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Terroristes des uns, alliés des autres

John Earnest
Latendresse

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Le terrorisme est un concept élastique. Quand les actes sont commis par des gens que nous détestons, ce sont des salauds de terroristes; quand la cause nous inspire de la sympathie, ces mêmes salauds deviennent des combattants pour la liberté. Les militants de l’Armée républicaine irlandaise n’ont jamais eu la même réputation à Londres qu’à Boston. Et la description des sionistes d’Irgoun ou de Palmah diffère dramatiquement d’un livre d’histoire israélien à un livre d’histoire arabe.

Les États-Unis maintiennent leur propre liste de méchants pays. Plus concret encore que le fameux Axe du mal de George W. Bush (Iran, Irak, Corée du Nord), le département d’État garde supposément à l’œil les pays soutenant le terrorisme. Une liste qui se regarde d’ailleurs comme un tableau de Salvador Dali: des définitions molles, des indignations qui fondent et un chahut qui laisse ébaubi.

Barack Obama a annoncé la semaine dernière qu’il allait retirer Cuba de cette liste. Il était temps: les Cubains, depuis longtemps, n’avaient plus d’affaire là. La Havane y avait été placée en 1982 pour l’accueil donné aux partisans basques de l’ETA et aux rebelles colombiens des FARC. Les grandes envolées révolutionnaires cubaines ne sont toutefois plus ce qu’elles étaient, au contraire.

UNE MENACE, MAIS POUR QUI ?

Les diplomates américains eux-mêmes admettent que rien n’indique que le gouvernement cubain ait fourni des armes ou une formation paramilitaire à des groupes terroristes, quels qu’ils soient. Mieux encore, experts américains et cubains ont étroitement collaboré dans des situations difficiles, comme en Afrique de l’Ouest pour combattre le virus Ébola.

Le Soudan figure aussi sur cette liste des pays soutenant le terrorisme et c’est tout aussi étrange. Sous la gouverne d’Omar al-Bachir, le Soudan a certainement bien des défauts. Corruption, répression, pauvreté, c’est un gouvernement qui ne mérite pas grand’ sympathie.

Les analystes du secrétaire d’État John Kerry précisent pourtant, dans leur dernier rapport, que Khartoum reste un «partenaire dans la lutte contre le terrorisme» et «continue à prendre des mesures contre les menaces aux intérêts et ressortissants américains».

SYRIE ET IRAN, LES DEUX AUTRES MÉCHANTS

Le cas de la Syrie, spontanément, ne fait pas de doute. Ce que l’on reproche toutefois à Damas, c’est son soutien au Hezbollah et au Hamas, des organisations avec une cible bien précise: Israël. Leurs tactiques, sans aucun doute, inspirent la terreur aux Israéliens.

On se demande néanmoins comment il se fait que la terreur que le président syrien Bachar al-Assad a générée dans son propre pays, chez ses propres citoyens, depuis le début de la guerre civile il y a quatre ans n’ait pas suffi à le clouer éternellement à cette liste.

« Le soutien de l’Iran au terrorisme est plus fort que jamais. Le besoin d’empêcher les Iraniens d’obtenir une arme nucléaire est d’autant plus important que ce soutien serait encore plus dangereux si nous faisions face à une puissance nucléaire iranienne. » – Josh Earnest, secrétaire de presse de Barack Obama, 16 avril 2015

L’Iran est un autre cas. Le secrétaire de presse du président Obama soulignait encore cette semaine que «l’Iran, depuis au moins une génération, a soutenu très activement des activités de terreur à travers le monde». Pourtant, Washington et Téhéran ont négocié avec méfiance, certes, mais aussi avec respect un encadrement serré du programme nucléaire iranien. Et on a beau dire, mais Américains et Iraniens sont présentement de solides alliés dans leurs efforts d’écraser les combattants de l’État islamique en Irak.

Bref, dans un monde où la propagande extrémiste, grâce à internet, fait le tour de la planète en quelques secondes et radicalise chaque jour des âmes perdues en quête de cause, pas sûr qu’une liste de pays soutenant le terrorisme soit autre chose qu’un reliquat de la Guerre froide quand les ennemis avaient des capitales, des gouvernements et des objectifs compréhensibles.

ILS Y ÉTAIENT...

  • Libye – Retirée en 2006, après que Mouammar Kadhafi ait renoncé à son programme d’armes de destruction massive.
  • Irak – Retiré en 1982, lorsque les États-Unis soutenaient Saddam Hussein dans la guerre Iran-Irak; remis sur la liste lors de l’invasion du Koweït; retiré une nouvelle fois, après l’invasion des États-Unis en 2003.
  • Yémen du Sud – Retiré en 1990, après la réunification avec le Yémen du Nord.
  • Corée du Nord – Retiré en 2008, après des engagements pris à l’égard de son programme nucléaire, engagements reniés depuis.

ILS Y RESTENT...

  • Syrie, placée sur la liste dès le début en 1979.
  • Cuba, depuis 1982.
  • Iran, depuis 1984.
  • Soudan, depuis 1993.

 

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