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Des parents veulent du pot pour soigner leurs enfants

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Plus de 13 000 personnes à travers le Canada ont signé une pétition pour demander à Santé Canada d’autoriser la commercialisation d’huile de cannabis médicinale pour soigner les enfants.

C’est le cas de Mandy McKnight, d’Ottawa. La vie de son fils de sept ans, Liam, dépend de cette substance autorisée dans une vingtaine d’États américains, mais interdite ici.

«Il n’y a rien d’autre qui fonctionne pour lui. Aucun médicament. Avant, il ne pouvait pas marcher, parler, il n’avait aucune qualité de vie», confie-t-elle.

Épilepsie sévère

Mais «légalement, on ne peut pas transformer le cannabis séché», explique le directeur général de la clinique Santé cannabis, Adam Greenblatt. Les produits dérivés comme l’huile ou les capsules sont donc interdits.

En gros, «Santé Canada voudrait que Liam fume», résume Mme McKnight.

Liam souffre du syndrome de Dravet, une forme d’épilepsie pédiatrique sévère. Les enfants atteints peuvent faire des centaines de convulsions par semaine, parfois jusqu’à l’arrêt cardiaque.

Ces crises rythmaient la vie de Liam jusqu’à ce que ses parents mélangent quelques gouttes d’huile de cannabis faible en THC à ses céréales en juillet 2014. Alors que la veille il avait souffert de 67 crises, il n’en fait presque plus depuis.

Ils sont des centaines comme lui en Amérique du Nord.

Incapables de se procurer l’huile qui soulage leurs enfants au Canada, certains parents ont déménagé au Colorado pour soigner leurs petits.

Fabriqué à Montréal

L’ouverture de la clinique Santé cannabis, rue Crescent à Montréal, a offert une autre option à ces parents désespérés. «On a plusieurs patients comme ça ici. Nos médecins les suivent. Ils sont une douzaine», indique M. Greenblatt.

Avec l’aide de la clinique montréalaise, Liam a arrêté tous ses médicaments pour prendre du cannabis.

Adam Greenblatt, Santé Cannabis
photo courtoisie
Adam Greenblatt, Santé Cannabis

Au début, sa maman envoyait tous les mois à Montréal les 150 grammes de pot qu’elle reçoit d’un producteur approuvé par Santé Canada pour qu’ils soient transformés en huile.

Maintenant, Mme McKnight fait elle-même l’huile dans sa cuisine, la fait analyser dans un laboratoire, puis la mélange à la nourriture de son fils.

En plus d’être techniquement illégal, ce processus est long et dispendieux. Il coûte plus de 1000 $ par mois aux McKnight.

► Liam utilise une variété particulière de cannabis approuvée il y a un an par Santé Canada. Elle est riche en cannabidiol (CBD), un composant non psychoactif de la plante qui, contrairement au THC, ne provoque pas d’ivresse. Elle a été mise au point au Colorado.

La légalisation devant la Cour suprême

Pour la première fois de son histoire, la Cour suprême du Canada se penche actuellement sur la légalisation du cannabis comestible, comme l’huile.

Le 20 mars, le plus haut tribunal du pays a entendu la cause opposant Owen Smith, du Cannabis Buyers Club du Canada, à la Couronne. M. Smith a été arrêté en 2009, alors qu’il fabriquait des biscuits au pot.

Charte des droits

La Cour supérieure et la Cour d’appel l’ont acquitté, jugeant que les lois fédérales allaient à l’encontre de la Charte des droits et libertés.

Si la Cour suprême se range du côté des deux cours inférieures, «il faudra réécrire les lois», indique Adam Greenblatt, de la clinique Santé cannabis, qui a témoigné au procès.

Au Québec, le Collège des médecins et le ministre de la Santé Gaétan Barrette sont cependant hostiles au cannabis.

«C’est une drogue. On met le fardeau sur le corps médical d’administrer ce qui est considéré comme un médicament sans aucune science», avait réagi le ministre en novembre lors de l’ouverture de la clinique Santé cannabis.

Recherches en cours

Malgré des essais cliniques préliminaires prometteurs aux États-Unis, les bienfaits du cannabidiol pour la santé des enfants comme Liam McKnight n’ont pas encore été clairement démontrés scientifiquement.

Mais sa mère réplique que son fils «Liam n’a pas le temps d’attendre» et qu’«il ne s’est jamais senti aussi bien» que depuis qu’il ingère du cannabis.

Mme McKnight explique qu’en plus d’être inefficaces, les médicaments approuvés par Santé Canada qu’il prenait auparavant ont sérieusement endommagé son cerveau et avaient d’horribles effets secondaires.

«Tous ces médicaments n’ont pas été testés sur des enfants non plus. On ne connaît pas leurs effets à long terme», insiste la mère de famille.

► Le Centre de recherche du CHUM accueillera aujourd’hui des experts de partout au pays pour débattre des enjeux de santé et de société liés à une nouvelle politique publique sur le cannabis.

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