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Pas de condos au Royal Vic

Pas de condos au Royal Vic
Capture d'écran, TVA Nouvelles

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Pas besoin d’être anglophile pour penser que Hôpital Royal Victoria, c’est plus joli que le CUSM (Centre universitaire de santé McGill), prononcé kuzûme. Et qu’un édifice aux allures de manoir écossais bâti à flanc de montagne sera toujours plus attrayant qu’un empilage de boîtes colorées jouxtant une autoroute.

Pas besoin d’être anglophile pour penser que Hôpital Royal Victoria, c’est plus joli que le CUSM (Centre universitaire de santé McGill), prononcé kuzûme. Et qu’un édifice aux allures de manoir écossais bâti à flanc de montagne sera toujours plus attrayant qu’un empilage de boîtes colorées jouxtant une autoroute.

Le Royal Vic ferme ses portes aujourd’hui, après 122 ans de bons services aux Montréalais de «toutes les origines, de toutes les croyances». Pour les langues, jusque dans les années 1960, c’était moins glorieux, mais le Montréal d’alors était ainsi divisé. Les Canadiens français avaient leur hôpital sur la montagne, l’Hôtel-Dieu.

Une page d’histoire

En 1893, l’hôpital accueillait les riches bourgeois du Golden Square de Montréal, qui entraient par le portail principal sur l’avenue des Pins et les pauvres du «bas d’la ville» qui devaient emprunter une porte arrière. Mais, au moins, ils étaient bien soignés.

On a longtemps dit que le Royal Vic était le meilleur hôpital en ville parce qu’il est associé à McGill, la plus prestigieuse université en ville.

Meilleur ou pas, il a toujours été synonyme d’innovation. Ma mère y est décédée en 1976, une des toutes premières patientes admises au premier centre de soins palliatifs au Canada.

Naguère, les hôpitaux n’étaient pas finan­cés par l’État. Le Royal Vic a été construit grâce à un don de 1 million de dollars et d’un terrain à 86 000 $ par les cousins Lord Strathcona et Lord Mount Stephen, de Montréal. Une fortune pour l’époque.

En 1962, les hôpitaux sont passés sous le contrôle du gouvernement du Québec, même celui qui porte le nom de la reine Victoria, qui ne cesse de croître et d’accueillir de plus en plus de francophones. Royal Vic maintenant, c’est 10 édifices sur 120 000 m2.

Pas des condos

Nous assistons aujourd’hui à la fin d’une époque. Ainsi va la vie. Mais qu’adviendra-t-il de ce site spectaculaire, de ces majestueux édifices de pierre qui dominent le centre-ville, de leurs tourelles et de leur crénelage? De sa fabuleuse piscine extérieure sous les arbres?

Personne, y compris le maire Coderre, ne veut voir ces joyaux du patrimoine démolis ou laissés à l’abandon. Comme la tristement célèbre bibliothèque Saint-Sulpice, rue Saint-Denis.

L’Université McGill aimerait les acquérir et une étude de faisabilité est en cours. Mais transformer un hôpital plus que centenaire en centre universitaire moderne coûterait près d’un milliard. Et il n’y a plus de Lord McMachin pour payer la note.

Cependant, les héritiers de Lord Strathcona et de Lord Mount Stephen ont leur mot à dire dans la transformation de l’hôpital. Interviewée par le quotidien The Gazette, Elspeth Angus, 83 ans, arrière-grande nièce de Lord Mount Stephen, a exprimé le désir de voir le site servir à des activités «dans l’esprit du don» de ses ancêtres. Un usage communautaire.

La construction de condos sur le site du Royal Vic serait très mal accueillie par la famille: «Pourquoi un entrepreneur réaliserait-il un profit à partir d’un don qui a été fait à l’ensemble de la communauté?» demande-t-elle.

Elspeth Angus, 83 ans, voit clair. Peut-on en dire autant du propriétaire, le gouvernement?

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