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Enfin des pistolets Taser à la Sûreté du Québec

Enfin des pistolets Taser à la Sûreté du Québec
Photo courtoisie

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Les patrouilleurs de la Sûreté du Québec pourront utiliser des armes à impulsion électrique dès l’automne 2015, comme le font déjà leurs confrères de plusieurs autres corps policiers.

C’est le directeur général de la Sûreté du Québec (SQ), Martin Prud’homme, qui a annoncé le déploiement du projet-pilote lors du Sommet interdisciplinaire sur l’usage de la force, à l’École nationale de police du Québec, cette semaine.

Une annonce qui réjouit le syndicat. «C’est certain qu’on en réclamait, lance Pierre Veilleux, président de l’Association des policiers provinciaux du Québec (APPQ). On a toujours eu l’œil là-dessus, mais c’est sérieusement envisagé de notre côté depuis un an.»

Le pistolet à impulsion électrique, aussi connu sous le nom de Taser, peut être utilisé pour maîtriser un individu à distance ou directement lors d’une manœuvre de type corps-à-corps. Il s’agit d’une arme dite intermédiaire, qui provoque une contraction musculaire d’environ cinq secondes.

Si le groupe tactique d’intervention et les maîtres-chiens de la SQ en étaient déjà équipés, ce sera maintenant au tour des patrouilleurs de Lachute, Salaberry-de-Valleyfield et Candiac de tester le Taser pendant un an.

<b>Guy Lapointe</b><br *>
Lieutenant SQ
Photo Agence QMI, Maxime Deland
Guy Lapointe
Lieutenant SQ

Ces trois postes ont été choisis parce qu’ils représentent les différentes réalités – urbaine, rurale et autoroutière – avec lesquelles les policiers de la SQ doivent composer, précise le lieutenant Guy Lapointe.

Dix policiers par poste suivront une formation de trois jours pour utiliser cette nouvelle arme.

«Ce qu’on va évaluer, c’est la pertinence de la déployer à grande échelle», mentionne le lieutenant Lapointe.

Ailleurs au Québec

La SQ emboîte ainsi le pas à plusieurs autres corps de police qui utilisent déjà cet équipement depuis plusieurs années.

À Montréal, 33 Taser sont disponibles sur le terrain. À Laval, il y en a au moins deux par quart de travail, à Longueuil, un.

Les patrouilleurs de Sherbrooke et de Québec l’utilisent également.

Pourquoi avoir tant tardé à la SQ? «On voulait prendre le temps de voir ce qui se faisait ailleurs, explique le lieutenant Lapointe. Un de nos spécialistes en emploi de la force est allé en tester au Centre canadien de la recherche policière. Le moment est maintenant venu.»

«Arme idéale»

<b>Pierre Veilleux</b><br />
Président de l’APPQ
Photo courtoisie
Pierre Veilleux
Président de l’APPQ

«C’est l’arme idéale avant l’arme à feu», observe Pierre Veilleux.

«On avait le poivre de Cayenne, qui ne fonctionne pas dans tous les cas. C’est la même chose pour le bâton télescopique, il faut avoir de l’espace pour travailler. Sinon, c’est l’arme à feu», continue-t-il.

Bien qu’il y ait déjà eu des morts à la suite de l’utilisation du Taser, le président de l’APPQ se fait rassurant.

«La formation a évolué depuis et il y a un meilleur encadrement de l’arme. Les multiples décharges seront proscrites», affirme-t-il.

Sur la photo, on voit un policier qui neutralise une personne ayant un comportement agité.
Photo courtoisie
Sur la photo, on voit un policier qui neutralise une personne ayant un comportement agité.

D’après lui, le Taser pourrait même réduire les risques de blessures pour l’individu maîtrisé et pour le policier.

L’implantation de l’arme à impulsion électrique est d’ailleurs l’une des trois recommandations émanant d’une récente enquête menée par un chercheur de l’APPQ auprès de policiers blessés lors de situations où l’emploi de la force a été nécessaire (voir encadré).

«Il ne faut pas que ce soit juste un gadget de plus au ceinturon», insiste toutefois Robert Bronsard, chercheur au Comité de recherche en emploi de la force de l’APPQ.

Dans l’étui du policier, l’arme Taser est bien pliée et refermée.
Photo courtoisie
Dans l’étui du policier, l’arme Taser est bien pliée et refermée.

♦ Une arme à impulsion électrique complète (avec batterie, cartouche et étui) coûte environ 2500 $.

 


Les policiers se battent plus avec des hommes, le soir

Le syndicat des policiers de la Sûreté du Québec a mené une enquête auprès de 141 policiers blessés dans des situations où l’emploi de la force a été nécessaire en 2011-2012 pour savoir dans quelles circonstances les agents sont amenés à se battre.

Les résultats de cette étude ont été présentés dans le cadre du Sommet interdisciplinaire sur l’usage de la force qui s’est tenu à l’École nationale de police du Québec cette semaine. Les voici.

Les policiers qui se battent...

  • Ils ont généralement moins de 10 ans de service.
  • Ceux qui ont moins de trois ans d’expérience sont encore plus à risque.
<b>Robert bronsard</b><br />
Chercheur
Photo courtoisie
Robert bronsard
Chercheur

«Ce sont souvent eux qui font les shifts de nuit et ils ont moins de vacances», explique le chercheur Robert Bronsard, qui est à l’origine de la recherche.

Les policiers se battent avec...

  • Des hommes
  • Des hommes intoxiqués (70 % des cas)

Les policiers se battent plus souvent...

  • Le soir et la nuit, entre 19 h et 4 h
  • Les fins de semaine
  • Lors des changements de saison (mars, juin-juillet, novembre)

Les altercations surviennent...

  • Dans les cinq premières minutes suivant l’arrivée des patrouilleurs (80 % des cas).
  • Dans 23 % des cas, la situation s’envenime alors que le policier tente de calmer son interlocuteur.
  • Principalement lorsque les policiers répon­dent à des appels impliquant des personnes en crise, de la violence familiale ou des infractions criminelles.

Il y a plus d’altercations...

  • Dans les districts de la Mauricie–Centre-du-Québec et aux Îles-de-la-Madeleine

«Ça peut s’expliquer par la répartition des effec­tifs, la densité de population et le temps nécessaire pour avoir des renforts», note Robert Bronsard.

  • Dans 94 % des cas, les agents impliqués travaillent dans des municipalités régionales de comté (MRC), comparativement aux zones urbaines et autoroutières.

Pistes de solution:

  • Une meilleure répartition des effectifs, pour avoir des renforts plus vite. *Dans 72 % des cas, les renforts sont arrivés dans les 10 minutes suivant l’appel.
  • Donner plus d’outils pour intervenir auprès des personnes ayant des problèmes de santé mentale.
  • L’ajout d’une arme à impulsion électrique au ceinturon.
  • Réévaluation plus fréquente de la formation en emploi de la force.
 

Pour ou contre les caméras sur la veste pare-balle

La caméra peut être attachée à l’uniforme ou sur la lunette du policier, entre autres.
Photo AFP
La caméra peut être attachée à l’uniforme ou sur la lunette du policier, entre autres.

L’implantation d’un système de caméras corporelles pour les policiers fait encore l’objet de discussions au Québec. Le sujet a même fait l’objet d’un débat à l’École nationale de police, vendredi.

La mesure gagne en popularité aux États-Unis. Dans l’Ouest, la police de Calgary a équipé tous ses agents l’an dernier. La police de Toronto et la GRC du Nouveau-Brunswick ont lancé des projets-pilotes.

Au Québec, l’Association des policiers provinciaux du Québec (APPQ) est favorable à un projet-pilote, mais plusieurs intervenants du milieu semblent être encore réticents à met­tre en place unilatéralement des caméras corporelles.

«Tôt ou tard, tout le monde va devoir se pencher sur l’utilisation des caméras corporelles», croit le président de l’APPQ, Pierre Veilleux.

Avantages

La diffusion des images pourrait aider la population à comprendre le travail des policiers, d’après le capitaine Steeve Carrier, de la police de Québec.

«Les services de police ont avantage à être les plus transparents possible, sans nuire à leurs enquêtes», avance-t-il.

Les images pourraient aussi être utiles à des fins de formation ou devant la cour.

«Il faut être conscient qu’un policier ne peut pas décrire dans son rapport l’ensemble des phénomènes observés», souligne Bruno Poulin, expert-conseil à l’École nationale de police.

<b>Me André Fiset</b><br />
Avocat de policiers
Photo courtoisie
Me André Fiset
Avocat de policiers

Quant à Me André Fiset, qui défend des policiers devant leur comité de discipline depuis près de 30 ans, il ne pense pas que les caméras corporelles vont régler tous les litiges. Mais l’avocat de la défense leur concède un avantage. «J’aime mieux ça que la vidéo d’un cellulaire qui peut avoir été manipulée», dit-il.

Vie privée

La plus grande préoccupation demeure la protection de la vie privée, d’après Me Fiset.

«Par exemple, un policier qui répond à un appel de violence conjugale. On voit une personne potentiellement blessée, des meubles qui pourraient être brisés. Il faut réfléchir à savoir si c’est vraiment utile de filmer de façon continue», dit-il.

Ce dernier ne croit pas non plus que ces images devraient être rendues publiques.

«Quand je dis ça, je pense à la jeune fille qui va voir son père mourir aux nouvelles parce que le policier qui essaie de lui sauver la vie dans la carcasse d’un véhicule après un accident a une caméra», illustre-t-il.