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La Place des Arts se gâte malgré l’austérité

3,3 M$ octroyé sans concurrence pour remplacer un système qui fonctionnait bien

Les contribuables devront payer jusqu’à 3,3 M$ pour munir Société de la Place des Arts d’un nouveau système de billetterie plus performant acquis après un appel d’offres qui n’a pas attiré la concurrence.
Photo d'archives Les contribuables devront payer jusqu’à 3,3 M$ pour munir Société de la Place des Arts d’un nouveau système de billetterie plus performant acquis après un appel d’offres qui n’a pas attiré la concurrence.

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Au terme d’un appel d’offres raté, la Société de la Place des Arts vient de se payer avec l’argent des contribuables un bijou informatique de 3,3 M$ pour remplacer son système de billetterie qui fonctionnait pourtant encore bien.

Au terme d’un appel d’offres raté, la Société de la Place des Arts vient de se payer avec l’argent des contribuables un bijou informatique de 3,3 M$ pour remplacer son système de billetterie qui fonctionnait pourtant encore bien.

C’est l’entreprise Réseau admission, une division du géant américain Tickermaster, qui a remporté sans compétition conforme ce contrat de cinq ans qui coûtera jusqu’à 3,3 M$.

La Société de la Place des Arts est un organisme public et la facture du projet sera payée par des subventions gouvernementales, par le biais du Plan québécois des infrastructures.

Depuis 2003, la Place des Arts se servait du système de la firme québécoise Boxxo. Cet outil fonctionne toujours. Il a été modernisé. Mais l’organisme a décidé qu’il fallait tout remplacer notamment pour répondre aux demandes des producteurs.

«Le logiciel actuel [...] ne satisfait pas complètement les nouveaux besoins d’affaires», pouvait-on lire dans l’appel d’offres.

Des besoins pointus

L’organisme voulait tellement un produit performant qu’elle ne savait même pas si un tel outil existait, peut-on également lire en toutes lettres dans l’appel d’offres:

«La société reconnaît que la solution décrite dans le présent appel d’offres n’existe peut-être pas, en particulier avec le niveau d’intégration requis et avec le niveau de performance souhaitée». L’outil permettra notamment de mieux fidéliser la clientèle et gérer les dons aux fondations. À savoir si ces fonctions n’avaient pas simplement pu être effectuées par courriel en conservant le même système, la Société explique le système avait ses limites.

Joint par notre Bureau d’enquête, le président de Boxxo, Bernard Boissonneault, soutient que le système implanté à la Place des Arts était encore bien fonctionnel et que l’organisme aurait pu prolonger son utilisation pour une fraction du prix.

 

<b>Marc Blondeau</b><br />
PDG Société de la Place des Arts
Photo d'archives
Marc Blondeau
PDG Société de la Place des Arts

Primordial ?

Lui et son directeur ne comprennent donc pas la décision, surtout dans un contexte où tout le monde doit «se serrer la ceinture» au Québec, disent-ils.

Pour sa part, la Place des Arts justifie sa décision par une plus grande efficacité à l’heure où le commerce électronique est grandissant.

«On ne peut pas dire: on va continuer de rapiécer un système alors que les vraies solutions sont là. Ce sont des investissements intelligents», explique Marc Blondeau, PDG de la Société de la Place des Arts.

Il parle d’une «bonne décision d’affaires» et d’«un investissement payant pour les producteurs et les artistes.»

La Société de la Place des Arts relève du ministère de la Culture. Elle s’autofinance à la hauteur de 63 % tandis que 37 % de ses revenus proviennent des subventions gouvernementales. Son budget annuel s’élève à près de 30 M$.


L’appel d’offres mis en doute

 

<b>Bernard Boissonneault</b><br />
Président BOXXO
Photo courtoisie
Bernard Boissonneault
Président BOXXO

La seule autre entreprise à avoir soumissionné pour le contrat, la firme montréalaise Boxxo, n’a pas su pourquoi son offre avait été rejetée.

«Ils [Place des arts] nous ont convoqués pour nous dire que nous n’avions pas été sélectionnés. Ils nous ont dit que nous allions recevoir une lettre d’un avocat avec les détails. [...] Mais on ne l’a pas reçue», se désole Éric Sénécal, directeur chez Boxxo.

Le PDG de la Société la Place des Arts, Marc Blondeau, répond que c’est plutôt Boxxo qui n’a pas communiqué avec la personne responsable de son organisme. Il dit en prendre bonne note pour voir si l’information peut lui être acheminée.

C’est cette entreprise qui est d’ailleurs chargée du système de billetterie depuis 2003. Tant la Place des Arts que Boxxo soutiennent avoir toujours été de bons partenaires.

«On est surtout déçu de ne pas savoir», note-t-il en faisant valoir que son entreprise travaille dans plusieurs théâtres du Québec.

Un appel d’offres annulé

Soulignons que la Place des Arts avait lancé un appel d’offres pour ce système l’an dernier et l’a annulé, même si quatre entreprises avaient soumissionné. M. Sénécal peine toujours à comprendre cette annulation. Si la Société raconte que l’appel d’offres devait être changé, car des changements importants s’imposaient, M. Sénécal allègue que le nouvel appel d’offres était similaire, à quelques exceptions près.

Par rapport au prix, le président de Boxxo, M. Boissonneault, est clair: «disons que si on l’avait eu à 3,3 M$, on aurait été très contents», se limite-t-il à dire.

Il est impossible de savoir si le prix payé est celui que la Société prévoyait débourser, car l’organisme refuse de nous dire quelle était son estimation.

Marc Blondeau refuse de parler de «cafouillage», mais plutôt d’une «décision responsable».

«C’est un dossier complexe que nous avons mené avec rigueur et intégrité [...] Nous ne sommes pas gênés d’aucune manière sur la façon dont nous avons fait les choses».

 
 

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