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La solidarité remise à demain

La solidarité remise à demain
Photo Le Journal de Québec, Simon Clark

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Le cas d’un enfant autiste exclu de sa classe dans une école spécialisée pour des motifs budgétaires pose la question des limites de l’austérité et du discours qu’on emploie pour la défendre.

Le cas de Benjamin, un enfant autiste profondément atteint qui requiert une supervision constante pour pouvoir rester en classe dans son école spécialisée, est malheureusement de plus en plus fréquent. Incapable de lui fournir une supervision adéquate en classe, son école a dû le contraindre à rester à la maison, où il reçoit, dit-on, une heure de services éducatifs par jour. Non seulement est-ce bien trop peu, mais l’enfant se retrouve privé de son droit à la socialisation scolaire pendant que la famille doit porter le fardeau sur ses épaules, au prix de sacrifices qui dépassent probablement les économies réalisées par l’école.

Ce cas a été rapporté depuis quelques mois dans les médias, notamment par Rima Elkouri de La Presse, mais malgré les pressions de la famille et de bien d’autres intervenants, rien n’a changé ni pour Benjamin et sa famille ni pour au moins une quarantaine de familles qui vivent la même situation.

C’est ce qui nous mène à ce dialogue de sourds, ce matin à l’Assemblée nationale, entre le leader de l’opposition officielle, Stéphane Bédard, et le premier ministre, Philippe Couillard. C’est un échange qui vaut la peine d’être écouté à plusieurs points de vue, en particulier lorsqu'il est question de solidarité et de compassion.

Pour l’essentiel, le chef de l’opposition cherche à faire dire au premier ministre ce qu’il entend faire pour que Benjamin et les autres enfants dans sa situation puissent réintégrer leurs classes. Dans un premier temps, Philippe Couillard commence par jeter le blâme sur le gouvernement péquiste qui était au pouvoir il y a plus de douze ans. Il détourne ensuite la question en insinuant que la quête de souveraineté du Parti québécois ne constitue pas une réponse au problème. C’est de bonne guerre, mais ça ne répond pas à la question et à la longue, les électeurs commenceront à se lasser de ce genre de réparties par trop faciles.

Le cœur de la réponse du premier ministre, c’est quand il rappelle que la rigueur budgétaire de son gouvernement a justement pour but d’assainir les finances publiques dans le but de pouvoir dans l’avenir faire preuve de solidarité envers les familles comme celle de Benjamin. En attendant, le gouvernement compatit avec la famille éprouvée, mais ne lui offre que la satisfaction de contribuer à l’effort collectif de redressement des finances publiques, de façons à ce que d'autres familles comme eux dans un avenir hypothétique puissent avoir l'accès aux services qu'on leur refuse aujourd'hui.

Philippe Couillard prend la peine de souligner que personne n’a le monopole de la compassion et de la solidarité et que c’est en suivant la recette qu’il propose pour que le Québec devienne plus riche qu’il sera possible dans l’avenir de faire preuve de solidarité envers les plus vulnérables comme la famille de Benjamin.

En conclusion, le premier ministre assure ceux qui l’écoutent encore que les familles éprouvées ont toute sa solidarité et que le but de son action est d’augmenter et d’améliorer les services. Rien de spécifique ne sera pourtant offert.

On voudrait bien le croire que la rigueur budgétaire nous mènera un jour à une situation financière qui permettra de donner de meilleurs et plus nombreux services aux plus vulnérables, mais la solidarité remise à demain, est-ce vraiment de la solidarité?

N.B.: Pour un complément à ce commentaire, voir cet autre billet: Pourquoi Benjamin doit retourner à l’école


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