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Quart du tiers d’une sortie du bordel informatique

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Martin Coiteux, président du Conseil du Trésor, dit vouloir régler le « bordel informatique ». Son nouveau Conseil consultatif québécois des technologies de l’information est-il capable d’y contribuer?

Ce groupe « chargé d’alimenter les réflexions du gouvernement » s’est réuni pour la première fois la semaine dernière. Espérons que, dès le départ, ses membres sauront faire preuve d’humilité.

À quoi ressemblerait un véritable « Conseil consultatif québécois » capable de clairvoyance?

En effet, ce conseil peut prétendre représenter les preneurs et donneurs d’ouvrage en technologie.

Par contre, il ne dispose ni du mandat ni des membres pour compléter la nécessaire réflexion sur l’informatisation.

Ses membres actuels devraient démontrer courage et sagesse. Ils doivent mettre à leur ordre du jour ce à quoi ressemblerait un véritable « Conseil » capable de clairvoyance. Et un collectif en droit de se prétendre « québécois » plutôt que simplement sectoriel.

Car la création de ce groupe de réflexion semble marquée par certains malentendus.

Trépied à une patte...

En incluant le nom même du Conseil, le court communiqué qui annonce sa création utilise onze fois les mots « technologies de l’information » ou « TI ».

Mais quel est le nombre de fois où le communiqué traite des informations elles-mêmes : zéro. Pas de mention de l’identification des besoins de l’État et de la société en informations. Ni de leur qualité. Ni de leur facilité d’emploi et réemploi. Ni de leur accessibilité. Zéro.

Nombre de fois que le communiqué aborde la réponse aux besoins des clientèles et utilisateurs finaux : zéro. Ni de l’adéquation des dispositifs à la diversité des réalités des organisations et citoyens. Ni de l’adéquation aux lois, valeurs et institutions québécoises. Zéro.

Mardi, je rappelais qu’informatiser une activité ou pratique ne se résume pas à recourir à des machines programmées. Informatiser est d’abord redéfinir cette activité ou pratique par ses informations. Et avant tout, informatiser c’est réorganiser les rapports entre les personnes qui en sont acteurs.

Ainsi, deux des trois volets essentiels de l’informatisation semblent se retrouver dans les angles morts. D’autant plus lorsqu’on jette un coup d’œil à la composition du groupe.

Gouvernance, dites-vous?

Une des questions clés du mandat du groupe est d’« améliorer la gouvernance ».

Or ce groupe est essentiellement composé de donneurs d’ouvrages d’une part; et de fabricants d’appareils numériques, concepteurs de logiciels et fournisseurs de services informatiques et de télécommunications, d’autre part.

Aucun représentant des parlementaires n’en est membre. Pourtant ce sont les députés qui adoptent :

  • les lois qui exigent de l’informatique pour les administrer;
  • les lois qui établissent des politiques, programmes et services qui exigent de l’informatique pour les réaliser;
  • les lois qui « habilitent » et balisent le recours à l’informatique.

Les députés adoptent aussi les budgets dont plus de trois-milliards sont consacrés à l’informatique. Les députés surveillent enfin ces dépenses et le travail des organismes publics.

S’il existe un domaine de nature politique, c’est bien l’informatique.

Les députés sont manifestement des acteurs clés de la gouvernance de l’informatique publique. Mais ils sont exclus du groupe chargé d’en discuter.

On n’y retrouve pas non plus de représentant des ordres professionnels (ingénieurs, technologues, administrateurs et autres). Ces ordres ont pourtant le mandat précis de protéger le public. Ils voient aussi à assurer que les professionnels disposent de formations et compétences pertinentes.

D’ailleurs, pas plus de représentant comme tel du monde de la formation professionnelle. Pourtant, il manque tellement de ponts entre les disciplines, entre autres.

Pas de représentant comme tel des professions de la gestion de l’information. Ni de celles de la gestion de la réponse aux besoins des utilisateurs et des citoyens.

Encore moins de représentant des utilisateurs et citoyens qui doivent vivre et composer avec les informations et systèmes livrés. Ou pas...

S’il existe un domaine de nature politique, c’est bien l’informatique. Car il s’agit de définir les actions et services publics par leurs informations. De définir les réalités sociales et économiques discutables publiquement par leurs informations. D’organiser les rapports entre les institutions publiques et les citoyens par des machines et des programmes.

Si l’existe donc un domaine où les enjeux de gouvernance sont considérables, c’est bien l’informatique.

Mais de quelle gouvernance peut-on parler au juste si une majorité des catégories d’acteurs concernés est absente? Et que les discussions se tiennent essentiellement en privé?

Service du bien commun

Le groupe de réflexion du ministre Coiteux est tout jeune.

Ses membres peuvent se contenter de se rencontrer entre donneurs et preneurs d’ouvrages en technologie.

Ou ils peuvent se montrer à la hauteur de l’appellation Conseil consultatif québécois. Et éclairer de leur conseil le ministre et le gouvernement en conséquence.


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