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Fini Rio Tinto Alcan. À compter de l’an prochain, l’ancien géant québécois de l’aluminium ne sera plus connu que par le nom de son nouveau propriétaire depuis huit ans, le conglomérat minier anglo-australien Rio Tinto.

Fini Rio Tinto Alcan. À compter de l’an prochain, l’ancien géant québécois de l’aluminium ne sera plus connu que par le nom de son nouveau propriétaire depuis huit ans, le conglomérat minier anglo-australien Rio Tinto.

Je ne suis pas très sentimentale, ou nationaliste, mais la perte du nom Alcan me contrarie. Il est sans doute plus difficile de voir une chose disparaître que de se souvenir de son existence.

Cette décision a été prise par le nouveau patron, un Espagnol du nom d’Alfredo Barrios qui a remplacé la Québécoise Jacinthe Côté à la tête de la division canadienne l’an dernier.

Certains patrimoines ont plus de valeur que d’autres, semble-t-il, mais les alumineries du Saguenay garderaient le nom Alcan. On ne fera pas de peine aux indigènes.

Un fleuron de moins

Pourquoi alors éliminer, comme un appendice suppurant, la raison sociale d’une entreprise aussi prestigieuse? «C’est sûr que c’est une question de coûts», a déclaré la porte-parole, Claudine Gagnon.

Du papier à lettres distinct, ça coûte cher pour une multinationale dont le chiffre d’affaires atteint 56,5 milliards $ et de chétifs profits de 15 milliards $. «Les gens sont rendus là. C’est normal qu’après huit ans, on veuille profiter de la notoriété de Rio Tinto», a expliqué madame Gagnon.

Il ne faut pas avoir beaucoup voyagé pour ignorer qu’Alcan était connue partout dans le monde, et que son image de marque était étincelante, comparée à celle de Rio Tinto, souvent empêtrée dans des scandales éthiques.

Née à Shawinigan en 1902, Alcan était présente de l’Islande au Cameroun, de la Chine à l’Australie en passant par la France, la Hollande ou les États-Unis.

On dira que c’est le prix à payer pour la mondialisation galopante. Pas si simple: la mondialisation a toujours existé. Demandez-le aux Grecs et aux Romains de l’Antiquité, aux Hollandais, aux Portugais ou aux Britanniques qui ont sillonné les mers pendant des siècles. Secundo, c’est l’invention du moteur à réaction, comme le rappelait mon collègue Benoît Aubin, qui a propulsé la mondialisation au XXe siècle, pas une idéologie démoniaque. Et puis, comment y résister?

C’est à peu près impossible. Il faut prendre un maximum de précautions au moment de la transaction. Or, la convention de continuité entre le gouvernement du Québec et Rio Tinto est trouée comme un Gruyère.

Des emplois en moins

Il n’y a pas que le nom qui va disparaître. Une centaine d’emplois seront supprimés à Montréal même si Rio Tinto avait promis au gouvernement de protéger le siège social et de maintenir le même niveau d’emplois qu’au moment de la transaction. En 2007, 860 personnes y travaillaient. Selon des sources de l’agence QMI, il n’y aurait plus que 250 employés affectés aux activités de l’ex-Alcan au siège de Montréal.

Que voulez-vous, le prix de l’aluminium pique du nez.

L’impact de ces décisions n’est pas qu’économique. En voulant gommer les particularités régionales, ces mégas entreprises sans âme finiront par devenir des incubatrices de nationalismes identitaires. Et le nationalisme identitaire, c’est comme l’alcool: il y en a qui ne supportent pas ça.

Qui est la prochaine victime? The Circus of the Sun ?

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