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L’esprit du Cirque

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Il y avait quelque chose de pathétique à entendre les partis d’opposition, les nationalistes, accuser le gouvernement Couillard de «ne rien faire» pour empêcher le Cirque du Soleil de tomber sous la coupe d’intérêts «étrangers».

À entendre les partis d’opposition, l’annonce de la vente probable du Cirque à un consortium dirigé par TPG Capital, un méga-investisseur américain, révèle l’indifférence suspecte du gouvernement Couillard en matière de culture et d’identité, et son incapacité ou son refus d’agir pour protéger nos acquis, nos institutions culturelles, notre avenir, etc.

Le mouvement nationaliste est avant tout pessimiste, obsédé par nos faiblesses et de nos fragilités, et porté sur la défensive.

Bref, Néron Couillard, jouant de la lyre ou préparant d’autres «coupures» pendant que tout fout le camp et que les barbares se partagent les dépouilles du Québec.

Évidemment, cela fait partie de la «game» politique, de blâmer le gouvernement pour tout ce qui dérange.

Opportunisme politique

Mais, vu que les rumeurs de la vente du Cirque courent depuis des semaines, que la transaction annoncée hier n’est pas finale et que les termes n’en sont pas connus, l’empressement de la CAQ et du PQ de crier à la catastrophe nationale appréhendée et d’exiger que le gouvernement intervienne pour l’éviter (en nationalisant le Cirque?) révélait davantage que de l’opportunisme politique à la petite semaine.

Il mettait en lumière une caractéristique de l’ADN du mouvement nationaliste, qui explique en partie les difficultés qu’il a à rallier une majorité de Québécois ces temps-ci: le mouvement nationaliste est avant tout pessimiste, obsédé par nos faiblesses et nos fragilités, et porté sur la défensive.

Bref, tout le contraire de l’esprit du Cirque du Soleil.

Multiethnique, multiculturel, multinational

Dès le début, le Cirque a attiré des créateurs, artistes et artisans de partout. Il a copié les bonnes idées des cirques européens et asiatiques (il leur a redonné par la suite). Le Cirque est vite devenu multiethnique, multiculturel, multinational et polyglotte, mais personne ne douta jamais qu’il fût aussi Québécois: la preuve qu’il est possible d’être tout cela à la fois.

Même scénario ailleurs, en administration, ingénierie, animation, aéronautique, pharmacologie, cinéma, etc.: des Québécois, et leurs entreprises, en tête de peloton, partout au monde.

Mais, trop souvent, les nationalistes ne les voient pas comme des hérauts, mais plutôt comme des brebis égarées, des expatriés qui travaillent au loin, en anglais, pour des entreprises étrangères...

Au début de la colonie, le Québec a eu deux pères. L’un a débarqué et a pris le bois: le continent était à lui. L’autre a défriché un lopin et hérissé des palissades, pour prendre racine. Le Cirque est le fils du premier; le mouvement nationaliste d’aujourd’hui, le fils du second.

Le problème du Québec – et celui du PQ –, c’est que les nationalistes revendiquent pour eux seuls les attributs de l’identité québécoise et se posent comme le seul véhicule de la «survivance».

Pourtant, comme le suggère le succès mirobolant du Cirque, la quête de l’excellence est peut-être plus fertile que le repli défensif.

Et la meilleure stratégie de survie n’est pas de chercher la protection du gouvernement; c’est plutôt de se rendre incontournable.


Le gouvernement Couillard doit-il intervenir dans le processus de vente du Cirque du Soleil?

 

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