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L’UPAC a eu la peau d’EBR

Le fleuron de Québec en informatique ne vaut plus un sou et doit fermer ses portes

DM UPAC -05
Photo d'archives, Le Journal de Québec, Daniel Mallard «Je ne pensais jamais fermer EBR de cette façon», raconte le président Denis Blais, qui a conclu son entrevue avec nous en fondant en pleurs. EBR a vu deux de ses vice-présidents être accusés de fraude.

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«EBR, vous n’en entendrez plus parler. C’est fini. Je mets la clef dans la porte», nous a lancé mercredi, avant d’éclater en sanglots, le président, Denis Blais, qui a vu deux de ses vice-présidents être arrêtés pour fraude par l’UPAC pendant la dernière année.

La firme faisait un chiffre d’affaires de 50 millions $ avant la visite de l’UPAC. Elle ne vaut plus un sou aujourd’hui.

C’est donc le dernier chapitre de la saga d’EBR, qui aurait fêté ses 25 ans l’an prochain. En 2014, elle était sacrée entreprise de l’année à Québec.

Son chiffre d’affaires s’est multiplié par 60 depuis sa création. Les contrats (130 depuis 2009) et les millions de dollars pleuvaient avec le gouvernement du Québec.

Mais la firme agonise depuis le 4 juin 2014, quand l’UPAC a arrêté pour fraude le cofondateur, Mohamed El-Khayat. L’Autorité des marchés financiers (AMF) a alors retiré à EBR le droit de proposer ses services au secteur public.

Se sentant trahi par son ami de longue date, l’autre dirigeant, Denis Blais, a tenté de redresser l’entreprise et a été en mesure de recevoir la bénédiction de l’AMF en février dernier.

La frappe fatale

Mais aussitôt reparti, voilà qu’un autre partenaire de M. Blais, Jean-François Robidas, le vice-président aux ventes, est aussi arrêté pour fraude. L’AMF a donc révoqué encore une fois l’autorisation.

Denis Blais a ensuite tenté de vendre. Mais il devait ravoir l’autorisation de l’AMF de faire de la sous-traitance avec le secteur public, puisqu’il s’agit de 90 % de sa clientèle. L’AMF a refusé.

Donc, même si M. Blais avait eu des offres qui atteignaient 7,5 millions $ pour vendre EBR, le refus de l’AMF signifiait la fin. EBR ne vaut donc plus rien, car l’entreprise n’a presque plus de clientèle.

«Tout s’est écroulé [...] C’est catastrophique», dit-il, d’un ton secoué. Il explique avoir mis de côté certaines liquidités, ce qui évitera la faillite et permettra de payer les employés.

«Accusé de rien»

«Je ne souhaite ça à personne. Je ne suis accusé de rien», souligne-t-il, croyant que sa restructuration et les départs des deux individus auraient suffi pour l’autorisation de l’AMF.

« J’ai de la misère à comprendre comment une compagnie peut être sur le Registre des entreprises non admissibles aux contrats publics quand elle n’est pas accusée et il n’y a personne de déclaré coupable. C’est incroyable ce qui arrive présentement», ajoute celui qui souhaite prendre du repos.

Se sent-il responsable, comme président, de ne pas avoir eu de soupçons, si les individus sont condamnés par la justice: «Tu ne peux pas tout voir à 100 %, c’est impossible», selon lui.


Une firme prend le relais sans payer un cent

La firme montréalaise Solutions informatiques INSO installera sa pancarte la semaine prochaine pour remplacer celle d’EBR.

Implantée depuis 30 ans à Montréal et compétitrice d’EBR dans la métropole, INSO se spécialise notamment dans l’éducation et le multimédia. Elle ouvre donc un point de service à Québec et Chicoutimi, pour remplacer les locaux utilisés par EBR.

Lors de la dernière année, la moitié des 50 employés d’EBR sont partis. La plupart de ceux qui restent se joindront donc à INSO. C’est en grande partie du personnel technique.

Le président de l’entreprise, Dimo Tsakpinoglou, comprend qu’il embauche le personnel d’une firme marquée au fer rouge.

Mais il souligne qu’il ne voulait pas s’adjoindre «des problèmes d’EBR», mais son expertise.

Rappelons qu’à l’exception de Mohamel El-Khayat et Jean-François Robidas, aucun employé n’a été visé par l’UPAC.

Pas un cent pour EBR

Le président d’INSO n’a pas payé un sou à EBR. « C’était crucial pour moi», assure-t-il.

«Les entrevues d’embauches m’ont plus que rassuré [...] Il y a un désir chez ces gens-là de faire leurs preuves. Ils se sont sentis trahis», explique celui qui y voit une occasion d’expansion importante pour son entreprise.

A-t-il été question d’engager Denis Blais? «Absolument pas», souligne M. Tsakpinoglou, qui n’a pas voulu trop s’éterniser sur le sujet. «Il a d’autres projets.»

C’est le vice-président d’INSO depuis 25 ans, Jocelyn D’Anjou, qui prendra les commandes du bureau de Québec.

L’entreprise montréalaise pourra assurer le suivi des garanties pour les produits vendus par EBR, ce qui était une préoccupation importante pour la clientèle, soit surtout le gouvernement du Québec.


La saga en dates

Juin 2014: L’UPAC perquisitionne chez EBR. Mohamed El-Khayat (alors administrateur chez EBR) sera accusé de fraude et d’abus de confiance. Le directeur de l’informatique du ministère de la Sécurité publique est aussi accusé de fraude dans cette affaire.

Septembre 2014: Un décret du gouvernement force EBR à obtenir une autorisation auprès de l’AMF afin de continuer à faire affaire avec le gouvernement.

Février 2015: EBR obtient l’autorisation de l’AMF pour reprendre toutes ses activités. La firme implante un code d’éthique.

Mars 2015: Jean-François Robidas (vice-président) est arrêté pour fraude par l’UPAC. Mohamed El Khayat (ex-administrateur) est aussi, encore, arrêté pour fraude. Le gouvernement suspend les contrats en cours avec EBR.

Avril 2015: Denis Blais souhaite vendre la firme et des acheteurs potentiels s’y intéressent. L’AMF refuse de délivrer une nouvelle autorisation à EBR pour des contrats avec le secteur public.

Mai 2015: EBR ferme ses portes.

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