retour des Américains

Déjà, cet hiver, les hôtels de La Havane affichaient complet. Pour la première fois, conséquence de la levée partielle de l’interdiction imposée par le gouvernement américain à ses ressortissants de visiter ce pilier de l’Axe du Mal (selon G.W. Bush), j’ai pu croiser en ville des groupes d’Américains. Pressés sans doute de voir, avant leur disparition, les graffitis «Yankees Go Home» ou les immenses affiches officielles accusant les États-Unis de crime contre l’humanité pour le maintien du blocus qui dure depuis 53 interminables années.

Un blocus absurde, à l’endroit d’un pays ne représentant aucune menace pour les États-Unis, une fois dénouée la crise de missiles en 1963

Blocus absurde, à l’endroit d’un pays ne représentant aucune menace pour les États-Unis, une fois dénouée la crise de missiles en 1963. Blocus contre-productif, car il n’a fait que prolonger le régime dictatorial des Castro. Blocus inhumain parce qu’il a privé Cuba de ressources essentielles à son développement, l’enfonçant dans une paranoïa qui a conduit le pays entier à son enfermement. L’accès à l’internet est à peu près inexistant (sauf dans les hôtels pour tourisme, et bien sûr pour les proches du régime). Il est encore impossible, à La Havane, de trouver un seul journal ou magazine étranger. Les librairies sont désespérément vides, si l’on excepte les livres pieux à la gloire de Che Guevara ou de José Marti. Le seul quotidien, Granma, ressemble plus à un bulletin paroissial qu’à un vrai journal.

La levée du blocus ?

Tous les Cubains souhaitent ardemment la fin du blocus. Sa levée prochaine, à l’issue des négociations en cours, ne fait guère de doute. Elle se traduira à court terme par la montée des investissements internationaux, par la fin de la pénurie dans nombre de secteurs, comme celui des médicaments (même si, en théorie, ces produits ne sont déjà plus sous embargo), par la libération du commerce et de la circulation des personnes.

Que réserve l’avenir pour Cuba? L’annonce des négociations arrive à un moment difficile. Déjà lourdement affaiblie par la soudaine disparition de ses partenaires du bloc communiste il y a 25 ans, l’économie vient de recevoir un coup très dur par la fin de l’assistance du Venezuela post-Chavez. Les négociateurs cubains se trouvent donc dans un rapport de faiblesse qui pourrait les forcer à consentir, par exemple, à des conditions d’investissement extrêmement défavorables, ou à des mesures de nature à démanteler le système de santé cubain, orgueil du régime. De même, le gouvernement saura-t-il résister aux investisseurs touristiques, de Floride en particulier, convoitant les plus beaux sites naturels aujourd’hui protégés, pour les bétonner comme les côtes de cet État?

Malgré tout, l’avenir sera sûrement meilleur pour les Cubains s’ils comptent d’abord sur eux-mêmes et non sur la moindre mansuétude de la part des Américains, implacables lorsque leurs intérêts économiques sont en jeu.


Les États-Unis doivent-ils, une fois pour toutes, lever leur embargo sur Cuba?

 

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