/sports/hockey/canadien
Navigation

Quand gagner la coupe était comme un rituel

Yvan Cournoyer a remporté dix fois la coupe Stanley en 15 saisons

Coup d'oeil sur cet article

Yvan Cournoyer a remporté 10 fois la coupe Stanley au cours de sa carrière de 15 saisons dans la LNH. C’est tout un exploit lorsqu’on pense qu’au sein de la formation actuelle du Canadien, seul le défenseur Sergei Gonchar a déjà pris part à une conquête du gros trophée, soit avec les Penguins de Pittsburgh en 2009.

«Le Canadien remportait si souvent la coupe Stanley à l’époque que j’avais autant de plaisir à participer au défilé sur la rue Sainte-Catherine que de soulever le trophée au bout de mes bras sur la patinoire», raconte Cournoyer dans une entrevue accordée au Journal de Montréal à sa résidence située dans la couronne nord de Montréal.

«C’était comme notre rendez-vous annuel dans la rue avec nos partisans, une sorte de rituel, poursuit celui qui était surnommé le Roadrunner en raison de son coup de patin explosif. Nos fans s’attendaient à nous voir remporter la coupe année après année.

«Ces défilés au centre-ville étaient magiques. Il fallait toutefois prendre soin d’enlever nos bagues et notre montre, car des tas de gens tenaient à nous serrer la main!»

Toujours aussi jovial et chaleureux, Cournoyer rit de bon cœur en racontant des anecdotes de l’époque glorieuse du Canadien pendant qu’il nous fait visiter sa grande maison, où il garde précieusement d’innombrables souvenirs rappelant les faits marquants de sa carrière.

Comme s’il était toujours un membre de l’équipe...

L’ancien capitaine souhaite voir l’équipe de Michel Therrien remporter une 25e coupe cette année. Il aime les chances du Tricolore en raison du brio de Carey Price, même s’il sait que la route est très longue vers la conquête du trophée tant convoité.

«C’est drôle à dire, mais les amateurs que je croise me souhaitent encore bonne chance avant le début des séries, comme si je faisais toujours partie de l’équipe, confie Cournoyer. C’est comme si on avait grandi ensemble.

«Lorsque les séries s’amorcent et que je me retrouve au Centre Bell en compagnie d’anciens coéquipiers, tel que Guy Lafleur et Réjean Houle, j’ai encore les mains moites. Je sens la nervosité m’envahir. Chaque année, on rêve de voir le Canadien remporter la coupe Stanley.»

Une ivresse qu’on a hâte de revivre

Cournoyer a remporté sa première coupe alors qu’il n’avait que 21 ans, soit en 1965.

«C’était la réalisation d’un rêve pour un petit gars qui avait vu le jour à Drummondville et qui avait déménagé à Montréal dès l’âge de 13 ans pour jouer au hockey», dit-il.

«Une fois qu’on a connu l’ivresse de gagner la coupe, on a juste hâte de revivre une telle sensation. On l’a vu récemment dans le cas des Blackhawks de Chicago et des Kings de Los Angeles. Ces deux équipes ont chacune remporté deux fois la coupe de façon rapprochée. Il n’y a rien de plus gratifiant que de gagner un tel championnat à plus d’une reprise.»


♦ En 147 matchs disputés dans les séries, Yvan Cournoyer a récolté 64 buts et 63 passes pour un total de 127 points.

 


L’époque des retraites fermées

Pendant plusieurs décennies, les dirigeants du Canadien regroupaient les joueurs dans un hôtel à l’extérieur de Montréal, lorsque les séries éliminatoires débutaient. Ces retraites fermées servaient à éloigner les joueurs de toute tentation, tout en cimentant l’esprit d’équipe.

«Même s’il y avait beaucoup moins de représentants des médias qui suivaient le Canadien à l’époque, Sam Pollock tenait à ce qu’on s’éloigne des journalistes et des autres distractions», explique Yvan Cournoyer.

« On avait autant de plaisir à parader  sur la rue Sainte-Catherine »

«On prenait donc la direction des Laurentides et on logeait soit à l’hôtel Estérel ou à celui de La Sapinière. Chaque jour, il fallait se taper en autobus la distance aller-retour entre Sainte-Marguerite (ou Val-David) et Montréal afin de participer aux entraînements et aux matchs au Forum. Je dois admettre qu’à la fin des séries, les gars en avaient ras le bol de ces randonnées en autobus!»

Bonne bouffe, baignade imprévue et superstitions...

La recette fonctionnait puisque le Canadien gagnait régulièrement la coupe Stanley.

«Je me souviens qu’on mangeait très bien à La Sapinière, raconte Cournoyer. Il y avait de très bons chefs et les clients de l’hôtel venaient discuter avec nous à l’heure des repas. C’était agréable de rencontrer nos partisans.

«Devant l’hôtel, il y avait un petit lac, poursuit-il. Jacques Lemaire et moi avions décidé, une bonne journée, d’aller faire du canot.

«Mal nous en avait pris puisqu’on avait chaviré avec l’embarcation. On avait l’air pas mal bête en revenant tout détrempés à l’hôtel.»

Les joueurs avaient aussi des superstitions plutôt bizarres.

«Il y avait des chevaux non loin de l’hôtel et, chaque année, on se faisait un devoir de marcher dans leur crottin. On se disait que ça allait nous porter chance», confie Cournoyer.

Il faudrait peut-être en parler à Carey Price, un adepte du rodéo...

 


Cournoyer compatit avec Dionne et les autres

Marcel Dionne, Joe Thornton, Yvan Cournoyer et Gilbert Perreault.
Photomontage
Marcel Dionne, Joe Thornton, Yvan Cournoyer et Gilbert Perreault.

Yvan Cournoyer s’estime privilégié lorsqu’il pense à tous ces joueurs étoiles qui n’ont jamais remporté la coupe Stanley au cours de leur carrière.

«Je m’entraînais récemment au gymnase d’un hôtel à Vancouver lorsqu’un reportage à la télévision a capté mon attention, relate Cournoyer. Il était question de tous ces grands joueurs qui n’ont pas eu le bonheur de savourer une conquête de la coupe Stanley.

«Je n’en revenais pas à quel point la liste pouvait être longue. Je sympathise avec eux, car il leur manque quelque chose de gros.

«Je me souviens que lorsque le Canada avait remporté la Série du siècle, en 1972, Dennis Hull m’avait demandé si ça pouvait ressembler à une conquête de la coupe Stanley.

«Je ne savais pas trop quoi lui répondre. Je ne voulais pas gâcher son moment de bonheur...»

Le premier nom qui lui vient en tête est celui de Marcel Dionne.

L’habile attaquant, qui fut repêché au deuxième rang derrière Guy Lafleur en 1971, a eu beau récolter 1771 points en 1348 matchs au cours de sa carrière avec les Red Wings, les Kings et les Rangers, il n’a jamais soulevé la coupe Stanley au bout de ses bras.

 

Plusieurs joueurs ayant amassé plus de 1000 points dans la LNH n’ont jamais gagné la coupe:

Marcel Dionne... 18 saisons... 1771 points
Adam Oates... 19 saisons... 1420 points
Dale Hawerchuk... 16 saisons... 1409 points
Mats Sundin... 18 saisons... 1349 points
Mike Gartner... 19 saisons... 1335 points
Pierre Turgeon... 19 saisons... 1327 points
Gilbert Perreault... 17 saisons... 1326 points
Jean Ratelle... 21 saisons... 1267 points
Joe Thornton... 17 saisons... 1259 points
Peter Stastny... 15 saisons... 1239 points
Phil Housley... 21 saisons... 1232 points
Norm Ullman... 20 saisons... 1229 points
Jarome Iginla... 19 saisons... 1226 points
Bernie Nicholls... 18 saisons... 1209 points
Dino Ciccarelli... 19 saisons... 1200 points
Daniel Alfredsson... 18 saisons... 1157 points
Michel Goulet... 15 saisons... 1152 points
Bernie Federko... 14 saisons... 1130 points
Darryl Sittler... 15 saisons... 1121 points 
Dave Taylor... 17 saisons... 1069 points
Keith Tkachuk... 18 saisons... 1065 points
Rodrigue Gilbert... 18 saisons... 1021 points
Dale Hunter... 19 saisons... 1020 points
Pat LaFontaine... 15 saisons... 1013 points
Brian Propp... 15 saisons... 1004 points

 


Ses souvenirs des dix conquêtes de la coupe

Yvan Cournoyer, qui est encore bien actif à 71 ans, a fouillé dans sa banque de souvenirs lorsqu’on lui a demandé de nous raconter quelques faits marquants sur ses 10 conquêtes de la coupe Stanley, une de moins que le record qui appartient à Henri Richard.

1. 1er mai 1965 à Montréal

«Ce fut ma première coupe et je m’en souviens comme si c’était hier. On avait vaincu les Blackhawks en sept matchs, mais la dernière victoire avait été décisive, soit par la marque de 4 à 0. J’avais inscrit un but lors de cette rencontre et Jean Béliveau avait réussi le premier après seulement 14 secondes de jeu. Il avait été sensationnel pour devenir le tout premier récipiendaire du trophée Conn Smythe.»

2. 5 mai 1966 à Detroit

«Je n’oublierai jamais l’attitude affichée par les joueurs des Red Wings après qu’ils eurent remporté les deux premières rencontres au Forum. Ils étaient sortis du vestiaire cigare au bec, comme si la coupe était déjà dans le sac. Piqués au vif, nous avions remporté les quatre matchs suivants. Je me souviens qu’en arrivant à Detroit, Jean Béliveau avait réussi à obtenir une certaine somme d’argent de la part de Sam Pollock, qui n’était pas du genre généreux, afin d’organiser un souper d’équipe au restaurant. Son initiative avait eu pour effet de souder les joueurs. Henri Richard avait inscrit le but victorieux en prolongation lors du dernier match, en glissant dans le gardien Roger Crozier.»

3. 11 mai 1968 à Montréal

«La défaite subie contre les Maple Leafs l’année précédente nous avait servi de leçon, car on avait commis l’erreur de ne pas respecter suffisamment nos adversaires. On a balayé les Blues en finale, en 1969. Toe Blake a annon­cé sa retraite après la conquête. Il était seul pour effectuer tout le boulot d’entraîneur et il était fatigué de cette pression. Il voulait prendre soin de son épouse, qui était très malade.»

4. 4 mai 1969 à Saint Louis

«Ce fut un autre balayage aux dépens des Blues. Claude Ruel avait pris la relève de Blake et Serge Savard avait mérité le trophée Conn Smythe cette année-là. Je me souviens surtout des performan­ces de Rogatien Vachon devant le filet. Il avait été fort solide du début à la fin des séries. De miser sur un bon gardien dans les séries représente 50% des succès d’une équipe. Le Canadien en a un très bon en Carey Price.»

5. 18 mai 1971 à Chicago

«Ç’avait été une série finale difficile. Après avoir perdu le cinquième match à Chicago, Henri Richard avait critiqué ouvertement l’entraîneur Al McNeil, le traitant d’incompétent. Henri avait répondu d’éclatante façon en inscrivant les buts égalisateur et gagnant lors du septième match à Chicago. Ce fut le dernier match de Jean Béliveau. Ken Dryden s’était vu remettre le trophée du joueur le plus utile.»

6. 10 mai 1973 à Chicago

«On avait encore une fois remporté la coupe sous le nez des partisans des Blackhawks, en six rencontres, cependant. J’ai connu cette année-là les meilleures séries de ma carrière avec 15 buts et 25 points en 

17 matchs, pour mériter le trophée Conn Smythe. Je me souviens qu’on m’avait remis une voiture avec ce trophée, une automobile dont aurait sûrement hérité Dennis Hull si les Hawks l’avaient emporté. Lors du premier affrontement contre Chicago l’automne suivant, je n’avais pu m’empêcher de narguer mon ami Dennis en lui lançant: «Il roule vraiment bien, ton char!»

7. 16 mai 1976 à Philadelphie

«J’ai rarement été aussi déterminé à battre un rival que lors des séries de 1976. J’étais même prêt à jeter les gants tellement je détestais les méthodes d’intimidation des Flyers, qu’on surnommait les Broad Street Bullies. Ils avaient remporté les deux coupes précédentes et tous les joueurs de la LNH souhaitaient nous voir stopper leur séquence en misant sur notre vitesse et notre finesse. On comptait néanmoins sur quelques joueurs au physique imposant, capables de protéger les plus petits, et on avait balayé la série en quatre matchs. Ce fut une énorme satisfaction pour nous tous.»

8. 14 mai 1977 à Boston

«J’ai été forcé de rater toutes les séries cette année-là en raison d’une opération au dos, subie après avoir disputé 60 matchs. Je participais cependant à toutes les réunions d’équipe dans mon rôle de capitaine et j’ai pu savourer pleinement les efforts de mes coé­quipiers, qui ont remporté les quatre matchs de la finale contre les Bruins. Guy Lafleur était en feu (26 points en 14 matchs) et il fut choisi le joueur par excellence.»

9. 25 mai 1978 à Boston

«Je me souviens surtout qu’on formait une équipe parfaitement équilibrée, sans faiblesse ni complexe. Ce fut au tour de Larry Robinson de remporter le trophée Conn Smythe. On avait vaincu les Bruins en six matchs en finale et j’avais connu de bonnes séries avec une récolte de sept buts en 15 rencontres.»

10. 21 mai 1979 à Montréal

«J’avais été forcé de subir une seconde opération au dos après avoir disputé 15 matchs seulement. Durant les séries, j’étais donc de nouveau sur le carreau, mais ça ne m’avait pas empêché d’intervenir et de jouer mon rôle de capitaine. Il était important que je me rende régulièrement dans le vestiaire, car Scotty Bowman avait la tête ailleurs. Ça ne lui tentait plus pantoute de diriger le Canadien, car il avait accepté un poste de directeur général et d’entraîneur-chef avec les Sabres de Buffalo. On avait gagné cette quatrième coupe d’affilée en cinq matchs contre les Rangers.»