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Justin Trudeau fait la fine bouche

CANADA-POLITICS/
Photo d'archives

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On peut penser ce qu’on veut de Justin Trudeau, mais une chose au moins est claire : le chef libéral est sûr de lui... parfois même un peu trop...

Dernier exemple en date :

À quelques mois de la prochaine élection fédérale – laquelle s’annonce une lutte particulièrement musclée - , Justin Trudeau s’est aventuré sur le terrain délicat, pour ne pas dire miné, d’une possible coalition entre le Parti libéral du Canada (PLC) et le NPD. Bien entendu, dans l’éventualité d’une victoire minoritaire des conservateurs.

En entrevue avec La Presse canadienne, il se serait montré «peut-être» ouvert à cette possibilité, mais à la condition que Thomas Mulcair ne soit plus le chef du NPD.

Que ça?

C'est que, selon M. Trudeau, M. Mulcair est certes un «politicien aguerri», mais il n’aime pas ce qu’il appelle sa «vieille façon de faire la politique». Ah bon ?

Non sans ironie, on serait tenté de lui faire remarquer que Thomas Mulcair en fait au moins, lui, de la politique. Et que bien des gens attendent encore de voir Justin Trudeau commencer à en faire, lui aussi...

Mais, bon. Sur le fond des choses, ce serait tout de même intéressant de savoir ce qu’entend M. Trudeau par cette expression – une phrase qui veut à peu près tout dire et son contraire.

Le chef libéral serait-il en fait indisposé par le fait que le NPD et son chef pratiquent une politique de «contenu» par opposé à une politique de «style» et d’image» ? Nul besoin d’apprécier ou non ledit contenu pour reconnaître qu’il existe tout au moins.

La plus grande et la plus constante des critiques faite à l’endroit de Justin Trudeau depuis son arrivée à la tête du PLC n’est-elle pas justement son propre manque de contenu? Ou, plus précisément, son penchant, du moins jusqu’ici, pour les généralités et les lieux communs.

En d'autres termes, avant de critiquer le «style» d’un adversaire, il faudrait peut-être commencer par adjoindre un contenu plus sérieux à son propre style.

***

Un scénario hypothétique, mais pas si fou que ça...

De toute manière, avant l’élection d’octobre prochain, toute discussion sur une possible coalition PLC-NPD demeure hautement hypothétique.

De un, cette éventualité ne pourra être envisagée que SI les conservateurs de Stephen Harper sont réélus et qu'ils le sont avec une minorité de sièges.

Auquel cas, après trois mandats et plus de neuf ans déjà passés au pouvoir, Stephen Harper est le premier à savoir que s’il ne remporte pas une majorité de sièges, ses jours politiques seront comptés. Au sein même de son parti et surtout, du côté de l’opposition.

D’autant plus que contrairement à la «coalition PLC-NPD formée en 2008 avec l’appui du Bloc pour tenter de renverser le gouvernement Harper, en 2015, si le scénario d’une coalition redevenait possible, le Bloc n’en serait sûrement pas cette fois-ci. Ce qui, hors Québec, serait déjà un avantage considérable pour le NPD et le PLC.

On se rappellera d’ailleurs que l’appui du Bloc en 2008 – des «séparatistes», comme Stephen Harper ne cessait de le répéter – en avait miné toute crédibilité politique auprès de l’opinion publique canadienne-anglaise.
 
Cela étant dit, il n'en reste pas moins qu'en 2015, même si les conservateurs conservaient le pouvoir avec une minorité de sièges et même sans le Bloc, pour former une coalition crédible et efficace, le PLC et le NPD devraient alors s’entendre sur plusieurs dossiers.

Mais surtout, ils devraient choisir QUI serait le chef de cette coalition et par conséquent, QUI serait fort possiblement le prochain premier ministre. Thomas Mulcair ou Justin Trudeau ?

Et ce, dans le cas, bien sûr, où un gouvernement conservateur minoritaire serait défait en Chambre ; qu’une coalition PLC-NPD serait prête à gouverner ; que le Gouverneur général leur en accorde la possibilité.

Vous me direz que tout ça, c’est beaucoup demander. Que ce sont de nombreux obstacles à la réussite d’une coalition. Et vous aurez raison.

Mon petit doigt de politologue me dit néanmoins que face à la possibilité, concrète, de faire tomber les conservateurs et Stephen Harper – c’est-à-dire, de faire tomber leur programme politique -, les libéraux et les néo-démocrates sauraient alors bien trouver un moyen de moyenner. Donc, de s’entendre. Même entre de nombreux grincements de dents. On parle ici bien évidemment en termes de coalition, et non de fusion.

Ce jour-là, s’il venait, les questions de «style» d’un chef ou de l’autre, pèseraient fort probablement moins lourd dans la balance. De part et d'autre d'une possible coalition...

En attendant, une autre chose est claire comme de l'eau de roche: la prochaine campagne électorale fédérale sera dure, très dure. Elle aura un impact déterminant sur les résultats de l'élection.

Traduction: bien malin celui ou celle qui, à six mois du scrutin, oserait même tenter d'en prédire le vainqueur...

Le vainqueur définitif ou, dans le cas d'un gouvernement conservateur minoritaire, le vainqueur de transition...

***

Et vous? Oseriez-vous quand même faire déjà vos prédictions?

Sinon, tout au moins, quel scénario de résultats souhaitez-vous et pourquoi...


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