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Baigner dans l’hypocrisie

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Il existe au Québec un «marché noir» pour obtenir un bain. En fait, si je me fie aux témoignages des derniers jours, ce dossier étayé par le caquiste François Paradis n’est que la pointe de l’iceberg. Il existe, paraît-il, un système bien plus large de soins offerts par des préposés en dehors de leurs quarts de travail en échange de quelques dollars. Cela m’a ramené des souvenirs.

Au début des années 2000, mes interventions enflammaient le débat sur l’instauration d’un système de santé mixte, public-privé, comme dans la plupart des pays européens. Jean Charest avait offert la défense la plus énergique du statu quo en brandissant sa carte visa et en clamant que jamais il ne laisserait la carte d’assurance-maladie être remplacée par une carte de crédit.

Le meilleur système au monde!

Il se faisait le porte-parole de cette idéologie canadienne et québécoise voulant que la santé soit «gratuite» et qu’on interdise au patient de payer pour des soins. On savait déjà qu’une certaine hypocrisie existait puisque même des politiciens défendant cette conception se sont fait prendre à fréquenter des cliniques de santé privées. De la même façon, nous savons tous que toutes sortes de frais sont chargés au patient et que d’autres sont encouragés à aller passer leurs examens diagnostics au privé pour éviter des attentes ridicules.

Papa ou maman veut un deuxième bain dans la semaine ? Sortons une enveloppe.

Cette semaine, nous avons découvert une hypocrisie encore pire. Dans les années après que monsieur Charest eut forcé son larynx à crier les vertus d’une santé égalitaire, un système de paiement au noir s’installait pour des services de base comme l’hygiène. Autrement dit, alors que dans la version officielle on jugeait scandaleux de permettre à des gens autonomes de payer sur une base volontaire pour certains soins de santé, on laissait s’implanter un marché noir dans l’univers des personnes âgées en perte d’autonomie.

On a vraiment l’impression aujourd’hui que la préférence du gouvernement aurait été de ne pas le savoir. Tant que l’image extérieure d’un système de santé universel, gratuit et accessible est préservée, ce qui se passe vraiment sous le couvercle importe peu.

Dépourvus

Pourtant, imaginez un peu le niveau de désarroi qu’il a fallu dans les familles pour arriver à la conclusion que la meilleure (ou la seule) solution pour obtenir des soins consiste à payer quelqu’un en argent comptant. Papa ou maman veut un deuxième bain dans la semaine? Sortons une enveloppe.

Le ministre de la Santé a promis de corriger la situation. Je n’ai pas de doute qu’une fois bien déculotté, le gouvernement va faire des enquêtes, trouver des coupables et démontrer sa détermination. Alors quelle sera la solution?

Le monsieur de 88 ans qui a eu un deuxième bain grâce au p’tit vingt donné par ses enfants la semaine dernière va avoir quoi la semaine prochaine? Ses deux bains, sans payer? Ou un seul bain puisque le préposé aura reçu une directive de ne plus accepter d’argent?

J’ai tellement peur de la réponse.


Devons-nous accepter qu’un système parallèle de soins de base existe, ou alors, exiger du gouvernement qu’il trouve des budgets supplémentaires?

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