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Les réponses qui ne viennent pas

Les réponses qui ne viennent pas

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Ç’a bien beau être notre argent, certaines dépenses gouvernementales demeurent tellement mystérieuses et impossibles à connaître.

Il n’y a pas que la blessure de Max Pacioretty qui est demeurée énigmatique récemment. C’est le temps de l’étude des crédits budgétaires des ministères et organismes au Québec. Cette procédure parlementaire est un nid à information... et à manque d’information.

L’étude des crédits, pour simplifier, c’est l’analyse par les partis politiques des dépenses pour l’année à venir pour les ministères et organismes (M/O). Les dirigeants des M/O  se présentent devant les parlementaires qui peuvent leur poser plusieurs questions.

Les partis d’opposition ont aussi l’occasion de poser des dizaines de questions à ces dirigeants des M/O par écrit au préalable. Au moment de l’étude des crédits en commission parlementaire, le gouvernement devra donc arriver avec un document comportant les réponses à chacune de ces questions.

Pour les journalistes, ces documents sont des mines d’informations formidables. On demande souvent des comptes de dépenses, des salaires, des extras, des dépenses inutiles, des contrats sans appel d’offres, etc.

J’ai mis la main sur le document produit par le Centre des services partagés du Québec (CSPQ), soit le plus grand donneur de contrats informatiques au gouvernement (610 M$). Il gère un chiffre d’affaires annuel de 670 M$.

Parmi les questions qui leur sont soumises, deux apparaissent parmi les plus importantes à communiquer au public et aux parlementaires. C’est le Parti québecois qui les pose

Question 1: combien de consultants ?

La première: le nombre de consultants externes intégrés au CSPQ, les coûts reliés à ces consultants, le sommaire des contrats justifiant leur embauche, le nom de chaque consultant et la firme pour laquelle il est employé, une description de son mandat, les dates de début et fin de son mandat et sa rémunération annuelle.

Martin Coiteux veut réduire la dépendance aux consultants externes. L’an dernier, les consultants privés en informatique ont coûté 1 G$ aux Québécois, a-t-on révélé. La question est donc plus que justifiée. Même M. Coiteux a demandé il y a quelques semaines aux M/O un inventaire de tous les consultants et la pertinence de leur apport.

Mais la réponse du CSPQ (voir photo) est : ces informations sont disponibles sur le système électronique d’appel d’offres du gouvernement (SEAO).

Je mets au défi n’importe qui à être capable de trouver toutes les informations de cette façon. SEAO est le site internet gouvernemental qui permet de consulter les contrats et les appels d’offres du gouvernement du Québec. La rémunération des consultants est rarement inscrite et quand on le demande au gouvernement, il caviarde cette information. Le nom des consultants est aussi impossible à connaître. Bref, c’est complètement faux de prétendre que toute l’information est disponible sur SEAO. Le CSPQ aurait pu répondre que ces informations sont confidentielles ou qu’il serait trop complexe de compiler toutes ces informations, ou que l’information n’a jamais été vraiment compilée, mais la réponse donnée est fausse : toutes ces informations ne sont pas disponibles sur SEAO. Donc, la réponse, c’est qu’il n’y a pas de réponse. Pourquoi ne pas le dire ainsi au lieu de nous faire croire que l'information est transparente est disponible ?

Question 2: combien de double dip ?

Le PQ demande aussi, pour le CSPQ, le nombre de personnes qui reçoivent une rémunération en plus d’une prestation de retraite. La question se justifie par un autre problème que le gouvernement veut régler : des fonctionnaires qui prennent leur retraite, et qui, la semaine suivante reviennent au même bureau comme consultant privé avec un salaire encore plus élevé. Les contribuables les paient donc deux fois. C’est le «double dip»

Le CSPQ répond qu’il s’agit de renseignements qui renferment des informations personnelles et confidentielles en vertu de la Loi sur l’accès à l’information. Encore un cas où cette loi sert plutôt à ne pas accéder à l’information. On peut être en accord à l’effet que ces renseignements comportent de l’information personnelle, mais il n’y avait aucune façon de donner quelques renseignements pour en savoir un peu plus... même pas un peu ?

Dès qu’on dit qu’il y treize personnes, sans les nommer, par exemple, qui font du «double dip», c’est vraiment de révéler des secrets personnels et confidentiels ? Le public n’est-il pas plus gagnant de le savoir que les «double dipeur» sont perdants qu’on le sache ? Je sais que la décision relève de plusieurs autres facteurs, mais l’accès à l’information semble trop souvent en souffrir de ces autres facteurs.

 

 


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