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Le «Selfie Arm» - N'ayez plus jamais l'air seul dans vos égoportraits

Le Selfie Arm, créé par Justin Crowe et Aric Snee, un «remède sarcastique» à la solitude causée par les nouvelles technologies.

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À travers les médias sociaux, nous sommes constamment connectés à des centaines, voire des milliers de personnes avec qui nous pouvons partager instantanément nos états d’âme, nos joies, nos peines – et nos selfies.

Mais malgré cette présence constante, nous n’avons jamais été aussi seuls. À travers son travail, l’artiste Justin Crowe explore ce paradoxe moderne en examinant notre relation intime avec la technologie.

Sa dernière création, le Selfie Arm, un projet à mi-chemin entre le design et l’art, s’interroge sur notre besoin constant de validation à travers le regard des autres sur les médias sociaux. Réalisé en collaboration avec l’artiste et designer Aric Snee, le Selfie Arm se veut un commentaire sarcastique sur la mode des selfies sticks, ou bâtons à égoportraits, qui font maintenant l’objet d’interdictions dans de nombreux festivals et musées à travers le monde.

Le Journal a contacté Justin Crowe, actuellement en Angleterre, pour en savoir un peu plus sur le Selfie Arm, sur sa démarche artistique et sur sa relation avec la technologie.

Courtoisie: Justin Crowe

 

Votre plus récent projet s’intitule le Selfie Arm - littéralement, un bâton à selfies en forme de bras humain. D’où vous est venue cette idée?

Le Selfie Arm est une collaboration entre moi-même et le designer et artiste Aric Snee. Aric m’a approché avec l’idée il y a quelques mois et nous avons combiné mon expérience en sculpture et ses aptitudes en design pour le réaliser. L’oeuvre met en relief l’aspect un peu arriéré du phénomène du ‘selfie’. On prend une photo de nous-mêmes, seuls, et on la partage avec des amis qui ne sont même pas présents dans l’espoir de nous sentir plus connectés. C’est un procédé qui finit ultimement dans un sentiment de solitude, malgré l’assaut constant de ‘likes’ Instagram. Le Selfie Arm est un remède sarcastique pour un acte condamné dont tout le monde rit, mais auquel tout le monde participe.

C’est un peu triste, en fait, tous ces gens qui se prennent constamment en photo, qui «documentent» leur vie au lieu de vivre dans le moment et de profiter de la vue. Notre espèce est-elle condamnée?

J’aime appeler l'époque où nous vivons «La puberté de l’ère numérique». Tant de nouveaux outils arrivent dans nos vies à une vitesse folle, nous n’avons pas encore eu le temps de voir quels seront leurs effets à long terme sur notre culture. Le bâton à selfies est une résultante naturelle de la technologie mobile et des réseaux sociaux – il y a quelque chose de beau là-dedans. Je ne crois pas que nous soyons condamnés... peut-être seulement dans une phase de changement et d’expérimentation.

Je ne serais pas du tout surpris que le public veuille mettre la main sur le Selfie Arm. Avez-vous prévu le commercialiser, ou ce n’était qu’un prototype unique?

Nous explorons présentement les possibilités de production. La réponse du public au Selfie Arm a été formidable et ce serait génial de le voir dans les mains de plus de gens. Vous pouvez vous inscrire à notre liste de diffusion ici pour recevoir des mises à jour du projet.

*MISE À JOUR: Une édition limitée de dix Selfie Arms signés par les artistes sers mise en vente au coût de 6200$ (US) chacun. Les intéressés peuvent contacter Aric Snee pour plus de détails.

Crowe, Justin. «Mots-clic Twitter populaires archivés pour l'éternité sur céramique», 2013, impression sur céramique. Photo courtoisie de l'artiste.
Courtoisie: Justin Crowe
Crowe, Justin. «Mots-clic Twitter populaires archivés pour l'éternité sur céramique», 2013, impression sur céramique. Photo courtoisie de l'artiste.

Vos œuvres tentent de faire le pont entre le vieux et le neuf, entre la technologie et de vieux objets du quotidien, et explore la relation entre l’être humain et les machines, les robots. Êtes-vous préoccupé par l'importance grandissante que prend la technologie dans notre espace personnel ?

La technologie n’empiète sur notre espace que dans la mesure où nous la laissons le faire. Le problème, c’est qu’elle peut créer une dépendance, comme la drogue. Je me suis définitivement déjà perdu dans la technologie, mais je me fais un point d’honneur de la laisser de côté pour vivre pleinement la vie. Cet équilibre me rend plus heureux.

Vous dîtes que vous voulez aider les gens à contrôler leurs «érections technologiques». Avons-nous tendance à être un peu trop enthousiastes face aux nouvelles technologies ?

Oui, je pense que nous sommes excités par la technologie, et c’est tant mieux ! Nous vivons à une époque incroyable. Je crois cependant qu’il est important de se questionner sur les effets de ces nouvelles technologies sur nos vies.

Crowe, Justin. «Paul: le chargeur pour téléphone intelligent le plus sexy de la planète», 2014, mousse espansive, plâtre et chargeur iPhone. Photo courtoisie de l'artiste.
Courtoisie: Justin Crowe
Crowe, Justin. «Paul: le chargeur pour téléphone intelligent le plus sexy de la planète», 2014, mousse espansive, plâtre et chargeur iPhone. Photo courtoisie de l'artiste.

Les technologies portables ont la cote en ce moment, comme en témoigne le succès de la Apple Watch. S’agit-il simplement d’une mode passagère ou est-ce que le wearable tech est vraiment le Next Big Thing ?

J’ai récemment acheté un superbe objet d’un designer indépendant, une montre appelée Durr qui vibre doucement toutes les 5 minutes – un dispositif de perception du temps plus q'une montre, en quelque sorte. C’était enrageant ; cette technologie s’est imposée agressivement comme une nouvelle partie de moi-même, c’était presque claustrophobique. Je discute souvent de technologie portable avec les gens, et bien que je croie que le futur s'en va dans cette direction, je doute que la montre intelligence soit la réponse.

Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?

J’expérimente actuellement avec des sculptures d’objets du siècle dernier qui ont aujourd’hui été remplacés par nos téléphones intelligents – les cartes, le téléphone, les caméras, la radio, les livres, etc. Vous pouvez voir un aperçu de ce projet dans l’œuvre «Ce serait vraiment super si je pouvais trainer tous ces trucs dans ma satanée poche» [voir photo ci-dessous].

Crowe, Justin. «Ce serait vraiment super si je pouvais trainer tous ces trucs dans ma satanée poche»,  2015, argile et peinture acrylique. Photo courtoisie de l'artiste.
Courtoisie: Justin Crowe
Crowe, Justin. «Ce serait vraiment super si je pouvais trainer tous ces trucs dans ma satanée poche», 2015, argile et peinture acrylique. Photo courtoisie de l'artiste.

Pour suivre Justin Crowe :