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« Ta boîte ! »

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La chanson, popularisée en 1963 par Pete Seeger, un des héros du protest song américain, m’est venue en tête en lisant la saga de la défunte terrasse Chez Alexandre, rue Peel à Montréal, fermée parce que non conforme à un nouveau règlement municipal de l’arrondissement Ville-Marie.

La chanson, popularisée en 1963 par Pete Seeger, un des héros du protest song américain, m’est venue en tête en lisant la saga de la défunte terrasse Chez Alexandre, rue Peel à Montréal, fermée parce que non conforme à un nouveau règlement municipal de l’arrondissement Ville-Marie.

« Petites boîtes à flanc de colline,

Petites boîtes de pacotille,

Petites boîtes toutes pareilles ».

Dans la chanson, il est question de maisons de banlieue anonymes, mais poussons un peu la réflexion. Effrayés par un monde de plus en plus complexe, sommes-nous en train de céder à la tentation d’enfermer dans des petites boîtes toutes pareilles tout ce qui n’est pas conforme, tout ce qui dépasse, n’est pas parfaitement sécuritaire, mus par un fantasme de perfection inatteignable?

Une plainte en 38 ans?

Cette mini-terrasse – sept tables au total – ponctuait l’été sur Peel depuis 1977. Mais voilà que ce prolongement du restaurant sur le trottoir empêcherait les personnes handicapées de se déplacer aisément.

La bureaucratie, qui adore les petites boîtes, a tranché : terminées les terrasses sur le trottoir, le long des immeubles. Elles doivent longer la rue. (Je ne vois pas comment cela augmente l’espace pour les personnes handicapées). Ou mieux, installées dans un enclos à bétail érigé dans la rue. (Ce qui enlève des espaces de stationnement et restreint l’accès au centre-ville).

Qui veut manger au beau milieu de la rue Peel? Y a-t-il eu levée de boucliers de la part de personnes handicapées? Il semblerait que non, à part UNE plainte déposée par le Regroupement des activistes pour l’inclusion au Québec (RAPLIQ) à la Commission des droits de la personne en mars dernier. (L’accès au restaurant est aussi en cause).

Quand on en est rendu à invoquer les droits de la personne pour fermer une terrasse de sept tables, quelque chose ne va pas.

Chez Dutrizac, Linda Gauthier du RAPLIQ comparait hier la discrimination que subissent les personnes handicapées à la ségrégation raciale dans les sud des États-Unis autrefois.

L’affaire de tous

Amis lecteurs hors de Montréal, le message de la fermeture de la terrasse Chez Alexandre nous vise tous. Les forces occultes qui rêvent d’éliminer tout ce qui est hors norme, tout ce qui dépasse, même dans le domaine privé, nous ont tous à l’œil. Partout.

L’an dernier, une autre terrasse montréalaise, celle du célèbre Café Cherrier rue Saint-Denis, dans l’arrondissement Plateau Mont-Royal, a reçu l’ordre de changer ses chaises pour un modèle plus respectueux de l’environnement visuel du quartier. Chaises qui convenaient depuis 30 ans.

Pendant ce temps, la rue Saint-Denis agonise.

Tout doit être réglementé. Codifié. C’est quoi la prochaine étape dans cette marche folle vers l’uniformisation à qui on semble prêter le pouvoir d’amener la justice sur terre? Le pire, c’est que nous acceptons. Nous marmonnons « c’pas grave » en haussant les épaules ou pire, grommelons « pourquoi Alexandre ne fait-il pas comme ses voisins qui se sont soumis et n’entre pas dans sa boîte? »

Ce doit être un calvaire de se déplacer en fauteuil roulant en ville. Trous dans la chaussée, crevasses dans les trottoirs, cônes et travaux perpétuels, métro non accessible, trottoirs mal déneigés, mais quand c’est la Ville qui est non conforme, alors là, « c’pas grave... »

Faire suer un commerçant? Pas de problème.

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