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Québec a tabletté le plan qui devait le sortir du bordel informatique

Québec a mis aux vidanges son plan visant à sauver 200 M$ en informatique

Québec a tabletté le plan qui devait le sortir du bordel informatique
Photomontage Le Journal

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Québec a abandonné sans raison claire un plan qui visait à le sortir du bordel informatique et à économiser 200 M$ par année, a découvert notre Bureau d’enquête.

Québec a abandonné sans raison claire un plan qui visait à le sortir du bordel informatique et à économiser 200 M$ par année, a découvert notre Bureau d’enquête.

Le gouvernement a pourtant payé des millions de dollars pour confectionner ce plan visant à stopper le gaspillage. Finalement, il a obtenu l’effet inverse et il s’est retrouvé au cimetière des projets abandonnés.

Le plan devait aider le gouvernement à économiser 200 M$ par année en informatique à partir de 2014.

Non seulement aucune économie n’a été réalisée, mais les dépenses ont plutôt bondi de 170 M$ entre 2013 en 2014, selon notre compilation. En un an, ce sont donc 370 M$ de plus que prévu. Nommé «Stratégie de transformation et d’optimisation des ressources informationnelles» (STORI), ce plan a été élaboré à partir de début 2012 par une équipe d’experts relevant du Secrétariat du Conseil du trésor (SCT). Notre Bureau d’enquête a pu l’obtenir en détail d’une source qui en déplore l’abandon.

Le STORI donnait une vision à long terme avec des échéances, des évaluations de risques et l’élaboration des priorités pour redresser l’informatique gouvernementale. Il devait «mettre rapidement en œuvre des mesures pour réaliser des économies significatives» pour contribuer «au retour à l’équilibre budgétaire», lit-on.

Certaines mesures prises

Le SCT a refusé de nous parler à la caméra. Le dirigeant principal de l’information, soit le grand patron de l’informatique du Québec, Yves Ouellet, ne souhaitait pas faire une entrevue.

Le service des communications du SCT refuse aussi de dire que le plan STORI a été abandonné et soutient que le travail accompli n’a pas été perdu.

la SCT n’a initialement pas voulu fournir un seul élément de réponse concernant le coût de la confection de la STORI. Par contre, une recherche de quelques secondes nous a permis de découvrir qu’un contrat de 1,9 M$ avait été accordé à la firme CGI en 2012 pour le «soutien à la mise en œuvre de la STORI». Le SCT a finalement reconnu qu’il aurait dû nous parler de ce contrat.

Le 1,9 M$ n’inclut pas celui de 3 employés à temps plein ainsi et de 12 hauts fonctionnaires qui formaient le comité de direction et qui se réunissaient hebdomadairement, a-t-on appris. Le SCT refuse de nous dévoiler le coût total.

Changements de gouvernements

Le Trésor mentionne plutôt que la stratégie a été «changée dans sa forme et sa structure» et que plusieurs initiatives ont été reprises, dont le service de visioconférence, la nouvelle offre de téléphonie cellulaire, la prise en charge des ordinateurs centraux, le gouvernement ouvert et le cadre de référence pour soutenir la gestion des projets. C’est une partie de ce que proposait la STORI.

En insistant pour savoir pourquoi le tout a été changé alors qu’un plan précis avait été préparé, le SCT réplique qu’il faut aussi considérer les deux changements de gouvernement qui ont conduit à «des changements d’orientation». Il faudra attendre les annonces du président du Conseil du trésor Martin Coiteux, mais depuis l’abandon de la STORI, aucun plan de même envergure n’a été enclenché au gouvernement.


Un fait troublant

  •  Le plan STORI montre, par exemple, que le gouvernement sait depuis longtemps qu’il peut économiser gros en regroupant ses centres de traitement informatique (CTI), ce qu’il ne fait pas.
  •  Il est en effet possible aujourd’hui de stocker beaucoup plus de données dans beaucoup moins d’espace. D’ailleurs, partout dans le monde, les gouvernements regroupent leurs centres pour sauver des sommes gigantesques en entretien, en  électricité et en main-d’œuvre.
  •  En décembre, notre Bureau d’enquête avait dévoilé un rapport confidentiel commandé et reçu par Québec au printemps 2014, dans lequel on confirmait que l’économie à moyen terme représentait 100 M$ annuellement pour la province.
  •  Le Canada est passé de 800 CTI à 7, l’Ontario de 300 à 2. Au Québec, nous disposons toujours de 457 CTI.
  •  Après notre reportage, le gouvernement avait indiqué que ce rapport était à l’étude. Pourtant, le STORI prévoyait que ce regroupement devait être effectué dès 2012 pour réaliser des «économies d’échelle», y lit-on.

Les 7 axes de la STORI

1. Mise en commun des infrastructures

  •  Bénéfices attendus: Économie d’échelle, économie d’énergie et d’espace.
  •  Résultats: La mise en commun n’a pas été lancée de façon importante.

2. Mise en commun des environnements bureautiques

  •  Bénéfices attendus: Amélioration de la productivité, développement régional potentiel.
  •  Résultats: Progrès, mais plusieurs organisations travaillent toujours en silo pour plusieurs aspects

3. Mise en commun des services de télécommunication

  •  Bénéfices attendus: Réduction des coûts, interopérabilité des technologies, accroissement de la productivité
  •  Résultats: Progrès pour la téléphonie cellulaire, mais la STORI va beaucoup plus loin.

4. Mise en commun et partage de l’information des services et des applications

  •  Bénéfices attendus: Élimination de la redondance, réduction des coûts, mise à profit des données ouvertes
  •  Résultats: Principal progrès avec les données ouvertes, mais des voix s’élèvent pour une plus grande ouverture et transparence.

5. Mise en place de l’infonuagique

  •  Bénéfices attendus: Optimisation de la gestion, réduction significative des coûts
  •  Résultats: Le Québec tarde à plonger dans l’infonuagique.

6. Optimisation de la gestion de l’expertise et du savoir-faire

  •  Bénéfices attendus: Stabilité organisationnelle, diminution du taux de roulement, gestion rigoureuse des contrats, maintient à l’interne d’une expertise de pointe, diminution du nombre de demandes de changements aux contrats, diminution des coûts des contrats.
  •  Résultats: Québec n’a pas créé de pôle d’expertises comme prévu avec la STORI, qui suggérait aussi le rapatriement de l’expertise à l’interne, un échec que Martin Coiteux s’affaire à régler.

7. Intensification de la gouvernance des projets en RI

  •  Bénéfices attendus: Économies, augmentation de la performance, réalisation en fonction des ressources disponibles, augmentation de l’efficacité.
  •  Résultats: Le Tableau de bord présenté dans la STORI n’a pas été un succès. Des ministères ne favorisent toujours pas le découpage de projets et la surveillance de l’ensemble des projets informatiques s’est accrue, mais surtout récemment.

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