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Assurance emploi : des humains, pas des numéros

Hans Marotte
Photo Le Journal de Montréal, Ben Pelosse

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Je reçois ce matin un jugement du Tribunal de la sécurité sociale qui reconnaît que Marie a finalement droit à l’assurance-emploi. Nous avons gagné. Je devrais être content. Pourtant, je ne le suis pas.

Marie a travaillé treize ans comme associée pour un employeur dont les profits annuels dépassent les 15 milliards de dollars. Malgré ses conditions de travail difficiles et son maigre salaire, elle a toujours donné « son 110 % ». Avec le sourire. Marie a été congédiée parce qu’elle refusait des modifications à ses conditions de travail. On lui donnait le choix entre un emploi qu’elle était incapable de faire pour raison de santé ou une baisse de salaire de 25 %! Elle se disait que c’était impossible que son employeur lui fasse perdre son travail sans raison après tout ce qu’elle avait donné.

Pourtant, en septembre 2014, elle a été congédiée pour insubordination. Elle a donc dû déposer une demande d’assurance-emploi qui a été refusée. Elle a entamé un long combat pour être rétablie dans ses droits. Elle recevra finalement ses chèques de chômage sept mois après son congédiement. Un beau 260 $ par semaine!

Des histoires comme celle-là, j’en ai des centaines. Je pourrais vous parler de Rodrigo, qui a été expulsé de son logement avec sa femme et ses trois enfants suite à une perte d’emploi. De Suzanne qui a déposé une demande de chômage, refusée parce qu’elle n’aurait pas travaillé assez d’heures dans la dernière année même si elle travaille depuis qu’elle a dix-huit ans! Des personnes travaillantes qui se sont toujours données pour dépasser les attentes de leurs employeurs. Des gens pleins de dignité à qui la société a dit : « c’est de ta faute, débrouille-toi! »   

Juste avant de recevoir le jugement, je lisais une étude de l’Institut de recherche en économie contemporaine qui démontre que les salaires des travailleurs ont connu « une dégringolade majeure » par rapport au produit intérieur brut (PIB) depuis le début des années 80. Pendant cette même période, les dividendes versés aux actionnaires ont augmenté de façon exponentielle.

S’il est aujourd’hui extrêmement difficile de recevoir un chèque d’assurance-chômage, si les salaires ne suivent la courbe du PIB, si les écarts de richesse se creusent de plus en plus, ce n’est pas le résultat de la fatalité. C’est le résultat de mauvaises décisions prises par nos gouvernements. En cessant de cotiser à la caisse d’assurance-chômage, en réduisant le taux de couverture de ce régime de 85 % à moins de 40 % et en faisant passer le taux d’imposition des grandes sociétés de 36 % à 15 %, ils ont fait en sorte que l’économie ne soit plus au service de l’humain.

Il est grand temps que les choses changent. Pour Marie, Rodrigo et tous les autres, remettons l’humain au centre de nos préoccupations.

Hans Marotte, Avocat en droit social et du travail


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