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Carte postale du Kon Tiki

Vers 1958

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Avant Après
photo Courtoisie de la Collection Pointe-à-Calliè̀re, fonds Christian Paquin
photo Courtoisie Archives de la Ville de Montréal, VM94-A0292-007

1- Du Kon Tiki au Jardin Tiki

photo Courtoisie de la Collection Pointe-à-Calliè̀re, fonds Christian Paquin

«Messieurs-dames, bienvenue au Kon Tiki!» semble dire le portier à l’entrée de ce restaurant mythique maintenant disparu. 

Situé au 1455, rue Peel, le Kon Tiki a ouvert ses portes en 1958, au rez-de-chaussée de l’Hôtel Mont-Royal/Sheraton. L’entrée affichait un style «pop-polynésien» spectaculaire dessiné par l’Américain Stephen Crane, un acteur devenu homme d’affaires et restaurateur, surtout connu pour avoir popularisé le style Tiki partout en Amérique. Née aux États-Unis, la fièvre du Tiki a gagné le Québec à la fin des années 1950. En témoignent les «tiki-esques» Hôtel/Motel Coconut (1963) à Trois-Rivières, le Restaurant Luau (1972) à Sainte-Adèle et l’Aloha (1978) à Saint-Jérôme, qui existe toujours. À la fermeture du Kon Tiki, en 1981, un ancien serveur, Douglas Chan, a acquis certains décors et fondé le Jardin Tiki rue Sherbrooke. Devenu unique, son restaurant a permis à Montréal de demeurer la Mecque du Tiki jusqu’au moment où cette mode est passée. 
 
Quand vous lirez ces lignes, il sera trop tard pour le voir puis­qu’il a fermé fin mars 2015. Com­me Roxanne Arsenault, experte du mouvement Tiki, on peut se demander ce qu’il adviendra de son patrimoine haut en couleur!
 
2- Voyager tout en restant chez soi
 
photo courtoisie Archives de la Ville de Montréal, VM94-A0292-007
 
Pour les contemporains, le Kon Tiki, c’était du jamais-vu! Après la Seconde Guerre mondiale, pério­de d’austérité et de restrictions, les Montréalais ont commencé à profiter de la vie. Manger dans un restaurant exotique à une époque où voyager était encore un luxe, voilà ce qu’offrait aussi cette ville ouverte à tous les plaisirs. Dans un lieu où tout rappelait l’océan et les tropiques, comment résister à l’envie d’un cocktail exotique au milieu des masques maoris, des lances de Nouvelle-Guinée et des statues Tiki? Dans un décor polynésien inspiré des productions hollywoodiennes South Pacific (1949) et Blue Hawaii (1961), sous l’effet d’un drink coloré et de l’éclairage tamisé des lampes en osier suspendues, l’illu­sion était garantie.
 
3- L’Asie au cœur de Montréal
 
photo courtoisie Archives de la Ville de Montréal, VM94-A0292-007

Si on cherchait une Asie réelle au Tiki, propriété d’Occidentaux, c’est dans son personnel de service qu’on le trouvait. Chinois, Vietnamiens, Japonais et, plus rare­ment, Polynésiens y travaillaient. Les Asiatiques pourtant bien présents dans la ville, y étaient peu nombreux. Prenons Douglas Chan, un serveur du Kon Tiki qui sera plus tard propriétaire du Jardin Tiki. Originaire de Chine, il s’était joint dans les années 1950 à la petite communauté chinoise de moins de 3000 personnes. Fuyant les conflits et les famines causées par les guerres de l’Opium, la communauté s’était formée dans la deuxième moitié du 19e siècle. Frappés de taxes spécia­les et ostracisés, les Chinois s’étaient tournés vers la blanchisserie, puis la restauration et le petit commerce. À compter des années 1960, après l’ouverture du Cana­da aux non-Européens, Montréal accueillera des milliers d’immigrants asiatiques fuyant, entre autres, les terribles conséquences de la Seconde Guerre mondiale, de la guerre froide et des conflits régio­naux. Si le quartier chinois reste très animé, les Asiatiques ont migré dans tous les quartiers et en banlieue, ouvrant des commerces et des restaurants spécialisés pour le plus grand plaisir gustatif des Montréalais.