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Culture du secret

Illustration benoît tardif, colagene.com

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Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours adoré les téléséries et les téléromans. Quand j’étais enfant, ma mère m’empêchait de regarder L’héritage à cause des thèmes dérangeants de la série de Victor-Lévy Beaulieu. J’avais l’oreille fine et je suivais les intrigues comme s'il s'agissait d'un radioroman, tout en faisant semblant de dormir, cachée sous les couvertures.

Le souvenir de L’héritage nous rappelle que ce n’est pas d’hier que nos téléromans sont déprimants et brassent du malheur. L'hiver télévisuel a été particulièrement lourd à ce chapitre. Je ne suis pas du tout une spécialiste, mais je suppose que ça s’explique assez bien par l’idée de la catharsis : si écouter des téléromans sert à nous purger de nos pulsions et de nos angoisses, on doit être assez nombreux à commencer la belle saison le cœur léger après toutes ces maladies et tous ces cadavres.

Tous vos secrets

Ce qui m’étonne encore plus que le malheur généralisé au petit écran, c’est le leitmotiv du secret. Dans à peu près toutes les séries québécoises récentes, la question du secret est une figure motrice de l’intrigue. Et ce n'est jamais juste un secret, mais une enfilade de secrets, comme si chaque personnage était porteur d’une bombe à retardement. Pourquoi tout le monde se ment au petit écran?

On pourrait penser que c’est simplement un procédé dramatique simple et efficace. Dans le vaudeville, il y a toujours un amant dans le garde-robe; dans le téléroman québécois, il y a toujours un secret derrière le secret qui vient d’être dévoilé. Mais j’aurais tendance à croire que ça en dit un peu plus sur nos préoccupations collectives.

Bien sûr, le secret ne date pas d'hier: Séraphin, après tout, avait son or bien caché! Ce qui est sans doute plus récent, c'est que ceux qui cachent des choses à leurs amis, à leurs collègues, à leur famille, ne sont pas des méchants: tout le monde a des secrets. L'exemple le plus emblématique aura été la première saison de Nouvelle adresse: comment peut-on autant se mentir dans une famille si soudée, si aimante, si aimée? Des maladies, une enfant illégitime, une liaison inavouable! En quelques épisodes, Nouvelle adresse se révélait comme un entrelacs de mensonges et de faux-semblants entre gens pourtant charmants.

La vérité authentique

Mais comme le personnage de Laurie le dira dans un autre opus du secret, Mémoires vives, la vérité finit toujours par se savoir. Je ne sais si ça s'avère toujours dans la vie, mais c'est le cas à la télévision: c'est ce qui fait avancer l'intrigue. Et dans ce cas-ci, le public ne joue pas à l'enquêteur: nous savons depuis longtemps ce que Marie d'Unité 9 cache à tout le monde. Ce qui nous intéresse, c'est de savoir quand ça va exploser!

Cette surabondance de secrets ne me fait pas croire que tout le monde est un menteur. Sauf que dans cette ère dite impudique où tout le monde se veut authentique et transparent, tout le monde a aussi le sentiment qu'on lui cache quelque chose. Cette équation cloche... Il me semble que c'est de ça aussi que parle cette prolifération de secrets inavouables, mais bientôt avoués.