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L'IRIS et l'art de gaspiller une belle discussion!

Bloc Aînés Vieux vieillard
Photo d'archives, Fotolia

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Parfois, je me sens mal de revenir constamment sur les études de l’Institut de Recherche et d’Information Socio-Économique (IRIS). Il est rare que je revienne sur des larges études sur ce blogue, surtout quand il y a des méthodes statistiques avancées. Il m’est arrivé de le faire dans le cas de l’étude économétrique de Statistique Canada sur la réussite dans les écoles privées. Généralement, ce type de commentaire convoie simplement un scepticisme à l’égard des méthodes et de l’interprétation des résultats, mais il est rare que je critique une étude au complet. C’est probablement parce que le processus de révision des pairs élimine les erreurs avant que les lecteurs ne les attaquent et que la seule type de réponse possible consiste à répliquer l’étude, tester des méthodes différentes ou proposer une interprétation différente. Ceci ne s’applique pas à l’IRIS. Leur plus récente étude sur le vieillissement de la population est le meilleur exemple!

En fait, je vais leur lancer une fleur : ils ont tout à fait raison! Eh oui, l’IRIS affirme que le vieillissement de la population n’est pas un problème. En effet, tous les étudiants d’économie vous affirmeront que le vieillissement n’est pas un problème pour l’économie. C’est-à-dire que personne ne pense qu’il y aura une « pénurie de travailleurs ». La raison est fort simple : si les travailleurs diminuent, le prix du travail (salaires) augmente et le prix du capital diminue en termes relatifs. Progressivement, les méthodes de production se réorganisent et le capital prend une portion de plus en plus importante de la production de biens et services. C’est le modèle macroéconomique de base que les étudiants de premier cycle apprennent. Rien de plus simple!  

En fait, la population n’est pas un déterminant important de la croissance économique – sauf s’il s’agit d’un choc massif et instantané. Un exemple d’un tel choc serait celui de la grippe espagnole de 1919 qui a tellement tué d’individus (et ce très rapidement) que l’économie n’a pas été capable de s’adapter progressivement. C’est arrivé férocement et rapidement et l’économie a souffert. Toutefois, il est difficile d’imaginer que le choc démographique représente l’équivalent de la grippe espagnole de 1919. Après tout, les aînés vieillissent à la même vitesse que le temps s’écoule – ce qui représente un changement assez progressif et graduel.  Puisqu’il ne s’agit pas d’un choc, les compagnies s’ajusteront et les méthodes de production changeront. Le capital utilisé de nos jours repose largement sur du capital intangible (idées, algorithmes, technologies, recherche) et il s’agit d’une source de production de biens et services grandissantes. Avec le vieillissement, cette transition ne fera que continuer.

En fait, avec les changements relatifs dans l’utilisation du capital et du travail, la base fiscale ne changera même pas! Ce n’est même pas un problème de finances publiques! Si le travail devient plus dispendieux, le détenteur de capital obtiendra un rendement important s’il réussit à substituer son capital pour ce travailleur libérant ainsi ce dernier pour occuper des emplois plus productifs. Avec de tels changements, la base de taxation ne change même pas. Au pire, le problème des retraites est mineur puisqu’il s’agit d’un choc soutenu sur plusieurs années en termes de dépenses publiques. Mais cette augmentation semi-permanente des dépenses au titre des dépenses est mineure et très facile à minimiser (ou redistribuer dans le temps) en augmentant la pénalité pour les départs hâtifs à la retraite. Au pire-pire-pire, il y a une augmentation des dépenses de santé si la croissance économique n’est pas au rendez-vous (voir page 7 de l’étude de l’IRIS).

Donc, oui l’IRIS a raison! Vous ne pouvez pas vous imaginer comment je suis heureux de voir une étude qui fait ce point (même si elle ne fait pas comme moi je le fais) puisque cela fait maintenant six ans que je fais cet argument auprès des gens qui sont en politique (même si, lorsque j’en parle, les économistes pensent que je fais juste revivre le traumatisme de mes examens de maîtrise et de doctorat comme je voulais être sûr d’être encore prêt pour l’examen!)

Cependant, l’IRIS propose aussi de mettre en place les mesures qui empêcheront cette transition!

Remarquez que la pièce-clé du raisonnement conventionnel des économistes (tant les néo-keynésiens, les monétaristes et néo-classiques du cycle réel) est qu’il y aura un ajustement entre le capital et le travail pour refléter le changement des quantités relatives.  Ceci signifie l’absence d’un choc pour l’économie. Pour que ce changement se réalise, il faut que la formation et le déplacement de capital soit relativement libre. Et pourtant, l’IRIS propose des augmentations massives de l’impôt sur le revenu des entreprises, des particuliers et du capital.  Une taxation importante du capital revient à limiter cette transition! Le capital étranger ne s’installera pas au Québec, les firmes devront faire avec des travailleurs rares et avoir des coûts très élevés. La croissance de la productivité sera plus faible puisque le vieillissement affectera celle-ci en tenant fixe l’un des facteurs de production (celui du capital physique et humain) alors que l’un des autres facteurs diminue naturellement! Il est impossible dans un tel cas de ne pas se retrouver avec un ralentissement économique prolongé! En somme, l’IRIS affirme (avec raison) d’une part que le vieillissement n’est pas un problème mais de l’autre part, elle veut créer les conditions pour que ça devienne un problème!

Cette incohérence de raisonnement est considérable! Surtout que grâce à cette incohérence, on manque la validité d’une partie du message de l’IRIS voulant que le vieillissement ne soit pas un problème! Comment mieux se tirer dans le pied avec un canon aux obus de 45mm? 


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