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L'ex-mairesse Sylvie St-Jean témoigne

Sylvie St-Jean
CAPTURE D'ÉCRAN/TVA NOUVELLES/AGENCE QMI Sylvie St-Jean

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L'ancienne mairesse de Boisbriand a admis avoir développé «un lien d'amitié» avec la vice-présidente de la firme de génie Roche, France Michaud, qui l'invitait au Centre Bell ou à des soupers sans qu'elle n'ait à débourser le moindre sou.

Sylvie St-Jean s'est avancée à la barre ce matin au palais de justice de St-Jérôme pour témoigner au procès de Robert Poirier, ancien maire de Boisbriand, et de France Michaud, ex-VP chez Roche, tous deux accusés de fraude et de complot en lien avec l'octroi de contrats publics municipaux.

Mme St-Jean était conseillère municipale dans l'équipe de M. Poirier avant de lui succéder à la mairie de Boisbriand, en 2005. Également arrêtée par l'escouade Marteau en février 2011, puis accusée elle aussi de fraude et de complot, elle a décidé de plaider coupable l'an dernier. Elle constitue désormais l'un des témoins clé de la Couronne contre ses anciens collaborateurs.

Entre mars 2006 et avril 2009, près de 80 appels téléphoniques ont été enregistrés entre Sylvie St-Jean et France Michaud, a avancé la procureure de la Couronne, Me Nicole Martineau, en fin de matinée. «On pouvait discuter de tout et de rien, a vaguement expliqué Mme St-Jean. On a développé une amitié. J'insistais pour qu'elle vienne au tournoi de golf de la ville chaque année, elle m'invitait au Centre Bell», a-t-elle poursuivi, indiquant avoir rencontré Mme Michaud lorsque Roche a décroché le contrat pour la confection des plans et devis de la réfection de l'usine d'épuration de Boisbriand, fin 2005.

Honoraires revus à la hausse

Deux ans après avoir décroché ce contrat d'1,5 M$, Roche a présenté une demande d'augmentation de ses honoraires de plus d'un million de dollars à la ville de Boisbriand, sous prétexte que l'estimation du coût total des travaux à effectuer pour la mise à niveau de l'usine de traitement des eaux avait été fortement revu à la hausse.

La compagnie de construction Infrabec - qui a été la seule à soumissionner - a en effet présenté une offre à 28 M$ pour la réalisation des travaux, alors que l'estimé initial avait été fixé à 15 M$ en 2005. En septembre 2007, le conseil municipal a donc octroyé le contrat à Infrabec pour 28 M$, avant d'accorder en novembre de la même année la hausse d'honoraires demandée par Roche.

Les procureurs de la ville avaient pourtant émis un avis contraire suggérant de ne pas octroyer l'augmentation de plus d'un million de dollars requise par la firme de génie. Mais Mme St-Jean a décidé de ne pas en tenir compte. «M. Lapointe (directeur du service du génie de Boisbriand) nous a dit qu'on pouvait la donner donc on a voté pour», a-t-elle simplement expliqué, ajoutant qu'elle ne savait pas pourquoi elle avait écarté l'avis juridique.

Des firmes toutes désignées

Sylvie St-Jean a par ailleurs expliqué que lorsqu'elle est devenue mairesse de Boisbriand par intérim, en juillet, à la suite de la démission de Robert Poirier, elle savait que la ville faisait affaires avec trois firmes de génie. Les seules invitées à soumissionner sur les contrats de 25 000 à 100 000 $.

«On savait que c'était Roche, BPR et Groupe Séguin. On n'avait pas besoin de me donner d'ordre, je savais que c'était comme ça depuis les années 98-99-2000», a-t-elle déclaré.

Mais lorsque Mme St-Jean a été élue par la population aux élections de novembre 2005, elle s'est retrouvée minoritaire au conseil. L'équipe de l'actuelle mairesse, Marlène Cordato, qui venait de rafler la majorité, a alors décidé de changer le nom des firmes de génie invitées à soumissionner. Génivar, Dessau et Projeco ont remplacé Roche, BPR et Groupe Séguin. «Il n'y pas eu de discussion, on n'avait rien à dire», a commenté Mme St-Jean à la barre.

Quelques mois plus tard, Mme Cordato a perdu sa majorité à la suite de la démission d'un de ses conseillers. Cette fois-ci, les deux femmes se sont rencontrées pour trouver un terrain d'entente et «arrêter de se chicaner», a raconté Mme St-Jean. Les firmes invitées seraient désormais Génivar et BPR. «Parce que Roche avait déjà le contrat de l'usine», a précisé Mme St-Jean.

Le témoignage de Mme St-Jean se poursuit cet après-midi.