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Enfants à problème

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«Le mieux est l’ennemi du bien», écrivait Voltaire. N’est-ce pas ce qui s’applique parfaitement à la politique d’intégration dans les classes «normales» d’enfants avec des problèmes d’apprentissage? Car on apprend cette semaine par les chiffres du ministère de l’Éducation que cette intégration a fait un bond de 60 % en 10 ans.

«Le mieux est l’ennemi du bien», écrivait Voltaire. N’est-ce pas ce qui s’applique parfaitement à la politique d’intégration dans les classes «normales» d’enfants avec des problèmes d’apprentissage? Car on apprend cette semaine par les chiffres du ministère de l’Éducation que cette intégration a fait un bond de 60 % en 10 ans.

On parle ici d’enfants handicapés physiques ou, selon le jargon, en difficulté d’apprentissage et d’adaptation. Ces termes plutôt neutres englobent en fait des enfants autistes, dyslexiques, plus ou moins sévèrement, dysphasiques, c’est-à-dire ayant des troubles de langage et bien sûr des enfants atteints de problèmes mentaux. Tous ces enfants – environ 130596 élèves – se retrouvent donc dans des classes normales, ce qui semble être le vœu des parents, mais aussi de notre société vertueuse qui, rectitude politique en tête, mène un combat permanent contre la discrimination sous toutes ses formes.

Manque de spécialistes

Ce choix de société peut, en principe, être applicable si, dans ces classes avec des enfants si inégalement armés pour suivre le programme standardisé, des bataillons de spécialistes viennent en aide aux pauvres enseignants dépassés par cette tâche pharaonique, qui est celle d’accorder une attention particulière à chaque élève. Or, la réalité, la dure réalité, balaie désormais cette approche vertueuse. Nous n’avons plus les moyens financiers de payer les spécialistes qu’exige l’intégration.

Au cours des ans, des élèves doués ont été retirés des écoles publiques par des parents insatisfaits qui souhaitent pour leurs enfants une éducation dynamique et de qualité. Les classes dites régulières n’ont de régulier que le nom puisque la proportion de jeunes nécessitant un enseignement particulier et personnalisé peut aller jusqu’à 50 % des élèves dans certaines classes. Comment un enseignant peut-il s’occuper de ces élèves dans ce contexte?

Dans un monde idéal, il est évident que cette vision intégrationniste de l’école est généreuse, noble et sensible. Mais, hélas! les problèmes sociaux aux causes multiples produisent à l’évidence des effets négatifs sur les enfants. Au point où l’on doit s’interroger. Pourquoi un nombre si élevé d’enfants incapables de fonctionner correctement à l’école, ce lieu de formation des esprits et d’égalité sociale? Enfants gavés de Ritalin, autistes, intellectuellement handicapés, l’on n’entend parler que de cela autour de nous.

Des profs piégés

Les syndicats d’enseignants ont longtemps favorisé l’intégration scolaire. Mais dans leur esprit, à l’évidence, celle-ci était indissociable des spécialistes qu’elle impliquait, ce qui n’est plus le cas depuis plusieurs années où les suppressions de postes imposent leur loi. Si bien que les enseignants sont désormais piégés, si on peut dire, dans des classes où les enfants à problèmes drainent leur énergie et limitent leurs capacités d’intervention, car ils n’ont pas la formation requise pour une pareille tâche.

L’on ne répétera jamais assez que le métier d’enseignant, au primaire et au secondaire, est de nos jours un des métiers les plus ingrats et les moins gratifiants socialement et financièrement. L’État ne peut pas accabler de la sorte les dépositaires d’une des fonctions sociales les plus essentielles, celle de transmettre des connaissances aux jeunes. La société québécoise en s’illusionnant avec un objectif d’intégration plus angélique que pédagogique et financièrement réaliste accentue davantage une détérioration de l’éducation publique qui fait craindre le pire.

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