/news/education
Navigation

Pourquoi l’Ontario a réussi là où le Québec en arrache

Nos voisins, eux, ont trouvé une recette pour lutter contre le décrochage scolaire

Bloc école
Photos Le Journal de Québec, Daphnée Dion-Viens

Coup d'oeil sur cet article

TORONTO - Pendant que le Québec commence lentement à réduire son taux de décrochage, son voisin ontarien y est parvenu de façon spectaculaire en rendant l’école obligatoire jusqu’à 18 ans, en créant des programmes axés sur le marché du travail et en mettant sur pied des équipes d’intervention dans chaque école, a constaté Le Journal.

Plus besoin d’aller en Finlande ou en Suède pour trouver des systèmes d’éducation performants. En Ontario, le taux de diplomation est passé de 68 % à 84 % en 10 ans seulement. Et le pourcentage d’élèves en troisième et sixième années qui atteignent les normes provinciales en français et en mathématiques est passé de 54 % à 72 % au cours de la même période.

Au Québec, des progrès ont été réalisés au cours des dernières années, mais les résultats sont encore bien loin de ce qu’on observe de l’autre côté de la rivière des Outaouais (voir encadré).

Selon la firme McKinsey, l’Ontario possède maintenant l’un des 20 meilleurs systèmes d’éducation du monde. Même l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et les États-Unis se sont intéressés à la recette de ce succès, dans deux récents rapports. Des experts croient maintenant que le Québec aurait avantage à s’inspirer de ce modèle (voir encadré).

L’ÉDUCATION, LA GRANDE PRIORITÉ

Le vent tourne en Ontario en 2003, avec l’arrivée au pouvoir du gouvernement libéral de Dalton McGuinty. Le premier ministre décide alors de faire de l’éducation sa grande priorité. Il se dote d’une équipe spéciale pour le conseiller, qui se réunit toutes les six semaines. Le but: augmenter le taux de diplomation et les résultats des élèves, tout en redorant le blason de l’école publique.

«Nous avons réussi parce que nos objectifs étaient clairs et qu’on n’y a pas dérogé», affirme Michael Fullan, expert de renommée internationale et conseiller spécial du gouvernement libéral de l’époque, en entrevue au Journal.

Pour y arriver, plusieurs mesures ont été mises en place, à commencer par une équipe d’intervention dans chaque école, qui identifie et aide les élèves à risque. Des programmes particuliers, axés sur des orientations de carrière — en commerce, en construction ou en alimentation, par exemple — ont aussi été créés, en plus des stages en milieu de travail qui se sont multipliés.

«Ce qu’on a essayé de développer depuis 10 ans, c’est une avenue pour tous les types d’élèves, y compris pour ceux qui se dirigent vers le marché du travail ou une formation professionnelle», explique Allan Easton, directeur de l’école secondaire Lakeshore, située en banlieue de Toronto.

Une fois ces programmes en branle, l’école a aussi été rendue obligatoire jusqu’à 18 ans ou jusqu’à l’obtention d’un diplôme. «Il ne faut pas seulement augmenter l’âge de fréquentation scolaire, il faut aussi augmenter la pertinence des programmes. Sinon, ça devient une prison», explique M. Fullan.

DES PROFS MIEUX FORMÉS

L’amélioration des résultats des élèves a aussi permis d’augmenter le taux de diplomation. Pour y arriver, une seule avenue: la formation continue pour les enseignants, obligatoire dans les écoles où les résultats étaient en dessous de la moyenne provinciale.

«L’amélioration de l’enseignement, c’est la clé. S’il y a une seule chose à faire, c’est bien celle-là», lance Paul Freier, directeur de l’école secondaire T. L. Kennedy, à Mississauga.

Et l’Ontario n’a pas fini d’étonner. Le taux de diplomation pourrait continuer de grimper au cours des prochaines années puisque la province mise aussi, depuis quelques années, sur la maternelle à temps plein pour les enfants de quatre et cinq ans, qui y apprennent à écrire leurs lettres et à lire leurs premiers mots. «Ça les aide vraiment à partir du bon pied», lance M. Fullan.


 

Bloc école
Photos Le Journal de Québec, Daphnée Dion-Viens

Les cinq secrets du succès ontarien

1- Une équipe d’intervention dans chaque école

Chaque école secondaire en Ontario est dotée d’une «équipe de la réussite», qui identifie les élèves à risque et intervient auprès d’eux afin de leur permettre de reprendre plus rapidement les cours auxquels ils ont échoué.

2- Des programmes axés sur le marché du travail

Pour aider les jeunes à savoir ce qu’ils veulent faire dans la vie, des programmes axés sur le marché du travail ont été créés, accompagnés d’une multitude de stages en entreprise, qui comptent pour l’obtention du diplôme d’études secondaires.

3- L’école obligatoire jusqu’à 18 ans

Depuis 2006, les jeunes en Ontario doivent rester à l’école jusqu’à 18 ans ou jusqu’à l’obtention d’un diplôme. Un adolescent de 16 ou 17 ans qui décroche sera suivi par un travailleur social, alors que les plus jeunes et leurs parents peuvent être traînés devant les tribunaux, où des amendes pourraient être imposées.

4- Des profs mieux formés

Au cours des dernières années, plusieurs millions de dollars ont été investis en formation pour améliorer la qualité de l’enseignement. La formation est même obligatoire pour les profs dans les écoles où les résultats des élèves sont en bas de la moyenne provinciale.

5- Apprendre à lire en maternelle

Tous les enfants de quatre et cinq ans fréquentent la maternelle à temps plein, où le programme d’apprentissage est beaucoup plus poussé qu’au Québec. La majorité des élèves qui entament la première année savent déjà lire.


Taux de diplomation en Ontario

2003-2004: 68 %

2013-2014: 84 %

En Ontario, 95 % des élèves fréquentent les écoles publiques.

Les écoles privées ne sont pas financées par le gouvernement.

Taux de diplomation au Québec

2002-2003: 67 %

2013-2014: 71 % * (76 % avec une multitude de diplômes)

* Si on tient compte seulement du diplôme d’études secondaires, comme en Ontario


Les chiffres décortiqués: un écart encore plus grand entre l’Ontario et le Québec

1. Un diplôme en Ontario, sept diplômes au Québec

En Ontario, le taux de diplomation ne prend en compte que le diplôme d’études secondaires. Au Québec, le taux de diplomation comprend le diplôme d’études secondaires, mais aussi six autres diplômes et qualifications pour lesquels il n’est pas nécessaire d’avoir terminé son cinquième secondaire. Pour deux d’entre eux, il n’est même pas nécessaire d’avoir réussi la deuxième année du secondaire pour l’obtenir.

2. Une année de sursis en Ontario, deux au Québec

En Ontario, le taux de diplomation est calculé sur cinq ans, alors que le temps normal pour terminer les études secondaires est de quatre ans (de la 9e à la 12e année). Au Québec, le taux de diplomation est calculé sur sept ans, alors que le temps normal pour achever les études secondaires est de cinq ans.

3. Un an de plus sur les bancs d’école en Ontario

Puisqu’il n’existe pas de cégep en Ontario, le diplôme d’études secondaires est accordé après une année de plus passée sur les bancs d’école.


Un succès qui a un coût: près de 3 milliards $

Lancée en grande pompe en 2003, la Stratégie visant la réussite des élèves a un coût: 2,9 milliards $, selon les chiffres du ministère de l’Éducation d’Ontario.

Depuis une dizaine d’années, 169 millions sont consacrés annuellement à l’embauche de 1800 enseignants supplémentaires dans les écoles secondaires, dont 800 qui sont directement responsables de la réussite des élèves, indique Gary Wheeler, porte-parole du ministère de l’Ontario. L’argent a aussi permis de mettre en place plusieurs autres mesures, dont de la formation pour les enseignants.

Michael Fullan, expert de renommée mondiale et spécialiste des réformes en éducation, affirme que ce ne sont pas les sommes d’argent investies qui font la différence, mais plutôt la façon dont elles sont dépensées. «La recherche en éducation démontre qu’il faut plus que de l’argent pour faire augmenter le taux de diplomation», dit-il.


Le coût d’un élève: 1500 $ de plus qu’au Québec

Ontario: 12 582 $

Québec: 11 096 $

Source: Indicateurs de l’éducation au Canada, Statistique Canada


Des élèves à risque suivis... à la trace

Kobi McAskill, 17 ans, se croise les doigts. En juin, il devrait réussir à décrocher son diplôme d’études secondaires, après avoir bien failli tourner le dos à l’école.

Lors de sa deuxième année au secondaire, il a commencé à se tenir avec des amis plus vieux et à cumuler les échecs, raconte-t-il. «J’avais des problèmes avec moi-même, je ne voulais pas venir en classe, je ne voulais pas être à l’école. J’ai manqué plusieurs cours et je m’en foutais.»

Kobi a alors été repéré par un membre de «l’équipe de la réussite» de son école, qui l’a mis en contact avec un intervenant qui a réussi à le «remettre sur le bon chemin», poursuit-il. «Il m’a fait réfléchir et réaliser ce que j’avais à faire pour ne pas passer à côté de ma vie.»

Depuis une dizaine d’années, chaque école secondaire en Ontario peut compter sur une équipe d’intervention qui a pour mandat de suivre à la trace les élèves en difficulté et à risque de décrocher. À la tête de cette équipe, un «enseignant de la réussite» qui s’y consacre à temps plein.

Ce prof passe la moitié de son temps à repérer les élèves qui s’absentent et à intervenir auprès d’eux. La formule varie d’un milieu à l’autre. À l’école secondaire Northview Heights, située en banlieue de Toronto, on appelle les élèves qui sont absents ou en retard le matin directement sur leur téléphone cellulaire plutôt que de laisser le système informatique passer un coup de fil à la maison.

«Ça fonctionne assez bien, particulièrement avec les élèves plus jeunes», lance l’enseignante de la réussite Daniejla Pavlic-Trias. Avec ce système, le nombre de retards le matin a diminué de 180 à environ 80 dans cette école de 1450 élèves, indique-t-elle.

Mais, pour d’autres, il faut plus qu’un simple coup de fil. Un suivi individuel est alors fait pour mieux connaître le jeune et ce qui l’a amené à délaisser l’école.

S’il s’agit de problèmes personnels, un élève peut être mis en contact avec le travailleur social de l’école, par exemple. S’il a plusieurs échecs, on l’invitera à s’inscrire à un cours de rattrapage donné par l’enseignant de la réussite.

Rattrapage accéléré

En Ontario, depuis 2003, il est possible de reprendre seulement les parties de cours qui ont été échouées, et non le cours au complet. Puisque l’année scolaire s’étend sur deux sessions, un peu comme au cégep, un élève peut reprendre deux cours manqués en une seule session.

«Le cadre scolaire était très strict avant et pas fait pour un jeune qui aurait eu besoin de cinq ou six semaines de plus pour réussir le cours. Cette formule permet maintenant de lui donner ces semaines supplémentaires», explique Peter Paputsis, directeur de l’école secondaire Northview Heights, située en banlieue de Toronto.

La formule des cours de rattrapage accélérés varie aussi d’un endroit à l’autre. Dans cette école, ces cours servent d’abord à créer des liens avec des jeunes qui sont souvent en rupture avec l’école.

«Si on ne s’occupe pas des problèmes qui les ont menés là, ça ne marchera pas, lance Daniejla Pavlic-Trias. On donne aux jeunes une chance de se vider le cœur avant de commencer à travailler. Parfois, pendant le premier mois, c’est tout ce qu’on fait. On ne touche pas à un seul livre. L’idée, ce n’est pas de s’occuper uniquement des problèmes académiques», explique-t-elle.

Grâce à ces cours de rattrapage, qui ne comptent que quelques élèves à la fois, Kobi a réussi les cours de mathématiques, d’anglais et d’histoire auxquels il avait échoué, et ce, sans prendre de retard. Avec son diplôme en poche, il veut maintenant suivre un cours pour devenir plombier.

La journée de la deuxième chance

La bibliothèque de l’école secondaire Northview Heights, située en banlieue de Toronto, est pleine à craquer en cette journée chaude et ensoleillée de la fin d’avril.

«Après les examens de mi-session, les élèves qui sont tout juste en bas de la note de passage ou à risque d’échec peuvent, pendant une journée, faire du rattrapage, refaire des travaux ou des devoirs, ce qui leur permet d’augmenter leurs notes», explique le directeur, Peter Paputsis.

Les jeunes sont alors placés en petits groupes, selon les matières, et encadrés par un autre élève qui agit comme tuteur.

En fin d’année, pendant la période d’examens, l’école organise aussi trois jours «d’amnistie», au cours desquels des étudiants peuvent remettre des travaux qui n’avaient pas été terminés ou réussis pendant la session et qui compteront dans leur note finale.

«On ne pose pas de questions, on ne demande pas de justifications. Pour les élèves qui sont juste sous la note de passage, refaire un travail peut faire toute la différence», lance M. Paputsis.

Brèves

Vous désirez réagir à ce texte dans nos pages Opinions?

Écrivez-nous une courte lettre de 100 à 250 mots maximum à l'adresse suivante:

Vous pouvez aussi nous écrire en toute confidentialité si vous avez de l'information supplémentaire. Merci.

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.