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L’indignation sélective

Si l’argent achetait la compétence au sommet de l’appareil public, ça se saurait

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En ce jour de la Fête des travailleuses et des travailleurs, le salaire horaire minimum au Québec passe à 10,55 $. Comme quoi, plusieurs «petits salariés» sont en fait ce que les Américains qualifient plus crûment de «working poor» - des pauvres qui travaillent.

En ce jour de la Fête des travailleuses et des travailleurs, le salaire horaire minimum au Québec passe à 10,55 $. Comme quoi, plusieurs «petits salariés» sont en fait ce que les Américains qualifient plus crûment de «working poor» - des pauvres qui travaillent.

À l’autre extrême, il y a ces histoires de gloutonnerie à même les fonds publics qui se digèrent mal. Prenez le recteur de la petite université Bishop’s. En 2018, Michael Goldbloom empochera une indemnité de départ d’au moins 650 000 $.

La jolie somme s’ajoutera à dix ans d’un salaire annuel de base frôlant les 280 000 $ plus les avantages sociaux. Le total estimé dépassera les trois millions de dollars en fonds publics.

Outré, le ministre de l’Éducation, François Blais, disait ne «pas comprendre qu’au Québec, on accorde des primes de ce niveau-là à des gens qui sont dans des fonctions pour lesquelles le financement vient essentiellement des fonds publics.»

Le «cas» Goldbloom n’est pourtant pas exceptionnel. Les plus hauts salariés de l’État dont les revenus, primes et pensions dépassent l’entendement sont nombreux. Même lorsqu’ils ont été d’une incompétence crasse. Si l’argent achetait la compétence au sommet de l’appareil public, ça se saurait.

Un exemple parmi d’autres : l’ex-PDG de la Caisse de dépôt et placement, Henri-Paul Rousseau. En 2009, malgré des pertes colossales à la Caisse, il empochait une indemnité de départ de 378 000 $ tout en faisant le saut chez Power Corp.

La belle vie

Autre glouton d’or: le PDG d’Hydro-Québec. Quittant son poste avant la fin de son mandat, Thierry Vandal encaissera une rente annuelle indexée se rapprochant de son salaire de presque un demi-million de dollars plus une indemnité de départ de 565 000 $. La belle vie.

Ça lève le cœur? Désolée, le Gravol n’y fera rien.

Depuis des années, tous gouvernements confondus, les histoires de gloutonnerie à même les fonds publics sont légion. Même chez certains élus. Yves Bolduc, l’ex-ministre aux primes dorées, en est un spécimen patent.

De la Révolution tranquille aux années 90, le Québec était fier de ses «mandarins» hautement compétents et prêts à contribuer à l’édification d’un État moderne. Depuis, combien ont été remplacés par une caste de privilégiés cooptés par copinage partisan interposé?

Bref, lorsqu’il fustige le recteur de Bishop’s, tout comme son gouvernement et ceux qui l’ont précédé, le ministre Blais pratique l’indignation sélective. On se fâche momentanément pour calmer le bon peuple alors que pour ses plus hauts salariés, l’austérité se fait elle aussi discrètement sélective.

Cupidité

La cupidité est devenue un cancer aux métastases planétaires. Les principaux symptômes sont la spéculation, l’évasion fiscale, la corruption et le copinage pour certains postes publics les mieux rémunérés. Quoi de plus aisé à prendre que l’argent des autres?

Pendant ce temps, le gouvernement actuel entend geler les salaires du demi-million de ses employés qui, eux, ne sont pas de sa propre caste de privilégiés.

Depuis vingt ans, l’obsession du déficit-zéro s’abat aussi périodiquement sur la santé, l’éducation et les plus vulnérables, mais jamais sur les gloutons bien branchés.

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