/misc
Navigation

La douche écossaise!

Nicola Sturgeon, chef du SNP
AFP

Coup d'oeil sur cet article

Les Travaillistes britanniques ont pris une véritable douche écossaise hier lors des élections au Royaume-Uni. Le parti travailliste avait depuis longtemps des liens solides avec les Écossais qui votaient majoritairement pour eux. Mais hier, ils sont passés de l’eau chaude à l’eau froide suivant en cela la tradition de la douche écossaise qui a, parait-il, des vertus thérapeutiques!

Le remède ne les a toutefois pas revigorés, car ce sont plutôt les Conservateurs et les indépendantistes du Scottish National Party qui aujourd’hui trônent au sommet. Le paysage politique du Royaume-Uni, dont le nom porte désormais à équivoque puisque le pays est divisé comme jamais, s’est complètement transformé.

Les observateurs s’attendaient à des résultats très différents, croyant que les Conservateurs perdraient et que le gouvernement serait minoritaire. Les indépendantistes écossais en laissant entendre qu’ils pourraient éventuellement former une coalition avec les Travaillistes, ont non seulement arraché à ces derniers tous les très nombreux sièges qu’ils détenaient en Écosse, mais ils ont également semé une crainte énorme parmi les électeurs britanniques qui se sont réfugiés contre toute attente chez les Conservateurs.

Les Travaillistes, les Libéraux démocrates et le parti antieuropéen, l’UKIP, sont donc les grands perdants du scrutin d’hier. Leurs trois chefs ont d’ailleurs démissionné dès hier.

Les Conservateurs ont cependant joué gros en promettant un référendum quant au maintien du Royaume-Uni au sein de l’Union européenne afin d’obtenir le soutien des électeurs de l’UKIP. Cette promesse inquiète vivement les milieux d’affaires, car s’il est vrai que la participation du Royaume-Uni à l’Union européenne cause certains problèmes aux Anglais, leur isolement hors de l’Union leur serait encore plus préjudiciable. Nous verrons dans les mois qui viennent si le nouveau gouvernement, sensibilisé aux réalités économiques par ses amis des milieux d’affaires, n’acceptera pas de revenir sur sa promesse, comme, par exemple, les Libéraux de Jean Chrétien l’avaient pour la TPS.

Le  Scottish National Party, quant à lui, sera dans une position idéale pour exiger des mesures auxquelles les Conservateurs ne pourront acquiescer sous peine de perdre les appuis obtenus hier.

Dès lors, les indépendantistes écossais seront bien placés pour démontrer que l’indépendance de l’Écosse est la seule solution. Il faut par ailleurs réaliser que si le SNP a été habile tactiquement en parlant de participer à une coalition avec les Travailliste, il se serait placé stratégiquement dans une position fort délicate s’il avait fallu que ces derniers l’emportent, car même si les Travaillistes ont immédiatement rejeté cette proposition, il reste que l’attrait du pouvoir aurait pu les faire changer d’idée. Le SNP aurait alors dû composer avec une situation contre-nature, à savoir de participer à la gestion d’un pays dont il souhaite se séparer.

Le Bloc Québécois a fait face à de telles situations dans le passé. En 2004, les Conservateurs, le NPD et le Bloc avaient écrit à la Gouverneure générale que les partis d’opposition avaient une solution de rechange si jamais Paul Martin ne pouvait obtenir une majorité. Le Bloc avait cependant dit clairement qu’il ne ferait jamais partie d’une coalition. En 2006 et en 2007, le Bloc avait appuyé les budgets des Conservateurs, car ces derniers avaient répondu favorablement à ses demandes. En 2008, le Bloc avait appuyé le projet de coalition entre les Libéraux et le NPD, car alors ces deux partis répondaient à ses demandes. Mais, là encore, le Bloc refusait de participer à toute coalition.

Un parti indépendantiste comme le SNP doit en tout temps maintenir le cap sur son objectif suprême qu’est l’indépendance, tout en faisant des gains pour la nation qu’il représente, peu importe que ces gains soient obtenus après des négociations avec quelque parti que ce soit. Le SNP, comme le Bloc, fait face à des partis qui s’opposent tous à son projet. La question qui se pose dès lors n’est pas de savoir à quel parti les indépendantistes ont tactiquement accordé leur appui, mais bien plutôt si les gains obtenus renforcent la cause pour laquelle ils luttent. Dans tous les cas toutefois, les indépendantistes doivent refuser de faire partie de coalitions qui, par nature, nient leur projet.

Les mois qui viennent risquent donc d’être très intéressants et, surtout, riches en enseignement pour les souverainistes québécois et les Catalans.