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L’absurde théâtre parlementaire

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Certaines coutumes parlementaires transforment parfois l’Assemblée nationale en véritable théâtre de l’absurde.

Ça marche peut-être comme ça depuis des lunes, et c’est du connu pour bien des gens, mais, d’un point de vue extérieur, ce n’est pas moins intrigant qu’on en soit rendu là et que les élus ne s’en formalisent pas.

Ce billet ne vise pas un parti politique plus qu’un autre. Ce serait le même billet si un autre parti était au pouvoir. Il ne vise pas des individus qui font ce que les coutumes exigent.

Depuis quelques jours, et pour les prochaines semaines, à l’Assemblée nationale, c’est l’étude des crédits budgétaires des ministères et organismes (M/O).

La plupart des M/O, avec le ministre responsable et les dirigeants, défilent donc devant les différentes commissions parlementaires. Ils sont à un bout de la table. Ils sont là pour répondre aux interrogations des élus de tous les partis.

Ces derniers ont ainsi la précieuse occasion de questionner le ministre et les dirigeants des M/O sur les dépenses à venir et leur façon de gérer l’argent des contribuables.

Vous comprenez donc que, parmi ceux qui posent des questions, il y a des élus du Parti libéral du Québec, donc des députés du parti au pouvoir qui posent des questions à un ministre du parti au pouvoir, leur estimé collègue.

Théoriquement, il ne faut donc pas que ces élus se mettent à représenter le ministre. Ils sont de l’autre côté. Ils sont là, au nom de la population, pour questionner le ministre sur les dépenses. Non pas l’affronter, mais le questionner et lui demander de rendre des comptes. La séparation des pouvoirs exige un certain détachement. Ce n’est pas le gouvernement contre l’opposition. Ce sont les élus (de tous les partis) qui questionnent le pouvoir exécutif. C'est la nécessaire séparation entre le pouvoir législatif et exécutif dans notre système parlementaire.

Pourquoi le théâtre?

Mais vous vous doutez que c’est là que commence le théâtre. Au diable la séparation des pouvoirs. Ce n'est rien de nouveau, mais les députés du parti au pouvoir utilisent trop souvent le temps qui leur est alloué pour faire la promotion du gouvernement et ne pas embêter le ministre.

Ils posent des questions interminables, posent les mêmes questions à répétition sous différentes formules, posent des questions dont ils connaissent les réponses et se lancent dans des envolées oratoires qui n’ont pas toujours un grand lien avec le sujet.

Ils font preuve d’imagination pour combler leur temps de parole. Ils lisent leurs feuilles mécaniquement en regardant la caméra de la salle ou le ministre de temps en temps pour avoir un air plus convaincant. Quand ils n’ont pas de feuilles et doivent «faire du temps», c’est parfois difficile, mais les plus habiles sont impressionnants en ajustant leur discours à l’horloge. Ils parlent durant 15 minutes sans poser de question en prétextant qu’il s’agit d’un préambule à leur question avant d’être sauvés par la cloche de la fin de leur temps de parole.

Ce temps de parole pourrait être ultra-précieux pour les députés du parti au pouvoir afin de mieux comprendre les dépenses, mais ça se limite à des passes sur la palette des députés à leur collègue ministre, qui n’a qu’à répéter ses meilleures lignes. Grossièrement, les questions ressemblent trop souvent à: monsieur le ministre, vous êtes excellent. Pourquoi êtes-vous aussi excellent?

Dans le lot, certains députés posent de vraies questions. Et on peut comprendre que les députés libéraux ne veuillent pas embarrasser le ministre comme tentent de le faire les partis de l’opposition, mais il doit y avoir un juste milieu.

J’ai suivi cette semaine la Commission parlementaire des finances publiques, qui permettait notamment aux élus de poser à Martin Coiteux des questions sur les dépenses en informatique, mais aussi sur la révision des programmes, la gestion des effectifs, le redressement économique, etc., bref, on s’entend pour dire qu’il y a de la matière afin de poser plusieurs questions importantes.

Voici quelques extraits des questions posées par les députés libéraux:

Même si le député a le mandat de questionner le ministre et non de parler en son nom, il commence son intervention en lui mentionnant à quel point il est excellent. Après un préambule de quatre minutes, il enchaîne en lui demandant quel est l’état des finances publiques et pourquoi il présente un budget responsable. La question sert-elle vraiment à mieux comprendre les crédits budgétaires ou à permettre au ministre de dire et de redire ce qu’il dit et redit depuis des mois? Ce n’est pas inintéressant, mais ça n’amène rien de nouveau.

Encore un peu de flagornerie adressée à M. Coiteux. Le député a bien le droit d’aimer le travail du ministre, mais la tribune doit servir à analyser les crédits budgétaires. S’ensuit la question: «Pourquoi est-il si important de maîtriser la dette au lieu de l’étirer?» M. Coiteux répond à cette question sur une base quotidienne depuis des mois.

Donc, la question est: «Pourquoi est-il important de présenter un budget équilibré?» M. Coiteux s’époumone aussi depuis des mois pour répondre à cette question.

Le député dit vouloir jouer le rôle de Guy A. Lepage. Il cite un reportage de notre rubrique «Bordel informatique» afin de poser à M. Coiteux la même question qu’on lui pose et à laquelle il répond depuis des mois, soit: «Quoi faire avec le grand nombre de consultants privés en informatique?» Il n’y avait pas de questions plus intéressantes sur les dépenses en informatique?

Le député passe tellement de temps sans poser de question que son temps de parole est terminé sans qu’il ait posé de question.

Petit commentaire sympathique pour parler du match Canadien-Sénateurs et, ensuite, il reconnaît que sa première intervention était trop longue. Rappelons que le député doit poser des questions sur la gestion des dépenses publiques.

Le député demande la définition des termes: «Déficit structurel.» Google aurait peut-être été d’une utilité incontestable au lieu d’une commission parlementaire.

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