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Les jeunes boudent l’auto

Préférant leur téléphone à la conduite, ils sont de moins en moins à passer le permis

Simone Dussault
Photo Le Journa de Montréal, Anne-Caroline Desplanques À 17 ans, Simone Dussault n’a pas l’intention de passer son permis de conduire. Elle marche environ 6 km par jour et prend le bus pour ses déplacements quotidiens. Comme elle, de plus en plus de jeunes délaissent l’auto pour les transports en commun.

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Autrefois symbole de liberté, la voiture est aujourd’hui boudée par les jeunes, qui ont troqué le volant pour leur téléphone intelligent, devenant du coup le défi de l’heure de l’industrie automobile.

En un quart de siècle, le nombre de Québécois de moins de 24 ans qui possèdent un permis de conduire a chuté de près de 90 000, selon les statistiques de la SAAQ.

«Quand j’ai eu l’âge de passer le permis, j’avais l’argent, mais j’ai préféré m’acheter un ordinateur», confie Julien Thibeault, qui a grandi à Saint-Jérôme.

À 26 ans, le jeune Montréalais se déplace à pied, à vélo et en métro et s’installe sur le siège du passager quand il doit sortir de l’île et même quand il doit travailler sur la route comme représentant.

Et M. Thibeault n’est pas seul. Le phénomène est particulièrement marqué chez les 16-19 ans qui étaient 16 % moins nombreux à détenir un permis en 2013 qu’en 2008.

Aux États-Unis, alors qu’en 1983, les deux tiers des Américains de 16 à 19 ans avaient leur permis, en 2011, ils n’étaient plus qu’un sur deux, d’après le Département des transports américain.

Pour Mark Norman, président de la compagnie d’autopartage ZipCar, qui commande chaque année un sondage sur les 18-34 ans, «cette génération a une approche fondamentalement différente de la vie».

«Les priorités et les préférences des jeunes en matière de transport diffèrent de celles de leurs aînés», confirme un récent rapport du Frontier Group, aux États-Unis.

Ainsi, 45 % des 18-34 ans déclarent avoir consciemment fait un effort pour remplacer l’automobile par des modes de transports alternatifs, contre 32 % de leurs aînés, indique ce rapport.

Mobilité virtuelle

Loin d’être un phénomène de mode, cette tendance devrait se maintenir à mesure que les jeunes vieilliront en raison de la place qu’ils accordent aux technologies, estime Micheline Maynard, auteure de «Curbing Cars: America’s Independence From The Auto Industry».

En 2014, le sondage ZipCar a en effet révélé que les 18-35 ans sont plus attachés à leur cellulaire qu’à tout autre bien, contrairement aux plus de 35 ans qui choisissent la voiture avant tout.

«Les adolescents n’ont plus besoin d’être physiquement avec leurs amis pour être ensemble», explique Mme Maynard.

Trop cher

Mais au-delà de leur attachement aux technologies, il y a surtout une barrière économique entre les jeunes et l’auto.

«Les jeunes ne peuvent tout simplement pas se permettre de conduire», écrit Matt More dans une analyse du Highway Loss Data Institute.

«Je n’ai pas du tout l’argent pour ça et je ne veux pas imposer cette dépense à mes parents», indique Simone Dussault, 17 ans.

«Avoir une voiture, c’est vraiment cher, il faut y penser à deux fois», complète Florence Tisson, 30 ans, qui n’a pas non plus son permis.

«Je n’ai jamais eu besoin de conduire. J’ai grandi sur la Rive-Sud et je me suis toujours organisée en transport en commun», renchérit Mme Tisson.

 


L’avenir sera sans chauffeur

Pour la première fois de leur histoire, confrontés au désintérêt des jeunes pour l’automobile, de nombreux constructeurs ne croient plus en l’auto-solo.

«On observe un réel changement social. Les gens voient le transport comme un service et non plus comme un produit. Nous devons donc nous adapter», explique Jérémi Lavoie, directeur général de Car2Go Montréal, une filiale du constructeur allemand Daimler.

Même chez Ford, au Michigan, où Le Journal s’est rendu, on considère que l’avenir est dans l’auto-partage facilité par l’auto sans chauffeur.

Une famille de banlieue pourrait par exemple n’avoir qu’une voiture autonome qui irait déposer monsieur au bureau tôt le matin, puis reviendrait chercher madame et les enfants plus tard. L’auto ferait ensuite la navette en après-midi aux heures de retour à la maison de chacun, illustre Carrie Majeske, directrice de l’approvisionnement durable de Ford.

Diminuer les émissions

L’engin autonome et partagé pourrait considérablement réduire le nombre de véhicules en circulation et en maximiser l’usage, estime l’ingénieure Majeske.

«Nous croyons que les véhicules autonomes connectés ont le potentiel de rendre les déplacements plus sûrs, de réduire la congestion et de diminuer les émissions de gaz à effet de serre», déclare le PDG de Ford, Mark Fields.

Et sa compagnie n’est pas seule dans cette course. Google a déjà installé avec succès son système de pilotage automatique sur six véhicules, dont une Toyota Prius. La voiture est guidée par une caméra, des radars, un récepteur GPS et des capteurs installés sur les roues.

 


Détenteurs de permis de conduire au Québec

(De 16 à 24 ans)

  • 1983: 688 390
  • 1988: 599 596
  • 2013: 512 066

Source: Données et Statistiques 2013, SAAQ

 

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