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Le rêve montréalais

Andreï Markov sait parfaitement ce que représente la coupe Stanley dans sa ville d’adoption

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photo ben pelosse Autrefois, on n’aurait pas vu Andreï Markov donner un bec sur le casque d’un coéquipier, comme il l’a fait récemment avec P.K. Subban.

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Andreï Markov reconnaît d’emblée qu’il devra être meilleur dans la série contre le Lightning. Il l’a affirmé calmement aux journalistes qui l’encerclaient devant son casier après la séance d’entraînement du Canadien, mercredi à Brossard. Il a répondu à toutes les questions sans afficher la moindre impatience avant de s’asseoir avec votre serviteur durant une bonne quinzaine de minutes. Confidences d’un pilier.

Il n’y a pas si longtemps, l’expérimenté défenseur ne se serait pas prêté au jeu aussi longuement. Ce ne sera jamais sa tasse de thé. Mais on sent une plus grande ouverture chez lui.

Marc Bergevin, qui le connaît ­depuis trois ans, l’a remarqué.

«Il a changé, il est plus détendu», observe-t-il.

On le sent mieux dans sa peau.

UN DÉMÉNAGEMENT, C’EST ASSEZ

Son adaptation au mode de vie nord-américain n’a pas été facile. Il s’est amené à Montréal directement de ­Russie sans parler un mot ­d’anglais.

À cause de ça, l’homme n’aime pas trop le changement.

Un jour que je lui avais demandé pourquoi il n’avait jamais marchandé sa valeur sur le marché des joueurs autonomes, il m’avait répondu qu’il avait mis tellement ­d’efforts à s’adapter à la vie d’ici

qu’il n’avait aucun intérêt à ­recommencer à neuf ailleurs.

Markov se sent bien à Montréal. Il a la citoyenneté canadienne.

LE TEMPS PRESSE

Pour le reste, il est comme il est.

Comme Bergevin l’ajoute, Markov ne sera jamais le plus exubérant. Mais il lui arrive maintenant d’avoir ses ­moments.

Autrefois, on ne l’aurait jamais vu donner un bec sur le casque d’un coéquipier, comme il l’a fait avec P.K. Subban dans le deuxième match de la série contre les Sénateurs.

Son partenaire de jeu dit ne l’avoir jamais vu aussi heureux qu’à ce ­moment précis.

Markov sourit quand on lui ­rappelle l’anecdote.

Cette scène voulait dire que les séries signifient quelque chose d’encore plus spécial pour lui cette année.

Un joueur de 36 ans voit son horloge biologique avancer rapidement. Il lui reste moins de temps pour remporter une première coupe Stanley.

«Tu as probablement raison», répond Markov.

«Quand on vieillit et qu’on n’a jamais gagné la coupe, les choses se compliquent. Ça devient plus difficile à chaque année qui passe, tant pour soi-même que pour tes ­coéquipiers et ton équipe.»

CHAQUE CHOSE EN SON TEMPS

Cette année, c’était la première fois en 14 saisons avec le Canadien que Markov faisait partie d’une équipe ayant franchi le plateau des 50 victoires et des 110 points.

Est-ce la meilleure formation avec ­laquelle il ait joué?

«Chaque saison est différente», ­explique-t-il.

«On formait une bonne équipe l’an dernier aussi. Si je dis que l’édition actuelle est la meilleure avec laquelle j’ai évolué et que quelque chose de mauvais nous arrive, on va me poser la ­même question l’an ­prochain.

«Ce n’est pas que je ne veuille pas parler de ça. On n’est pas loin [de la coupe]. J’en parlerai après la ­saison.»

LA PLACE OÙ GAGNER

Lorsqu’on lui demande s’il aperçoit le gros trophée dans ses rêves, Markov donne une réponse selon laquelle il réalise parfaitement ce que ça signifierait pour la ville de hockey qu’est Montréal, même s’il ne l’a jamais vu lui-même.

«Posez la question à tous les enfants de la ville qui espèrent jouer avec le Canadien un jour et ils vous répondront qu’ils ne rêvent qu’à ça», raconte-t-il.

«Ce n’est pas différent pour les joueurs. Quand tu gagnes la coupe dans cette ville, tu t’en rappelles le reste de ta vie. Mais je n’aime pas parler de ça. Ce n’est pas facile à réaliser. Il faut y aller un match à la fois.»

ÇA VA PRENDRE PLUS DE BUTS

Or, ce n’est pas en inscrivant une moyenne de deux buts par match et avec une attaque massive constamment en panne que Markov et ses coéquipiers peuvent espérer faire un long bout de chemin.

«C’est vrai, convient Markov. Toutefois, une bonne offensive passe par une bonne défense», ajoute-t-il en reprenant une formule qui était particulièrement chère à Jacques Lemaire.

«Je joue avec le Canadien depuis assez longtemps pour savoir qu’on a eu peu de marqueurs de 30 buts au cours de cette période [sept]. Je ne me rappelle pas que l’un de nos joueurs ait connu une saison de 80 points [Alexeï Kovalev en avait récolté 84 lors de la saison 2007-2008].

«En ce qui a trait à l’attaque massive, on a déjà terminé premiers dans la ligue deux ans de suite, et une fois deuxièmes, il y a de ça quelques années, quand même.

Qu’est-ce qui ne va pas depuis deux ans?

«Je pense qu’on ne respecte pas notre plan», de dire Markov.

«On essaie de faire des choses trop difficiles. On doit tous être sur la même longueur d’onde. L’attaque massive n’est pas l’affaire d’un joueur. Il faut se serrer les coudes et jouer ensemble.»

Jouer ensemble, c’est ce que dit le fantôme de Jean Béliveau avant chaque match depuis le début des séries.


Quelques réflexions de markov sur...

... l’évaluation de son jeu
 
« Les gens sont mieux placés que moi pour en juger. J’essaie de ne rien changer. Je ne cherche pas à devenir différent. Cependant, la ligue et le jeu ont beaucoup changé depuis mes débuts. Chaque année, des joueurs plus rapides et plus gros s’ajoutent. Je dois m’entraîner de façon à pouvoir maintenir le rythme. Encore à mon âge, j’ai toujours la mentalité de vouloir m’améliorer. »
 
...  l’inefficacité de l’attaque massive
 
« Je ne suis pas tant fâché que frustré. Parfois, on fait de très bonnes choses. On a des chances de marquer. Mais on est incapables de marquer. »
 
... la foule du Centre Bell
 
« Nos partisans sont vraiment spéciaux. Même nos adversaires le disent. En recevant un surplus d’énergie, on se sent redevables. On veut leur redonner ce qu’ils nous apportent. »
 
... la condition physique
 
« C’est impossible de jouer au même niveau d’intensité durant toute une saison. On connaît des hauts et des bas. Il faut en être conscient et le comprendre. Je prends soin de mon corps et jusqu’à présent, ça fonctionne. »