/entertainment/movies
Navigation

Le film qui fâche l'armée américaine

Le film qui fâche l'armée américaine
photo courtoisie

Coup d'oeil sur cet article

Présenté comme «l'anti-Tireur d'élite américain», Drones, le nouveau film d'Andrew Niccol (à l'affiche le 15 mai) aborde le sujet ultra-sensible de l'utilisation de drones de combat par l'armée américaine. La polémique est lancée.

Il semble loin le temps où Tom Cruise embarquait dans son F-14 pour sauver l'Amérique dans Top Gun. Aujourd'hui, les pilotes du US Air Force commandent des drones depuis leur base à Las Vegas et bombardent le Moyen-Orient à plus de 10 000 km de là.

Ethan Hawke (à droite) joue le soldat Tom Egan, pilote de drones.
photo courtoisie
Ethan Hawke (à droite) joue le soldat Tom Egan, pilote de drones.

C'est le cas du commandant Tom Egan, incarné par Ethan Hawke dans Drones, qui passe ses journées à tuer des talibans dans le conteneur climatisé qui lui sert de cockpit de pilotage, avant de rentrer dans sa petite maison de banlieue, s'occuper de son barbecue. Mais cet ancien pilote de chasse, qui rêvait justement d'un destin à la Tom Cruise, vit plutôt mal la situation. En pleine crise, le commandant Egan affiche un moral en berne et sombre dans l'alcoolisme.

Sur la liste noire du FBI

Avec ce film, Andrew Niccol ne risque pas d'arranger son cas auprès des autorités américaines. Inscrit sur la «watch list» du FBI (qui recense toute personne suspectée notamment de terrorisme) depuis Le seigneur de guerre en 2005, pour avoir fait jouer un vrai trafiquant d’armes dans son film, le réalisateur néo-zélandais s'est mis, cette fois, l'armée américaine à dos. Son crime? Avoir osé critiquer ouvertement l'utilisation massive de drones au Moyen-Orient (le film se déroule en 2010, année où les frappes de drones ont atteint des proportions jamais connues auparavant). Une guerre moderne qui ne ferait qu'empirer les choses, en générant de véritables bombes à retardement.

« Game of Drones »

«Cette guerre est une usine à terroristes. À chaque innocent qu'elle tue avec des drones, l'armée américaine crée dix nouveaux terroristes», a souligné Andrew Niccol dans une entrevue au magazine Le Nouvel Observateur.

Le réalisateur expose ainsi les dangers d'une guerre conçue comme un simple jeu vidéo, sans penser aux conséquences que cela peut avoir à la fois sur le moral des troupes et sur les populations locales, victimes collatérales de frappes qui ne sont malheureusement pas toujours chirurgicales.

«L’armée s’est inspirée de la console de jeu Xbox pour concevoir les joysticks de téléguidage de ses drones», a encore indiqué Niccol dans la même entrevue.

Il va sans dire que ce dernier n'a pu compter sur la collaboration de l'armée pour tourner son film. Mais Andrew Niccol a eu accès à d'autres sources précieuses d'informations, notamment en consultant l'ex-pilote de drones Brandon Bryant, qui a directement inspiré le personnage de Tom Egan campé à l'écran par Ethan Hawke.

Bryant a raconté avoir tué 1626 personnes en Afghanistan et ailleurs, depuis sa base du Nouveau-Mexique, avant d'être finalement rattrapé par les remords et de renoncer à son funeste joystick. Grâce à WikiLeaks et à Chelsea Manning (ex-analyste de l'armée américaine condamnée à 35 ans de prison pour avoir divulgué des documents classés secret-défense), le réalisateur a pu également consulter d'authentiques images de frappes pour donner encore plus d'impact à son film. De quoi faire réfléchir sur cette «drone» de guerre.