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Ne comptons pas sur Graham Fraser, Jean-Marc Fournier et le NPD pour la promotion du français

Un buste à l'effigie de Camille Laurin  a été dévoilé lundi, en présence de sa famille et de nombreux dignitaires.
© Agence QMI / Sébastien St-Jean

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Les Québécois francophones ne représentent que 2% de la population en Amérique du Nord, qui est largement anglophone et hispanophone. Au Canada, les Franco-canadiens et les Acadiens font malheureusement face à un taux d’assimilation fulgurant.

En 1977, l’adoption de la loi 101 répondait à l’urgente nécessité de protéger et de promouvoir le français au Québec. Le français est donc devenu la langue publique commune au Québec. La Cour suprême du Canada a cependant charcuté d’importantes mesures contenues dans la loi 101 et la Charte canadienne en a également réduit la portée.

C’est dans ce contexte qu’il faut analyser les récentes déclarations du Commissaire aux Langues officielles, Graham Fraser et celles du leader parlementaire du gouvernement québécois, Jean-Marc Fournier. Il est aussi intéressant de vérifier les propositions du NPD qui affirme vouloir reproduire au fédéral les prescriptions de la loi 101.

Graham Fraser vit dans un autre monde

Graham Fraser constate que les communautés minoritaires de langue officielle dans le reste du Canada vivent dans des conditions très difficiles et que les gouvernements fédéral et provinciaux n’en font pas assez pour favoriser l’intégration des immigrants à leurs communautés. En cela, il a parfaitement raison.

Toutefois, il erre totalement quand il fait un parallèle avec la situation que vivent les Anglo-québécois. Il ne semble pas réaliser que ces derniers possèdent leurs propres institutions dans les réseaux de santé, d’éducation et de la culture. Il devrait se rendre compte que les universités anglophones jouissent au Québec d’un financement nettement supérieur au pourcentage qu’ils représentent au sein de la population québécoise. Il devrait aussi comprendre que la langue anglaise n’est pas en danger à travers le monde, particulièrement en Amérique du Nord.

Il faut s’interroger également sur ses intentions quand il propose de mieux intégrer les immigrants de langue anglaise à la communauté anglo-québécoise. Sachant que seuls les anglophones provenant du Canada ont le droit d’utiliser la clause «Canada» quant au choix de l’école pour leurs enfants, est-il en train de nous dire que l’on devrait étendre la portée de cette clause à tous les immigrants de langue anglaise, puisque le moyen privilégié pour réussir toute intégration est bien sûr l’école? Graham Fraser doit répondre à cette question.

En mettant sur le même pied la situation des minorités de langue officielle, Graham Fraser se réfugie dans une analyse détachée de la réalité et se drape dans le «fair-play». Le «fair-play» est une attitude généreuse héritée de la culture britannique pour laquelle même la langue française n’a pas trouvé d’expression pour la traduire correctement. Cependant, il existe une bien mauvaise attitude au Canada qui fait que le «fair-play» est trop souvent utilisé pour masquer des comportements qui n’ont rien à voir avec cette qualité anglo-saxonne.  Le mot hypocrisie, qui existe dans les deux langues, définit beaucoup mieux ce type de raisonnement qui ne repose sur aucune analyse concrète de la réalité et ne sert qu’à répandre des faussetés pour défendre servilement des thèses partisanes.

Le NPD fait de fausses représentations

On peut avoir de bonnes intentions en politique sans pourtant ne jamais les réaliser et on peut même se tromper de bonne foi. Il en va toutefois tout autrement quand on prétend défendre une cause en proposant des mesures qui ne répondent aucunement aux promesses que l’on fait.

C’est ainsi que le NPD affirme faire un autre pas vers la reconnaissance de la nation québécoise en accordant aux employés travaillant au sein d’une entreprise de juridiction fédérale les mêmes droits linguistiques que ceux consentis par la Charte de la langue française.

C’est ce qu’affirmait le député de Trois-Rivières, Robert Aubin, en 2011. C’est également ce que disent les partisans du NPD à la veille des élections fédérales.

Il faut lire ce qu’écrit ce député pour se rendre compte que d’aucune façon il ne propose de faire du français la langue du travail dans les entreprises à charte fédérale, mais qu’il propose plutôt le bilinguisme institutionnel en renforçant quelque peu la Loi sur les langues officielles.

Le député le dit très clairement en écrivant :

« plus spécifiquement, le projet de loi s’applique aux entreprises régies par le Code canadien du Travail et il prévoit :

-Le droit des employés d’exercer leurs activités en français

-Le droit des employés de recevoir les communications, les offres d’emploi, les conventions collectives en français

-L’interdiction pour un employeur de congédier ou de rétrograder un employé qui exigerait le respect des droits découlant de cette loi».

D’aucune façon ce projet de loi ne faisait du français la langue de travail comme le fait la loi 101 au Québec. Il s’agit donc de fausses représentations et tout aussi clairement d’hypocrisie pour obtenir des votes au Québec.

Il est par ailleurs très intéressant de constater, comme le dit si bien Robert Aubin que « la singularité de ce projet de loi réside dans le fait qu’il ne s’applique qu’au Québec»! Pourtant, puisque ce projet de loi n’a rien à voir avec la loi 101, mais bien plutôt avec la Loi sur les Langues officielles, il aurait dû s’appliquer dans les autres provinces où les minorités francophones en auraient bien besoin. Mais, voyez-vous, cela risquerait de coûter des votes aux vertueux néo-démocrates qui, eux aussi, font la preuve que leur «fair-play» ne sert qu'à masquer leur hypocrisie.

Jean-Marc Fournier devrait comprendre que le meilleur signal pour les francophones du Canada c’est de voir ceux du Québec se tenir debout!

Jean-Marc Fournier est contre la proposition qui forcerait les entreprises ayant une charte fédérale à être assujetties à la loi 101. Ne comprend-il pas que plusieurs milliers de travailleurs ne jouissent pas des mêmes droits linguistiques qu’a la majorité des travailleurs québécois? Se rend-il compte que les francophones du reste du Canada ne réussissent malheureusement même pas à faire respecter la Loi sur les Langues officielles? Croit-il vraiment que les Francophones du reste du Canada seront plus forts si les Francophones du Québec le sont moins? Pense-t-il que c’est en s’agenouillant que nous leur donnerons l'appui dont ils ont besoin? Se peut-il qu’il croit que c’est desservir la cause commune de tous les Francophones du Canada que de se tenir debout?

On se rend vite compte que le «fair-play» exige que l’on se tienne fièrement debout, alors que l’hypocrisie sied parfaitement à ceux qui se tiennent à genoux.

 

 

 

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