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La «ritalin-manie» trouble Barrette

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«Au Québec, les enfants consomment trop de Ritalin.»

«Au Québec, les enfants consomment trop de Ritalin.»

Ce n’est pas un psychologue ou un travailleur social qui parle, mais bien le ministre de la Santé, Gaétan Barrette.

En entrevue mardi, ce dernier m’a révélé avoir mandaté un comité afin d’étudier de près la hausse anormalement fulgurante d’ordonnances de Ritalin et même d’antidépresseurs chez nos enfants.

Jamais dans l’histoire du Québec nos salles de classe n’ont-elles été habitées par autant de «petits drogués», dopés pour ne pas déranger.

Parce que les profs en ont assez de se faire déranger.

Parce que les parents sont tannés de se faire blâmer.

Et parce que les médecins veulent soulager, rapidement.

Et parce que les compagnies pharmaceutiques, avec leurs génies du marketing, ont réussi un coup de maître en fabriquant une épidémie hyperpayante, une vraie pilule du bonheur pour leurs actionnaires!

Québec, champion du dopage

En pleine Semaine de la santé mentale, Gaétan Barrette n’hésite pas à dire qu’«il y a quelque chose qui ne marche pas».

Dire que son prédécesseur, Yves Bolduc, interrogé sur le sujet, m’avait lancé que cela relevait de la «relation patient-médecin»...

Une réponse tiède à un phénomène angoissant.

Le Québec est le champion canadien de consommation de Ritalin. Un sommet de médiocrité.

En 2014, la consommation de ce stimulant a augmenté de 14 % en un an.

Le mois dernier, le Collège des médecins avait sonné l’alarme sur le nombre élevé de diagnostics de TDAH au Québec.

C’était le début du réveil.

Ce «trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité» est considéré comme un trouble neurologique. Neurologie, comme dans «neurologues».

Deux cent quatre-vingts neurologues pratiquent au Québec, selon leur propre association.

Ces 280 spécialistes auraient-ils vraiment soigné les quelque 64 000 cas différents de TDAH inscrits au régime public d’assurance médicaments en 2014?

Mon œil !

Combien a-t-on pu voir de diagnostics «vite, vite» d’un médecin sans rendez-vous avec un enfant qui grouille sur une chaise alors que le parent regarde sa montre? Comment un omnipraticien peut-il vraiment avoir tous les outils pour statuer clairement sur la présence d’un trouble neurologique chez un enfant, allant jusqu’à lui prescrire une puissante drogue?

Tout ça est devenu rapidement une épidémie au profit des médecins, mais surtout des compagnies pharmaceutiques.

«Généralement, seul le temps permet de différencier un enfant rêveur et très actif d’un enfant souffrant d’un désordre médical», mentionne le réputé Hôpital Douglas sur son site.

Ouffff, pas rassurant.

Première fois

De mémoire, c’est la première fois au Québec qu’un ministre de la Santé se prononce sur le dopage en série de nos petits.

Un «phénomène social», décrit le ministre, évitant de mettre le blâme uniquement sur les médecins.

Le ministre fait peu de cas des convenances et, avec son front de bœuf, de taureau, il fend le tabou en deux. Personne avant lui, à sa place, ne l’avait fait.

Le dopage scolaire généralisé ébranle enfin les officines. N’attendons pas de miracle immédiat. Mais reconnaissons qu’il s’agit d’un réveil notable.

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