/opinion/columnists
Navigation

Le film qui sentait les épinettes

Coup d'oeil sur cet article

Je suis allé voir L’Empreinte, le film documentaire mettant en vedette Roy Dupuis, mais surtout la relation des Québécois francophones avec les Amérindiens.

J’en suis ressorti enchanté, un peu changé, ce qui est rare, surtout que j’y étais allé en partie par obligation, n’étant pas très porté sur le sujet au départ.

Canonisation des Amérindiens

La thèse est la suivante: les Français auraient noué dès leur arrivée en Amérique une relation proprement unique avec les Amérindiens, concluant avec eux une alliance ayant accouché, entre autres, des coureurs des bois.

Cela jusqu’à la Conquête de 1763, précédée de ce que les Anglais appelèrent de façon révélatrice «The French and Indian War». On aurait ensuite occulté cette relation pour bien se faire voir des Britanniques, le système de réserves fédérales faisant le reste.

Les Québécois modernes auraient davantage gardé de cette relation qu’ils n’en sont conscients, d’où le titre L’Empreinte. Par exemple, leur exceptionnelle permissivité en matière de mœurs, leur aptitude à la coopération, un certain goût pour le collectif.

On est loin des saints missionnaires martyrisés par les sauvages sanguinaires! Cette thèse, où la canonisation des autochtones est totale – absolument aucun défaut ne leur est attribué dans le film –, n’est pas vraiment démontrée.

Des entrevues avec des chercheurs, comme l’historien Denys Delage ou l’anthropologue Serge Bouchard, se concluent par un appel à la production de livres et de films faisant ressortir cette réalité de plus en plus oubliée.

Pas de drogue !

La force du film réside dans son carac­tère impressionniste, la grande douceur qui s’en dégage, avec, entre autres, en arrière-plan la forêt québécoise.

Au point que, alors qu’on interviewait des travailleurs forestiers de Girar­dville, au Lac-Saint-Jean, la salle s’est mise à sentir l’épinette. Vraiment! Je vous le jure, je n’avais pas pris de drogue: ça sentait l’épinette dans la salle!

C’est là que je me suis dit qu’il fallait écrire une chronique sur ce film qui m’avait séduit sans que je m’en rende trop compte. Ah, ces envoûtantes conversations de Roy Dupuis avec sa vieille poétesse amérindienne...

Moi qui ai horreur du charriage, je me suis mis à penser que, qui sait, il y a peut-être plus de vrai qu’on ne pense dans cette histoire d’empreinte autochtone.

Il est de fait troublant que, historiquement issus de Français exceptionnellement formels à tous niveaux, les Québécois soient à ce point... relax – il faut dire que je venais juste de voir l’entrevue donnée par Claude Poirier à Lepage!

Ce film attachant et intéressant reste un documentaire où je me suis surpris à m’ennuyer un peu. Cela m’a fait réaliser que je m’ennuyais... de ne plus m’ennuyer, comme quand on était petit, dans un monde où il faut être désor­mais toujours stimulé, toujours à ON.


Avez-vous vu le documentaire L’empreinte? Qu’en avez-vous pensé?

 

Brèves

Vous désirez réagir à ce texte dans nos pages Opinions?

Écrivez-nous une courte lettre de 100 à 250 mots maximum à l'adresse suivante:

Vous pouvez aussi nous écrire en toute confidentialité si vous avez de l'information supplémentaire. Merci.