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L'absinthe sans sucre de l'IRIS

L'absinthe sans sucre de l'IRIS

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Dans les derniers jours, j’ai beaucoup trop accordé d’attention à l’Institut de Recherche et d’Information Socioéconomiques. En conséquent, j’ai délaissé les billets plus intéressants que je voulais écrire. Vous devrez me pardonner encore une fois une digression additionnelle sur le sujet de l’IRIS puisqu’ils viennent de répondre à  ma critique sur leur étude pleine de failles sur la comparaison de la SAQ et du marché libéralisé albertain.

Premièrement, l’IRIS concède tous les points méthodologiques que j’ai mentionnés sur les prix. Ensemble, ces points montrent que tous les chapitres de l’étude de l’IRIS qui concernent les prix n’apportent que très peu à la discussion puisque leur valeur est faible.

Deuxièmement, l’IRIS devrait réaliser que l’indice des prix à la consommation – lorsqu’on retire les effets des changements fiscaux – indique que la libéralisation du commerce de détail en Alberta a permis une réduction des prix supérieure à celle du Québec avant taxes même si l’amplitude est incertaine. Malheureusement, je ne peux pas pousser plus loin mon raisonnement puisque les données ne sont pas là. C’est pourquoi je n’ai publié une étude sur le sujet mais plutôt un commentaire méthodologique montrant la possibilité que l’IRIS ait tout simplement tort.

Troisièmement, quant aux comparaisons de prix, l’IRIS n’a pas du tout adressé ma critique quant à la représentativité des produits choisis. Comme le troisième graphique de mon commentaire démontrait, il semble y avoir des différences importantes dans la valeur des produits consommés dans les deux marchés – surtout au titre des vins. Ce seul point est suffisant pour éliminer la pertinence des comparaisons de prix.

Quatrièmement, on voit à quel point l’IRIS démontre un certain scepticisme malsain à l’égard de la collecte de données lorsqu’ils répondent à mon idée de développer une enquête utilisant les « barcode scanners ». Ils ne semblent pas être au courant que des compagnies privées comme Nielsen offre ce service ou que ce genre de service existe déjà aux États-Unis  (voir ici)  ou même que des étudiants de doctorat peuvent se servir lors de leurs recherches (mon ami Youcef Msaid de l'Université Cornell utilise d'ailleurs ce genre de données). Le National Bureau of Economic Research a même publié plusieurs articles sur le sujet afin d'aider les chercheurs de la génération "big data" à identifier le plein potentiel des barcode scanners. En fait, ils ne semblent pas être au courant qu’il existe des algorithmes en ligne qui collectent des citations de prix qui peuvent générer des résultats équivalents aux Barcode scanners (voir Billion Prices Project).  Ces méthodes sont maintenant très courantes et ont permis la publication de multiples papiers scientifiques (voir notamment celui-ci par Broda et Weinstein (ici et ici) sur les prix des biens consommés par les personnes pauvres aux États-Unis). Lorsqu’on fait de la recherche, il faut être innovateur dans la collecte de données, l’IRIS ne devrait pas faire preuve de scepticisme. Quant on est aux limities de la recherche, il faut contribuer en ajoutant des nouvelles données, c'est l'essence même du comportement des académiques (aussi plate cela puisse être).

Cinquièmement, je n’ai pas concédé que le nombre de produits était plus élevé au Québec, je ne l’ai pas addressé. Mais l’IRIS n’aurait pas dû revenir sur ce point puisque c’est probablement le point avec le choix méthodologique le plus arbitraire et discutable qu’ils font. Dans l’étude, il est affirmé que « le système des importations privées font entrer des joueurs privés dans le système québécois ». Au nombre de 16,440 produits, ces importations privées font en sorte d’attribuer au Québec un avance au titre du nombre de produits disponibles relativement à l’Alberta. Comme le faisait remarquer le bloggeur (et passionné du vin) Yves Mailloux, « cette offre parallèle de produits est sous l'autorité de la SAQ ». En effet, l’importation avec des agents privés doit passer par la SAQ qui « reçoit les commandes des agences à son entrepôt et qui les livre sur demande des agences à ses succursales pour que le client de l'agence puisse payer et prendre livraison de ses bouteilles ».  Toutefois, si la SAQ offre ce service aux agents privés, ce ne veut pas dire qu’ils sont disponibles pour le public!  Ceux qui passent par les agents privés sont généralement des gens aisés qui veulent consommer leurs petits plaisirs en termes d’alcool. Comment considérer les produits de ces individus aisés comme des produits disponibles au public? Lorsqu’une personne fait venir des vins pour sa cave privée, il est difficile d’affirmer que la SAQ a un produit disponible de plus! Pour un institut de recherche qui affirme que les inégalités sont un problème,  il est difficile de concevoir comment l’offre d’un service par un monopole d’État dont bénéficie principalement les consommateurs aisés est un « plus » pour le Québec.  Si on enlève les produits d’importation privée, le Québec accuse un retard important au titre des vins et spiritueux. Ainsi, le calcul de l’IRIS repose sur une hypothèse un peu forte quant à la disponibilité des produits. Après tout, si l’Alberta autorisait les importateurs privés comme le Québec, le nombre de produits augmenterait là-bas aussi. La comparaison est donc boîteuse.

Au final, l’IRIS aurait mieux fait de contenir son étude à la section comptable qu’elle a produit. Cette section était solide et intéressante. Elle contribuait au débat. À elle seule, cette section aurait permis à l’IRIS d’avancer l’état des discussions. En incluant le reste de l’étude aux fondations méthodologiquement chancellantes, aux présomptions arbirtraires et aux données limitées, l’IRIS a masqué la validité de sa véritable contribution. Comme une absinthe sans sucre, l’étude de l’IRIS a un goût trop amer. 


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