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C’est parfois risqué d’être Noir aux États-Unis

En 2014 seulement, plus de 300 personnes issues de la communauté afro-américaine ont été abattues par les forces de l’ordre

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Les tensions restent vives aux États-Unis, où une série de bavures policières sont à l’origine de la mort d’Afro-Américains. En 2014, plus de 300 Noirs ont été tués par les forces de l’ordre. Ce phénomène est causé par la prolifération des armes et la mauvaise formation des policiers, estime Geoffrey Alpert, professeur à l’Université de Caroline du Sud et spécialiste de la violence policière.

Pourquoi en sommes-nous arrivé à un tel fléau?

Il y a tellement d’armes à feu aux États-Unis dans les mains des citoyens (310 millions, environ une par habitant), que les policiers sont dans une dynamique bien différente que les policiers au Canada. Par exemple, quand les policiers arrêtent une voiture, ils estiment que le conducteur va avoir une arme.

Est-ce que le nombre d’Afro-Américains non-armés tués par la police est un phénomène en hausse aux États-Unis?

Nous ne le savons pas et c’est une honte nationale. Seules les grandes villes comptabilisent ce genre de données mais pas les plus petites villes comme Ferguson. Il y a 18 000 départements de police aux États-Unis et ils ont tous des règlements différents. On espère que le groupe de travail sur la police du 21e siècle, mis en place par Barack Obama, va changer les choses.

Est-ce que l’arrivée de caméras sur les vestes des policiers est une bonne chose?

À la base, les policiers doivent être mieux choisis. Dans certaines petites villes, ils n’ont même pas de diplôme, ils ne sont pas éduqués, ils ne se sont jamais battus dans la vraie vie, ils ont peur. L’entraînement des policiers doit être différent, on doit leur enseigner comment désarmorcer une situation tendue.


Les bavures se multiplient

Depuis les émeutes qui ont suvi la mort de Michael Brown, abattu par un policier à Ferguson, au Missouri, en août dernier, les cas apparentés à une bavure policière se multiplient aux État-Unis. Voici un survol des incidents récents qui ont provoqué des manifestations.

4 avril, Charleston, Caroline du Sud

Photo d'archives

Arrêté pour un contrôle routier, Walter Scott s’enfuit à la course. Une vidéo filmée par un passant montre le policier Michael Slager l’abattre dans le dos en tirant à huit reprises vers l'homme qui n’était pas armé. Le policier a depuis été arrêté, inculpé de meurtre et radié des forces de police. Il risque la peine de mort ou la prison à vie.

2 avril, Tulsa, Oklahoma

Photo d'archives

Eric Harris, 44 ans, est abattu par Robert Bates, 73 ans, shérif-adjoint réserviste du comté de Tulsa. Harris était soupçonné de vendre des armes illégales quand il a pris la fuite en courant. Le policier, qui a voulu utiliser son pistolet Taser, a plutôt sorti son arme à feu. «Oh! Je lui ai tiré dessus, je suis désolé», entend t-on dans la vidéo filmée par un autre policier portant sur lui une minicaméra. Harris, qui n'était pas armé, est décédé une heure plus tard. Le policier a été accusé d'homicide involontaire.

10 mars, Atlanta, Georgie

Photo d'archives

Anthony Hill, 27 ans, vétéran de l’armée de l’air américaine, est abattu par un policier. Hill était nu et agissait de façon erratique dans son complexe d'appartements, visiblement atteint d’une maladie mentale. Il n’était pas armé.

6 mars, Madison, Wisconsin

Tony Robinson, 19 ans, est tué par les balles de Matt Kenny, un policier blanc de 45 ans. Robinson était soupçonné par la police d’avoir perturbé la circulation en sautant devant des voitures et en hurlant. Kenny s’est alors rendu dans l’appartement où il pensait trouver le suspect. C’est là qu’une altercation aurait débuté. Le policier a été suspendu en attendant les conclusions de l'enquête. Tony Robinson n’était pas armé.

22 novembre 2014, Cleveland, Ohio

Photo d'archives

Tamir Rice, un enfant noir de 12 ans joue avec un faux pistolet dans un parc. Sur une vidéo de surveillance, on le voit pointer son arme vers un piéton puis la ranger à sa ceinture. Un résident a appelé la police pour rapporter sa présence. Peu de temps après, on voit une voiture de police arriver à toute allure. Tamir Rice se dirige vers elle, sans son arme factice en main, il est immédiatement abattu par un officier. Les deux policiers ont été interrogés et suspendus de leurs fonctions.

20 novembre 2014, New York

Photo d'archives

Akai Gurley, 28 ans, est abattu dans la cage d’escalier sombre d’un HLM de Brooklyn. Le chef de la police de New York a expliqué qu’il s’agissait d’un coup de feu accidentel et que la victime, non armée, était totalement innocente. Le jeune policier responsable, Peter Liang, a été inculpé.

19 août 2014, St. Louis, Missouri

Kajieme Powell, 25 ans, a été surpris en train de voler des beignes dans un magasin. Appelée sur place, la police lui a tiré dessus à douze reprises, à l'extérieur du magasin. Les forces de l'ordre ont justifié leur geste déclarant que le jeune homme avait un comportement «erratique», allant et venant sur le trottoir et qu’il aurait brandi un couteau vers eux. Des images filmées par un passant contredisent la version de la police.

11 août 2014, Los Angeles:

Photo d'archives

Ezell Ford, 25 ans, est abattu par deux policiers alors qu'il marchait dans la rue. Son comportement a été jugé «suspect». Le jeune homme souffrait, selon ses proches, de retard mental et de schizophrénie. Ford, qui n'était pas armé, a été touché par trois balles.


La disparité en chiffres

  • 304 : Afro-Américains tués par des policiers aux États-Unis en 2014. Près de la moitié d’entre-eux n’étaient pas armés.
  • 1 : Afro-Américain tué dans les mêmes circonstances au Canada en 2014.
  • 36 : Afro-Américains tués aux États-Unis par la police au mois de mars, soit une personne à chaque 21 heures.
  • 4 : Aux États-Unis, les Noirs courent quatre fois plus de risques de se faire abattre par un policier que les Blancs.
  • 30% : Proportion d’Afro-Américains parmi les gens abattus par un agent en service entre août 2013 et mars 2015. Ce groupe compte pour 14% de la population américaine.
  • 54 : Nombre de policiers américains qui ont été inculpés pour avoir abattu une personne en service ces 10 dernières années. Du nombre, 21 ont ensuite vu les accusations être retirées ou ont été complètement acquittés.

 

Brèves

Profilage racial

Raciste la police aux États-Unis?

«L’institution de la police est très raciste, aux États-Unis», affirme Phillip Agnew, directeur général de l’organisme de défense des droits des Noirs Dream Defenders, basé à Miami.

«C’est un problème très profondément ancré dans la société américaine. Notre pays a été fondé sur des problèmes raciaux et ces problèmes sont encore là aujourd’hui, que ce soit dans les domai­nes de l’éducation, du logement ou de l’économie et dans les forces de l’ordre», dit-il.

M. Agnew a récemment rencontré Barack Obama à la Maison-Blanche, avec d’autres militants, pour discuter de la brutalité policière envers la communauté afro-américaine.

«Il y a assurément des préjugés raciaux envers les Noirs, mais aussi envers les Latinos. Ça peut sembler une exagération, mais, aujourd’hui encore, la vie d’un Noir n’est pas considérée comme ayant la même valeur que celle d’un Blanc aux États-Unis.»

Selon lui, l’arrivée du premier président noir à la présidence des États-Unis en 2008 n’a rien changé. «Pour que les choses changent, les policiers doivent être tenus responsables de ces meur­tres, il doit y avoir des conséquences et ce n’est, hélas, que rarement le cas.»

Au cours des cinq dernières années, le ministère de la Justice des États-Unis a ouvert 20 enquêtes sur les pratiques discriminatoires de certains services de police, soit deux fois plus que dans les cinq années précédentes.

 

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