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Le tempérament d'un politicien: un obstacle?

Pierre Karl Peladeau
Photo d’archives

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Le chat est sorti du sac... et il a des griffes. Pierre Karl Péladeau a parfois un tempérament un peu bouillant, mais il n’est pas évident que ce genre de considération soit un réel obstacle au succès en politique.

Je n’ai jamais rencontré Pierre Karl Péladeau. Comme pour la plupart des électeurs, tout ce que je sais à son sujet me vient des médias et, dans une moindre mesure, de ce que j’entends à travers les branches de connaissances qui ont fait des affaires avec lui, ou ont eu affaire à lui. À une extrémité du spectre, certains affirment qu’il est affable et étonnamment accessible. À l’autre extrême, on souligne quelques épisodes, certains mieux documentés que d’autres, où la marmite de son tempérament aurait sauté à la figure de ses adversaires, de ses détracteurs ou même de ses amis. Que faut-il retenir de tout cela?

Mettons d’abord une chose au clair : ce que je pense moi-même de sa personnalité n’a aucune importance. En tant que politologue, il ne me revient pas de dresser des portraits psychologiques ou de porter des jugements de valeur sur qui que ce soit. Ce jugement incombe plutôt aux électeurs et, dans l’immédiat, aux membres du Parti québécois. Deux questions retiennent plutôt mon attention. Est-ce que le genre de tempérament bouillant qu’on reproche à PKP dépasse les normes généralement attendues des politiciens? Est-ce que ce trait de personnalité fait une différence dans la performance d’un politicien? Je ferai ici un petit détour par la politique américaine pour répondre, dans les deux cas : pas vraiment.

Les politiciens au caractère bouillant ne sont pas rares

Depuis Machiavel, on sait qu’un politicien a tout autant, souvent plus, intérêt à être craint qu’à être aimé, que ce soit par ses alliés ou ses adversaires. PKP ne serait certes pas le premier à faire appel à ces deux approches. Ce qui est particulier dans son cas est la jonction entre le pouvoir politique et le pouvoir économique que lui confère son contrôle d’un empire de presse. C’est un couteau à deux tranchants. D’une part, cela contribue à alimenter une certaine aura autour du personnage et à lui conférer une certaine autorité. Cela peut être à son avantage, mais il est clair que ses adversaires ne manqueront pas d’exploiter ce qu’ils présenteront comme des abus de cette autorité. Ils ne manqueront pas non plus de souligner les problèmes liés aux potentiels conflits d’intérêts et à la perception d’ingérence dans les contenus des médias, qui lui colleront longtemps à la peau et continueront de le desservir.

Mais ce qui inquiète dans les récents reportages sur PKP est plutôt son caractère bouillant, qui l’amène parfois à hausser le ton et, selon certains, à proférer des menaces. Si c’est le cas, il ne serait pas le premier. Le Québec a eu son lot de politiciens au tempérament explosif, dont notamment René Lévesque. Les électeurs ne lui en ont pas trop tenu rigueur et l’histoire est assez généreuse à l’endroit du fondateur du PQ, mais son impulsivité ne l’a pas toujours bien servi dans les moments difficiles de son deuxième mandat.

Aux États-Unis, les exemples abondent. Je suis un adepte des biographies présidentielle et, dans presque tous les cas, on se délecte de nombreux épisodes où les présidents ont fait passer de mauvais quarts d’heure à leurs opposants ou à leurs proches collaborateurs. Même Barack «No Drama» Obama est connu pour sortir de ses gonds à l’occasion. Mais ce n’est rien comparé à Lyndon Johnson, qui se servait souvent de son physique imposant pour flanquer la frousse à ses interlocuteurs, ou Richard Nixon, dont le caractère paranoïaque et vindicatif a contribué autant à son ascension qu’à sa perte. John F. Kennedy était aussi connu pour son franc-parler assez cru et pour ses sautes d’humeur. Avant lui, Harry Truman avait ouvertement menacé de réarranger le portrait à un critique de théâtre qui avait peu apprécié une production de sa fille. Et je ne parle pas des premières années de la république où la réputation de « bully » de politiciens comme Andrew Jackson était plus que méritée.

Pas de lien évident entre l’impulsivité du caractère et le succès politique

Dans l’ensemble, il n’y a pas de corrélation évidente entre le tempérament des présidents et leur succès politique. Certains présidents au naturel calme et affable, comme Harding ou Taft, n’ont pas connu de grands succès politiques, alors que le véritable cyclone émotif qu’était Theodore Roosevelt a trouvé sa place sur le mont Rushmore. Il faut dire que dans le cas de ce dernier, il avait tendance à s’emporter dans les moments calmes alors qu’il pouvait atteindre une impressionnante sérénité dans les moments de crise.

Les écarts de conduites allégués qu’on reproche au candidat Péladeau font partie d’un portrait d’ensemble que les membres du parti doivent considérer dans les semaines à venir et que l’électorat dans son ensemble sera à même de juger s’il l’emporte et passe trois ans à la tête de l’opposition. S’ils s’avèrent fondés, les épisodes qu’on reproche à PKP indiquent qu’on n’a pas affaire à un enfant de chœur, mais le niveau d’impulsivité qu’on lui attribue n’est pas hors du commun. Il ne serait certes pas le premier politicien à se laisser emporter une fois de temps en temps.

De plus l’histoire d’ici et d’ailleurs nous enseigne qu’il est loin d’être clair qu’une réputation d’impulsivité soit un obstacle à une carrière politique bien remplie.  Bien sûr, toutes choses étant égales par ailleurs, comme tout le monde, un politicien dans la situation de PKP gagnerait à être perçu comme un « bon gars », mais dans le contexte actuel et étant donné le bagage qu’il porte, ses adversaires et détracteurs ne lui accorderont pas cette faveur. En dernière analyse, les électeurs jugent les politiciens d’abord en fonction de ce qu’ils font, c'est-à-dire les effets de leurs politiques, et moins pour qui ils sont. On pardonne volontiers leurs travers aux gagnants, mais les perdants arrivent difficilement à se débarrasser du boulet que représentent les aspects moins flatteurs de leur réputation.
 

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