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Un courtier immobilier reconnu coupable d'agression sexuelle sur une cliente

Andre Diotte
Photo Le Journal de Montréal, Martin Alarie Le courtier immobilier André Diotte, hier, lors de son arrivée au palais de justice de Laval, où il a été reconnu coupable d’agression sexuelle sur une cliente.

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Un courtier immobilier ayant forcé une cliente à lui faire une fellation lors de la visite de sa maison s’est dépeint «presque comme une victime». Le juge ne l’a pas cru et l’a reconnu coupable d’agression sexuelle hier.

En décembre 2011, André Diotte s’est rendu chez une cliente en instance de divorce, afin d’évaluer la valeur de sa maison. Une fois la visite terminée, le courtier immobilier l’a prise par la taille, l’a embrassée, lui a arraché son haut, pour ensuite la jeter sur un lit.

L’homme de 43 ans n’a pas nié les gestes sexuels qui ont suivi. Mais lors de son procès, il a plutôt blâmé son ancienne cliente, précisant que c’est elle qui a initié le tout avec conviction: elle l’aurait embrassé, avant de s’asseoir sur lui.

Il lui aurait demandé à deux ou trois reprises «d’arrêter parce qu’il a une conjointe», mais «dans un mouvement de faiblesse», il s’est laissé aller, selon son témoignage en Cour.

Piégé par un appel

Le juge Paul Chevalier de la Cour du Québec n’a pas cru la version de l’accusé, a-t-il fait savoir hier au palais de justice de Laval.

Confronté par sa victime au téléphone peu après l’agression, M. Diotte a en effet admis avoir «perdu le contrôle». Ce qu’il ignorait à ce moment, c’est que cette conversation faisait l’objet d’une écoute électronique policière.

On l’entend admettre que «ses émotions avaient pris le dessus», «que cela n’aurait pas dû arriver», puis lui offrir ses excuses.

La victime lui pose ensuite plusieurs questions en lien avec les événements, notamment à savoir pourquoi il l’a forcée à lui faire une fellation.

«Il répond qu’il agit de même avec sa conjointe, que c’est dans sa culture, que sa conjointe y prend du plaisir», a résumé le juge, lors du prononcé de son jugement.

Mais en défense, André Diotte avait expliqué qu’il était distrait lorsqu’il a reçu l’appel de la femme, puisqu’il était au volant de sa voiture.

Comme une victime

«L’accusé a expliqué [...] qu’il n’écoutait qu’à moitié, portant davantage attention à la présence éventuelle de policiers qui auraient pu le voir en conduisant avec un téléphone cellulaire à l’oreille», indique le jugement.

Pourtant, à l’écoute de l’enregistrement de l’appel, l’accusé semble au contraire «très attentif à ce qui se dit, en plus de corroborer le déroulement des événements», a noté le juge.

«Ces reconnaissances sont à l’opposé du témoignage rendu par l’accusé où il se présente presque comme une victime d’agression sexuelle perpétrée par la plaignante», a souligné le magistrat, en déclarant Diotte coupable d’agression sexuelle et de séquestration.

Les représentations sur la peine se dérouleront dans quelques mois.

 


Extraits du jugement du juge Paul Chevalier:

«Il est d’abord curieux d’entendre l’accusé dire qu’il est nerveux lors de l’appel (avec la victime) et très peu concentré sur ce qui se disait puisqu’il surveillait la présence de policiers afin d’éviter une contravention, quand il admet que c’est sa façon de faire, car une oreillette ou un système bluetooth le fatigue.»

«Il admet avoir perdu le contrôle, il admet que ses émotions ont pris le dessus pour expliquer avoir repris la plaignante après l’avoir lâchée une première fois après qu’elle ait dit qu’il lui faisait mal puis qu’il lui faisait peur.»

«Quand elle lui demande comment il peut avoir des émotions quand elle lui demande d’arrêter, [...] il répond que parfois les refus sont une forme de jeu.»

«Jamais l’accusé ne nie les gestes que la plaignante décrit et lui impute; tout au plus tente-t-il de les expliquer.»